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Quand sa réunion d'anciens du secondaire est dans un pensionnat autochtone

D'anciens élèves du Pensionnait indien d'Assiniboia, à Winnipeg, font une visite de leur école secondaire, qui était cachée dans le quartier hupé de River Heights.

Photo : Radio-Canada / Tim Fontaine

Radio-Canada

D'anciens élèves du pensionnat autochtone d'Assiniboia se retrouvaient cette fin de semaine dans l'établissement de Winnipeg pour des retrouvailles visant aussi à rappeler cet épisode méconnu dans le quartier.

L’école, située sur le chemin Academy du quartier aisé de River Heights, a été le premier pensionnat autochtone de niveau secondaire du Manitoba. Entre 1958 et 1972, l'établissement a accueilli environ 600 élèves.

À l'époque, et encore aujourd'hui, de nombreux résidents du quartier ne savaient pas que ces adolescents résidaient dans leur secteur. Les retrouvailles organisées vendredi et samedi avaient pour but de rappeler cette histoire, et de bâtir de nouveaux ponts.

L’un des premiers élèves inscrits au registre scolaire, Theodore Fontaine, se rappelle de la solitude, ainsi que d’une profonde impression d’isolement qu’il ressentait à l’école. Le pensionnat se trouvait entouré de maisons de luxe, mais les élèves ne côtoyaient jamais les résidents du coin, dit-il.

« Je pense qu’ils étaient très ignorants, ils ne savaient pas qui nous étions, estime l’homme de 75 ans. De temps à autre, il y avait des jeunes qui passaient sur le chemin Academy et qui lançaient des cris de guerre, mais c’est tout. »

Environ 600 garçons et filles autochtones de la 8e à la 12e année ont vécu et étudié dans un campus qui comprenait plusieurs immeubles, dont une église, une bibliothèque et un gymnase. Cet édifice-ci est le seul qui reste du campus.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Entre 1985 et 1972, environ 600 garçons et filles autochtones de la 8e à la 12e année ont vécu et étudié dans un campus qui comprenait plusieurs immeubles, dont une église, une bibliothèque et un gymnase. Cet édifice-ci est le seul qui reste du campus.

Photo : Radio-Canada / Tim Fontaine

Toutefois, M. Fontaine éprouve de la reconnaissance par rapport au fait d'avoir été élève au pensionnat d’Assiniboia, ayant passé des années très difficiles dans un autre pensionnat. « Au pensionnat d’Assiniboia, on ne nous agressait pas. Il n’y avait pas de sévices. Le directeur d’école était un visionnaire », déclare-t-il.

Un sociologue de l’Université du Manitoba, Andrew Woolford, affirme qu’à l’époque, l’école était très progressiste, surtout grâce au travail du personnel.

Mais la politique de l’établissement n’était pas différente de celle des autres pensionnats autochtones : son mandat était quand même d’assimiler les jeunes.

Andrew Woolford, sociologue, Université du Manitoba

Selon des documents du Centre national de recherche pour la vérité et la réconciliation, hébergé à l’Université du Manitoba, l’école était surpeuplée et a été touchée par une éruption d’hépatite infectieuse en 1965.

« Décimer toute une nation »

Les retrouvailles au pensionnat ne sont pas réservées uniquement aux élèves. Certains anciens enseignants et employés de l’école y étaient aussi, comme la soeur Jean Ell, qui n’avait que 21 ans lorsqu’elle est devenue chef cuisinière au pensionnat d’Assiniboia.

Bien des survivants se rappellent de « soeur Jean » comme étant une personne qui faisait tout en son pouvoir pour s'assurer que les enfants aient plus de nourriture que ne le permettait son maigre budget alimentaire. La religieuse rusait même pour faire passer des collations obtenues de l’extérieur aux adolescents.

« Les jeunes n’apprennent rien s’ils ont le ventre affamé, le cerveau est trop occupé par l’estomac qui gronde », dit-elle tout naturellement.

La soeur Jean EllAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La soeur Jean Ell, membre de la congrégation des Soeurs grises, n'avait que 21 ans lorsqu'elle est devenue chef cuisinière au Pensionnat indien d’Assiniboia, à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Brett Purdy

Bien qu’elle soit fière d’avoir contribué à l’éducation des jeunes Autochtones, la soeur raconte qu’elle n’était pas au courant de la véritable mission de l’école et a subi tout un choc plus tard.

J’ai su plus tard que l’objectif était de faire d’eux des blancs. C’est incompréhensible qu’un gouvernement essaye de décimer toute une nation. Et ces jeunes, ils étaient comme mes petits frères et soeurs.

Jean Ell, ancienne chef cuisinière du pensionnat

Un symbole fort

Un peu comme une ironie du sort, le seul bâtiment toujours en service aujourd'hui abrite le Centre canadien de protection de l’enfance, un organisme qui lutte contre la maltraitance et les abus commis envers les jeunes.

Pour les anciens élèves, il s’agit d’un symbole fort. « Nous sommes là, nous témoignons de nos expériences. Et nous, nous refusions de nous laisser mourir », conclut Theodore Fontaine.

Avec des informations de Camille Gris-Roy et Karen Pauls, CBC News

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