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Commission Viens : « Consultez-nous et respectez-nous », demandent des représentants innus

Deux hommes innus assis et parlant dans un micro. L'un porte un veston noire et une blouse mauve, l'autre poste une veste faite par des autochtones qui semble être en peau d'animal et une blouse noire.
Le chef de Nutashkuan Rodrigue Wapistan et le conseiller de la nation innue Serge Ashini Goupil à la commission Viens Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le chef de Nutashkuan, Rodrigue Wapistan, et le conseiller de la nation innue, Serge Ashini Goupil, ont déploré lundi à la commission Viens que les communautés innues ne soient pas consultées par les gouvernements, alors que leurs décisions les touchent grandement. Un chercheur en sciences politiques en a d'ailleurs rajouté en après-midi, disant craindre que cette nouvelle commission d'enquête ne constitue « qu'un retour à la case départ ».

« On ne demande pas la lune. On demande qu'on lève d'un cran la qualité de vie de [nos] gens. [On demande] un minimum de respect », a déclaré Rodrigue Wapistan devant la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP).

M. Wapistan a relaté qu'il est difficile pour les communautés innues de recevoir des services parce qu'elles sont isolées. Par exemple, le coût pour se rendre à l'hôpital, un service inexistant dans sa communauté, est élevé et les services policiers sont loin de Nutashkuan, puisque la communauté n'a plus son propre corps policier. Les agents de la Sûreté du Québec (SQ) doivent effectuer deux heures de route pour leur rendre visite, a indiqué le chef innu.

Le conseiller de la nation innue Serge Ashini Goupil, qui a effectué un portrait de la nation innue au Québec et au Labrador, a aussi montré sur une carte que des communautés sont inaccessibles par les routes et que certaines d’entre elles sont même difficilement accessibles par avion.

On vit sur des terres fédérales cloîtrées [avec] des murs, [avec] des directives venant d'en haut, du fédéral. On est condamnés.

Rodrigue Wapistan, chef de Nutashkuan
Dossier : Commission sur les relations avec les Autochtones  

Les décisions du gouvernement

Plusieurs ententes et lois ne tiennent pas compte de la réalité et du mode de vie des communautés innues, selon les deux témoins.

Les prestataires de l'aide sociale, par exemple, ne peuvent pas tenter de se trouver un emploi comme le veut la loi québécoise, car ils devront quitter la communauté, a déclaré Rodrigue Wapistan, expliquant qu'il n'y a pas d'usine ou de centre commercial à Nutashkuan. « Quand on dit à un jeune qui vit sur le bien-être social : "Tu vas être obligé de sortir de là", il va aller où? Il va aller [...] à Québec, à Sept-Îles, à Montréal? » a-t-il dit.

Quand le gouvernement prend des décisions pour les Québécois, ça nous affecte aussi.

Rodrigue Wapistan, chef de Nutashkuan

Les Innus, qui se nourrissent de gibier, se voient aussi confrontés à des lois restreignant les périodes de chasse et de pêche. « On va mourir. Nous faire dicter par un papier nous disant que maintenant vous n'avez plus le droit de chasser, que vous avez juste à l'automne [...] Ça ne pourra pas », a-t-il déclaré, précisant que les Innus chassent en toutes saisons.

L'État est-il prêt à accorder plus de pouvoirs aux Autochtones?

Le professeur de sciences politiques de l'Université Concordia Daniel Salée, qui s'est présenté devant le commissaire Jacques Viens lundi après-midi, a pour sa part été virulent sur le double discours qu'entretiennent les gouvernements envers les Autochtones. Selon lui, il est essentiel que les peuples autochtones soient en mesure de développer leurs propres structures de gestion et de gouvernance, mais le rapport de pouvoir historique établi avec l'État les en empêche.

Selon le chercheur, il existe ainsi un risque qu'après les diverses commissions qui se sont intéressées aux Autochtones dans les cinq dernières décennies, la Commission Viens ne constitue « qu'un retour à la case départ ». M. Salée a d'ailleurs cité des recherches qui réclament davantage d'autonomie pour les Autochtones. Cependant, ce n'est pas ce que les gouvernements souhaitent, a-t-il soutenu.

« Tous ces travaux-là arrivent à la même conclusion. Il est impératif que les services sociaux et de santé destinés aux personnes autochtones soient soumis au contrôle direct des communautés locales. Mais l'État est-il prêt à consentir aux peuples autochtones toute la latitude institutionnelle et administrative nécessaires à leur prise en charge des services publics selon leurs normes, selon leurs valeurs propres, ainsi que le recommandent depuis près de cinq décennies la plupart des intervenants, des chercheurs et des observateurs sur la question? », a questionné M. Salée.

Poser la question, je dirais malheureusement, c'est un peu y répondre. De toute évidence, je pense que l'État ne l'est pas prêt à consentir aux peuples autochtones cette latitude institutionnelle.

Daniel Salée, professeur de sciences politiques à l'Université Concordia

Surreprésentation des Autochtones en prison et dans les statistiques de la DPJ

La présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Tamara Thermitus, a pour sa part mis en lumière plusieurs statistiques qui démontrent que les Autochtones sont surreprésentés dans les relations avec certains services publics. Il a été question notamment du milieu carcéral, de la protection de la jeunesse et de l'itinérance, tous des domaines où les Autochtones sont surreprésentés par rapport au pourcentage de la population qu'ils représentent.

Elle a rappelé quelques recommandations que son organisation avait déjà émises dans son rapport sur le profilage racial et la discrimination systémique des jeunes racisés. Mme Thermitus n'a cependant pas voulu aller plus loin et émettre des recommandations à la Commission.

« J'ai été nommée au mois de février, donc ma prudence découle du fait que ma connaissance des dossiers n'est pas approfondie, a-t-elle mentionné lorsqu'interrogée sur cette situation. Donc, cette prudence-là est de mise. Il serait vraiment à l'encontre de l'intérêt de la commission que j'avance des choses. »

La SQ repousse son témoignage à l'automne

Enfin, on a aussi appris lundi matin que la Sûreté du Québec n'allait finalement pas témoigner cette semaine, tel que le prévoyait l'horaire préliminaire de la Commission Viens, qui devait entendre à la fois le ministère de la Sécurité publique et la Sûreté du Québec lors de sa séance de travail de mardi. La SQ sera représentée par le ministère de la Sécurité publique cette semaine. Son témoignage est cependant attendu aux prochaines audiences prévues à Val-d'Or en septembre prochain.

 

Abitibi–Témiscamingue

Autochtones