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Un fonds autochtone pour aider les femmes entrepreneures

LouAnn Solway à cheval

LouAnn Solway

Photo : CBC / Trevor Solway

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

LouAnn Solway est née sur une ferme d'élevage située sur le territoire de la Première Nation Siksika à l'est de Calgary. Dès son enfance, elle a appris à travailler fort. Aujourd'hui âgée de 47 ans, Mme Solway perpétue l'héritage de sa famille en exploitant sa propre ferme bovine.

Elle affirme toutefois que démarrer son entreprise seule n’était pas une mince affaire. Ce n’est pas uniquement le fait de devenir une entrepreneure qui était difficile. Être une femme représentait un autre défi en soi, explique-t-elle.

Je devais me battre pour faire mes preuves encore plus.

LouAnn Solway

L’entrepreneure possédait au départ 20 têtes de bétail. Elle s’est fait refuser un prêt par différentes banques à qui elle demandait des sous afin d'agrandir son entreprise.

« Je me suis fait dire par un préposé aux prêts de jeter la serviette. Il m’a dit : "Ça ne fonctionnera pas." », raconte-t-elle.

Après cet épisode, elle n’avait qu’un dernier espoir : l’entreprise Indian Business Corp. (IBC) de Calgary, spécialisée dans les prêts pour les Autochtones.

L’entreprise a accepté de lui prêter l'argent demandé et aujourd’hui, Mme Solway possède un troupeau de 125 animaux.

IBC est une entreprise autochtone albertaine qui existe depuis 30 ans. Le prêt moyen qu’elle octroie se chiffre à 70 000 dollars, mais le montant peut atteindre jusqu'à 1 million de dollars.

Son dirigeant affirme qu’IBC comble un manque pour une demande qui est croissante.

« En général, il est très difficile pour une personne autochtone d’obtenir du financement de la banque », indique le directeur général d’IBC Rob Rollingson.

Les exigences des banques sont souvent différentes dans le monde autochtone. Elles sont réticentes à investir dans ce marché comme nous le faisons.

Rob Rollingson, directeur général d’Indian Business Corp.

Obstacles au succès

En Alberta, le nombre de femmes autochtones qui démarrent une entreprise équivaut presque au double du nombre de femmes non-autochtones qui font de même, selon une étude menée par IBC en collaboration avec la Banque de développement du Canada.

L’étude identifie quelques défis auxquels font face les femmes autochtones qui veulent se lancer en affaires, tels que l’accès aux garanties de prêt et au crédit, la difficulté de trouver une garderie, le manque d’éducation ou de confiance en soi, les embûches pour accéder aux domaines majoritairement occupés par des hommes ainsi qu’une panoplie de circonstances spécifiques aux femmes autochtones.

Le nombre de femmes autochtones qui tentent de devenir des entrepreneures s’accroît par milliers, selon M. Rollingson. Il affirme que les obstacles qu’elles ont à franchir bloquent un flot de propriétaires d’entreprise potentiels.

« Il n’y a pas assez de capital disponible pour combler la demande de la part des femmes autochtones qui veulent être propriétaires de leur entreprise et la gérer, en raison des situations dans lesquelles elles se trouvent parfois, comme le fait de ne pas être propriétaire d’une résidence, de vivre sur une réserve, de ne pas avoir d’expérience de gestion ou encore de manquer de crédit », explique-t-il.

Afin de répondre à cette demande, IBC a récemment mis en place un fonds de 5 millions de dollars destiné aux femmes autochtones qui veulent emprunter du capital afin de démarrer leur entreprise.

Selon M. Rollingson, il s’agit du seul fonds du genre créé spécialement pour les femmes autochtones au Canada.

En raison de tous les enjeux auxquels sont confrontées les femmes autochtones présentement, nous avons pensé que c’était le moment idéal pour lancer un fonds qui leur est dédié directement.

Rob Rollingson, directeur général d’Indian Business Corp.

Un taux fixe de 12,5 % leur est offert sur une durée de paiement de trois à cinq ans. Le taux est plus haut à cause des risques que présente un prêt à ce marché, dit M. Rollingson.

Cependant, il explique qu’IBC ne gère pas ses ententes comme l’institution financière moyenne.

Si une personne manque un paiement ou deux, nous ne viendrons pas lui arracher ses possessions. Nous travaillons plutôt avec elle. Notre but est de faire en sorte qu’elle ait du succès. Nous irons donc la visiter et nous l’aiderons à mieux suivre son bilan financier.

Rob Rollingson, directeur général d’Indian Business Corp.

M. Rollingson rapporte que les femmes autochtones forment 25 % de la clientèle d’IBC. Les femmes sont propriétaires de diverses entreprises telles que des fermes bovines, des fournisseurs d’équipement pour le secteur pétrolier, des dépanneurs et même une entreprise préparant des soupes à base de bouillon d’os.

Nicole Robertson et Rob Rollingson discutent ensemble.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nicole Robertson et Rob Rollingson discutent ensemble.

Photo : CBC / Brandi Morin

Changement social

M. Rollingson croit qu’aider les femmes autochtones à se lancer en affaires a un impact important maintenant, mais aussi pour le futur.

« Le prêt de développement est une des manières les plus efficaces au Canada pour engendrer le changement social parce que ce n’est pas un don, c’est un prêt et il est remboursé », soutient-il.

Le changement social se produit lorsqu’une personne a accès au capital. Elle obtient un travail, augmente son revenu, commence à mieux manger et acquiert la fierté d’être propriétaire. C’est une situation gagnante pour tout le monde.

Rob Rollingson, directeur général d’Indian Business Corp.

Nicole Robertson, une entrepreneure de Calgary, a aussi pu amorcer son projet d’entreprise grâce à un prêt d’IBC.

Après avoir travaillé comme reporter à travers le Canada, elle a démarré une entreprise de production médiatique, aujourd’hui reconnue.

« Si je ne les avais pas eus pour m’aider, qu’est-ce que j’aurais fait? Quand je regarde ce que les banques prennent en considération, je réalise que je n’aurais pas pu concrétiser mon projet autrement », mentionne-t-elle.

J’ai bâti une relation avec IBC. Je paie mes dettes à temps. Ils vous traitent comme un être humain, plutôt que comme un numéro de police.

Nicole Robertson, entrepreneure
Nicole RobertsonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nicole Robertson

Photo : CBC / Brandi Morin

Elle soutient que devenir une entrepreneure qui a du succès augmente la confiance en soi, surtout considérant le traumatisme historique qui a empêché de nombreuses femmes autochtones de se réaliser.

Mme Robertson et Mme Solway espèrent toutes deux voir plus de femmes autochtones effectuer le saut en affaires afin de changer le paysage actuel.

« Nous sommes intelligentes et nous possédons des capacités qui ont de la valeur » souligne Mme Solway.

Nous souhaitons que les femmes de nos communautés s’épanouissent, soient présentes et proactives et qu’elles ne lâchent pas. Nous voyons souvent trop d’entre elles abandonner leur fierté. Nous sommes passées au travers d’assez de choses, mais il est temps de franchir la prochaine étape et de nous prendre en main.

LouAnn Solway, entrepreneure
 
Avec les informations de CBC

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