•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sébastien Beaulieu, un athlète « écoeuré » de devoir s'autofinancer

Sébastien Beaulieu
Sébastien Beaulieu Photo: sebbeaulieu.com

Sans brevet d'athlète de Sport Canada, Sébastien Beaulieu part en campagne pour récolter les quelque 35 000 $ dont il a besoin pour aller au bout de sa saison olympique. Le champion canadien de surf des neiges en slalom géant en parallèle recommence l'exercice d'autofinancement auquel il s'est livré l'an dernier, « écoeuré d'être victime » d'un système qui lui fait perdre beaucoup d'énergie.

Un texte de Guillaume Boucher

Après avoir été privé de son brevet en 2016-2017, Sébastien Beaulieu avait bon espoir de l'obtenir la saison prochaine après le dépôt du budget fédéral, favorable au sport amateur avec des investissements de 5 millions de dollars par année sur cinq ans. Ses attentes ont été déçues.

« On m’a dit [à Canada Snowboard, NDLR] qu’on avait perdu quatre brevets seniors cette année, explique l'athlète de Sherbrooke. Je suis troisième sur la liste d’attente, si on peut appeler ça comme ça. Si on avait eu la même enveloppe que l’année dernière, j’aurais eu mon financement. »

Cette enveloppe bonifiée était son espoir pour échapper à la hiérarchie qu'il perçoit dans la distribution des brevets, hiérarchie dans laquelle il se sent perdant en tant que spécialiste d'épreuves alpines.

« On distribue les brevets au slopestyle, au snowboard cross et à la demi-lune. Le snowboard alpin passe en dernier », affirme-t-il.

Au moment d’écrire ces lignes, Canada Snowboard n’avait pas répondu aux demandes d’entrevue de Radio-Canada Sports. Sport Canada approuvera le 15 juin les nominations de la fédération pour des brevets d'athlètes.

Le slopestyle et les brevets

Sébastien Beaulieu le reconnaît, le Canada a la meilleure équipe de slopestyle du monde. Mais il regrette que ses têtes d’affiche privent leur fédération d’un plus grand financement en renonçant aux Championnats du monde, compétition clé pour établir le montant global des brevets de surf des neiges.

« Le problème, c’est que les meilleurs athlètes de slopestyle font toujours une croix sur les Championnats du monde parce qu’il n’y a pas d’argent à faire et qu’il y a des compétitions de plus grande envergure, explique-t-il […] Les résultats ne sont pas ce qu’ils devraient être aux Championnats du monde et ça joue en notre défaveur pour les montants de brevets. »

Le Sherbrookois de 26 ans y voit une incohérence et la souligne à grands traits en proposant une solution.

Des athlètes qui ne se présentent pas aux Championnats du monde, qui réduisent nos chances d’augmentation [de financement] et qui font diminuer nos brevets sont les premiers à en recevoir un […] S’ils décident de faire une croix sur cet événement pour aller faire de l’argent ailleurs, je ne vois pas pourquoi ils seraient considérés.

Sébastien Beaulieu

Le dernier espoir de Beaulieu pour un brevet - qu'un athlète plus à l'aise financièrement renonce au sien afin qu'il soit redistribué - devrait aussi s'envoler, même si Canada Snowboard suggère aux planchistes qui gagnent plus de 50 000 $ par année (après dépenses) de renoncer à ce financement.

Plusieurs de ces planchistes se spécialisent en slopestyle. Sébastien Beaulieu ne les montre pas du doigt, mais tient à rappeler l’impact de leurs décisions sur des athlètes comme lui qui peuvent difficilement se passer d’un brevet.

« Mark McMorris l’a fait [renoncer à son brevet, NDLR] et on l’en remercie tous. Mais malheureusement, certains qui font peut-être plus que 50 000 $ après dépenses l’ont pris. Ma situation dépendait de ces athlètes, qui ne l’ont pas décliné. »

Il y a des athlètes qui font énormément d’argent qui sont maintenant admissibles à un brevet. C’est dans leur droit de le prendre. Pour nous, un brevet, c’est pratiquement tout ce qu’on a, c’est ce dont on a besoin pour survivre […] Ça nous bloque, mais c’est leur décision personnelle.

