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Un ancien employé d'OrganiGram inquiet pour sa santé se fait montrer la porte

Des bouteilles de cannabis
De la marijuana médicinale produite par l'entreprise OrganiGram à Moncton, au Nouveau-Brunswick Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Randy Lebouthillier est un ancien employé du producteur de marijuana médicinale de Moncton, OrganiGram. Il affirme qu'on lui a montré la porte après qu'il a signifié à son employeur qu'il ne voulait pas travailler lorsque les récoltes étaient contaminées par de la moisissure parce que cela lui causait des troubles pulmonaires.

Un texte de Mathieu Massé

Après un certain temps passé à faire la récolte de cannabis, il s'est rendu compte qu’une forme de moisissure s'étendait sur les feuilles. Il décrit la moisissure qu’il voyait comme une poudre blanche.

« L'odeur [de moisissure] était au-dessus du cannabis, qui est déjà une odeur très forte, on s'entend. »

Randy Lebouthillier, ancien employé d'OrganiGramRandy Lebouthillier, ancien employé d'OrganiGram Photo : Radio-Canada

Selon le professeur de biologie de l’Université de Moncton, David Joly, la maladie oïdium est assez fréquente dans les monocultures comme celle du cannabis. « L'oïdium dans le fond, c'est un champignon qui va donner une apparence poudreuse blanchâtre sur les feuilles ou les parties qui sont infectées. Un peu comme si tu mettais de la farine sur une feuille, ça pourrait ressembler à ça. »

Selon Randy Lebouthilier, c’est seulement après plusieurs récoltes qu’il a compris qu’il s’agissait d'une moisissure. « Je n'ai pas réalisé ce qui se passait parce que sur la plante, autour des feuilles, il y a beaucoup de cristaux qui sont aussi blanchâtres qu'on appelle le THC, l'ingrédient actif [...] Moi je n'ai pas fait la différence au début lorsque j'ai été exposé à ça. »

David Joly confirme que, pour un oeil moins habitué à voir le champignon ou les cristaux de THC, c’est en effet possible de confondre les deux.

Effets minimes

Selon David Joly, l'oïdium touche la plante seulement. Les effets sur le corps humain sont minimes. « Je n'ai jamais entendu parler de problème pour la santé humaine. L'oïdium appartient à une famille de champignons qui sont des agents pathogènes de plantes uniquement, donc ça ne cause pas de problème à l'extérieur des plantes. »

David Joly, professeur de biologie de l’Université de MonctonDavid Joly, professeur de biologie de l’Université de Moncton Photo : Radio-Canada

Il affirme que la moisissure est surtout problématique pour les producteurs de marijuana. La poudre blanche serait en fait les spores de champignons microscopiques sur la plante. Selon lui, ces champignons causeraient des problèmes de photosynthèse en bloquant la lumière dont s’alimente la plante.

Le gouvernement pressé?

Randy Lebouthilier a décidé de parler de sa situation car il croit que son congédiement est le résultat d'un climat courant dans les exploitations à grande échelle de marijuana. On est trop pressé de fournir à la demande, selon lui... une demande qui est stimulée par la légalisation prochaine du cannabis, annoncée pour le printemps 2018.

Un jointUn jeune homme fume un joint lors du rassemblement 4/20 à Vancouver, en 2011. Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

« À l'aube de la légalisation où Trudeau et les médias tendent à dire que cette méthode de production est la seule qui est sécuritaire, j'inviterais les gens à réfléchir sur ça parce qu'il semble qu'au contraire, ces compagnies-là n'ont pas nécessairement l'intérêt du public à coeur », dit-il.

Il croit qu’avec une culture industrielle, on peut difficilement échapper à la présence de champignons comme ceux qu’il a vus avant qu’OrganiGram ne le « laisse aller ».

La réponse d’OrganiGram

OrganiGram a répondu aux demandes d’entrevues de Radio-Canada par courriel. Dans sa réponse, on peut lire que la compagnie suit « de bonnes pratiques de production » à toutes les étapes, de la croissance à l’emballage.

On peut également y apprendre que les 22 chambres de production permettent à OrganiGram d’isoler des récoltes qui seraient infectées par un quelconque parasite.

Chez OrganiGram, on affirme suivre toutes les pratiques permettant d’arriver à des produits de qualité optimale pour les consommateurs. Toutefois, on n’indique pas ce qui arrive avec les plants qui sont contaminés par la maladie oïdium, entre autres. L'entreprise dit faire tester les plants par un laboratoire autorisé pour y déceler des contaminants chimiques ou microbiologiques.

Au début 2017, un rappel avait touché le cannabis médicinal de nombreux clients d’OrganiGram. Des traces d’un contaminant chimique, un fongicide permettant d’éliminer ou de contrôler des maladies comme l’oïdium, avaient été trouvées sur des échantillons.

Après évaluation, Santé Canada avait toutefois jugé que le risque pour la santé des consommateurs était faible.

Nouveau-Brunswick

Relations de travail