•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Aide médicale à mourir : Louise DesChâtelets a accompagné une proche

Louise DesChâtelets, souriante, sur le plateau de l'émission 24 heures en 60 minutes.
Louise DesChâtelets en entrevue avec Anne-Marie Dussault. Photo: Radio-Canada

En mars dernier, Louise DesChâtelets a reçu un appel qui allait bouleverser sa vie : son unique belle-sœur, malade depuis de nombreuses années, désirait la revoir avant son grand départ. Au moment où les lois québécoise et canadienne sur l'aide médicale à mourir sont contestées, voici le récit rarement entendu d'une accompagnante, livré à l'animatrice Anne-Marie Dussault à l'émission 24/60.

Atteinte de sclérose en plaques, Danielle, la belle-sœur de Louise DesChâtelets, avait demandé l'aide médicale à mourir. Son état de santé était irréversible, et sa mort, prévisible en raison de son refus de traitement. Elle répondait aux critères commandés par la loi fédérale qui encadre l’aide médicale à mourir.

La surprise a été énorme pour Louise DesChâtelets. Malgré un contact distant avec sa belle-sœur, elle la savait combative et déterminée à vivre le plus longtemps possible.

Au téléphone, je suis restée stupéfaite. Je ne me serais jamais attendue, de la part de cette personne, à une envie de quitter la vie, malgré la maladie.

Louise DesChâtelets

Une fois à l'hôpital, Louise DesChâtelets a retrouvé une femme qui ne pouvait plus vraiment parler et qui communiquait avec un appareil électronique. Seules sa main gauche et sa tête pouvaient encore bouger, mais tout le reste de son corps était immobilisé, figé au lit.

Malgré tout, elle voyait quelqu'un de complètement serein. Une femme en possession de toute sa tête et qui avait le goût de faire la paix avant de partir.

À partir de ce moment, la comédienne a été convaincue que c’était la dernière fois qu'elle voyait sa belle-sœur. Deux jours plus tard, un proche de la famille l’a appelée pour lui signaler que Danielle désirait que Louise et cinq autres invités soient dans sa chambre, le 15 mars à 15 h, la date et l’heure qu'elle avait choisies pour recevoir le traitement ultime qui mettrait fin à ses souffrances.

Le dernier sommeil

« Je suis arrivée la dernière. Elle avait envie de jaser et le matin, elle s'était fait coiffer, car elle voulait être belle pour retrouver Michel qui est mon frère, décédé beaucoup trop jeune », raconte Louise DesChâtelets.

Selon elle, la procédure, qu'elle préfère appeler une cérémonie, était bien expliquée. Point par point et dans une sérénité absolue, le médecin s'adressait à la malade et ensuite aux proches. Le moment juste avant la deuxième injection qui provoque un sommeil profond est important, car c’est là que le médecin signale que c'est la dernière fois où l'on peut se dire quelque chose.

Personne n'avait rien à dire. Les gens ont commencé à pleurer une fois qu'elle a été endormie, comme un réflexe afin de ne pas perturber la personne.

Louise DesChâtelets

Après les injections finales, Mme DesChâtelets s'attendait à une réaction corporelle, un spasme ou un soubresaut. Rien de cela n'est arrivé. C'était l'ultime calme.

L'aide médicale à mourir suscite de nombreux débats au Canada et au Québec.L'aide médicale à mourir suscite de nombreux débats au Canada et au Québec. Photo : iStock

Une décision réfléchie

Il y a quelques jours, Radio-Canada rendait public les cas de Nicole Gladu et Jean Truchon, deux malades à qui l'aide médicale à mourir n'a pas été accordée. L’affaire se retrouve actuellement devant les tribunaux car ils ne sont pas mourants. Le cœur de leur contestation porte donc sur cet élément, qui les rend inadmissibles à l'aide médicale à mourir en vertu des lois fédérale et provinciale.

Questionnée à ce sujet, Mme DesChâtelets trouve cette situation inacceptable. À partir de ce qu’elle a vécu avec sa belle-soeur, elle considère que le processus de consentement jusqu’à la dernière minute est bien respecté et que rien n’a été négligé.

Au bout de cette expérience, Louise DesChâtelets a pris conscience de l'importance d'être là. Elle a compris qu'elle ne revivrait probablement jamais de telles circonstances intimes. Sans être croyante, le fait d'assister à la mort l'a forcée à revoir ses convictions spirituelles. Elle retient un message fort de sa belle-sœur :

Je pense qu'elle voulait nous dire : "je vous aime à un tel point que je vous permets d'assister à ce qu'il y a de plus important dans ma vie : mon dernier sommeil."

Louise DesChâtelets.

Voici l'entrevue complète :

Droits et libertés

Société