Sébastien Beaulieu
Sébastien BeaulieuSébastien Beaulieu Photo : sebbeaulieu.com

« Écoeuré d’être victime »

Sébastien Beaulieu entreprend sa campagne d’autofinancement sans se gêner pour dénoncer sa situation. Il veut faire avancer sa cause, mais aussi celle d’autres athlètes.

« J’ai pris la décision de parler publiquement de ça la saison dernière. Beaucoup d’athlètes ne veulent pas le faire parce qu’ils ont peur de représailles.

Je suis juste écoeuré d’être victime du système. Maintenant, je vais en parler. Je vais essayer de faire avancer les choses. Si je suis victime de représailles, je le serai. Je ne suis pas seul dans ma situation. Plusieurs athlètes n’ont pas de brevet et mériteraient du financement.

Sébastien Beaulieu

Objectif 35 000 $

La dernière fois qu’il a été breveté, il y a deux ans, il touchait 1400 $ par mois (900 $ de Sport Canada et 500 $ de Sports Québec) et pouvait s’attendre à un retour d’impôt de 4000 $. C’était avec un brevet de développement.

Un brevet senior, plus généreux (1500 $ par mois de Sport Canada, avant la majoration de 18 % annoncée dans le budget Morneau), le rapprocherait encore plus des 35 000 $ qu’il estime avoir besoin pour couvrir les frais d’une saison complète.

Si j’obtiens mon brevet et que j’ai quelques commanditaires, j’arrive à combler ce retard. Mais là, ça ne regarde pas bien. Je suis dans la m****.

Sébastien Beaulieu

L’an dernier, en sollicitant famille, amis et commanditaires, le planchiste a réussi à amasser quelque 30 000 $. « C’était beaucoup d’énergie dépensée, qui aurait pu aller ailleurs », se souvient-il.

Comment y arrivera-t-il cette année? Il ne le sait pas encore. Il a su mercredi qu’il n’aurait pas son brevet et a besoin d’encaisser le coup avant de se donner un plan d’action. Toutes les options sont sur la table, comme s’associer à Audrey McManiman, championne canadienne de snowboard cross qui est dans la même situation que lui.

« Envoyer le message que deux champions canadiens ne sont pas appuyés par Sport Canada, ça frappe, lance-t-il. On peut faire quelque chose avec ça. »

Les deux athlètes tenteront d'ailleurs de trouver un moment en juillet pour s'accorder sur un plan, a confié Audrey McManiman à Radio-Canada Sports. Aller solliciter ensemble les mêmes commanditaires ou s'associer dans une campagne de financement sur Internet sont deux avenues possibles pour leur collaboration.

« Je ne me battrai pas année après année »

Sébastien Beaulieu a connu une saison intéressante en 2016-2017 avec trois tops 25 en Coupe du monde, malgré des blessures. Il a attendu au 26 avril pour se faire opérer pour une luxation à une épaule et une fracture de l’humérus subies fin janvier.

L'athlète de 26 ans prévoit être à son apogée aux Jeux olympiques de 2022, à Pékin, mais ne se permet pas de se projeter aussi loin. Il ne sait pas combien de temps il pourra vivre sa vie d’athlète sans brevet.

« Si ça perdure, je ne me battrai pas année après année en sollicitant famille et amis, en me battant contre ça avec leur argent », dit-il, réaliste.

Se rendre aux Jeux de Pyeongchang sera une épreuve en soi. Il n’a pas de temps à perdre. Son premier défi : trouver de l’argent pour participer à un premier camp d’entraînement d’une vingtaine de jours, au Chili, en août.

Surf des neiges

Sports