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Pas de pression politique pour déclencher l’enquête sur les fuites médiatiques, dit l’ex-DG de la SQ

Pascal Robidas suit les travaux de la commission Chamberland.

L'ex-patron de la Sûreté du Québec assure que l'enquête qui a permis d'obtenir les registres téléphoniques de six journalistes était ouverte bien avant que le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, ne reçoive une plainte de l'ex-patron de la FTQ, Michel Arsenault.

Un texte de François Messier

Devant la commission Chamberland, Mario Laprise a expliqué qu’il a décidé de faire une enquête le 5 septembre 2013, après avoir constaté que l’animateur Paul Arcand du 98,5 FM avait obtenu des extraits de l’écoute électronique qui avait visé Michel Arsenault dans le contexte du projet Diligence.

Selon M. Laprise, il s'agissait d'une violation flagrante de l’article 193 du Code criminel, qui interdit de diffuser des extraits d’écoute électronique de la sorte. La décision d'ouvrir à une enquête a été prise à ce moment-là, a-t-il dit.

Quand tu écoutes l’entrevue, et que tu regardes l’article 193, c’est comme évident qu’il y a un crime.

Mario Laprise

« Pour moi, avec le rôle et les responsabilités qu’on a comme organisation, la Sûreté du Québec, c’est inacceptable qu’un matin, on se lève et que quelqu’un à la radio dise qu’il a vu les logs, qu’il a obtenu les logs [des extraits d'écoute, NDLR] », a indiqué Mario Laprise.

« C’est comme se faire voler son drapeau au drapeau quand on était jeune. […] Et c’est pour ça que, moi, j’ai considéré ça comme un risque sérieux pour l’administration de la justice et la réputation de la Sûreté. »

Là où ça devenait inacceptable, c’est quand on a toutes les raisons de croire que les sources des journalistes ont commis des crimes ou que les journalistes eux-mêmes ont commis des crimes.

Mario Laprise

L’ex-patron de la SQ dit qu’il a alors demandé à la Division des normes professionnelles et des affaires internes de la SQ de faire enquête à ce sujet. Ce n’est que cinq jours plus tard qu’il a appris que M. Arsenault s'était plaint par lettre au ministre Bergeron, le 10 septembre.

Lorsqu'il a eu vent de cette lettre, M. Laprise dit avoir lui-même appelé Martin Prud'homme, qui était à l'époque sous-ministre à la Sécurité publique, et qui lui succédera ensuite à titre de directeur général de la police provinciale.

« Je lui ai dit qu’on était déja en action là-dedans, qu’on avait déjà un dossier ouvert là-dessus », a-t-il relaté.

Elle [l'enquête] n’a rien à voir avec la lettre envoyée. Ça a activé les communications, mais déjà, la préoccupation, l’enquête, l’enlignement de ce qu’on allait faire suite à l’entrevue de M. Arcand, tout était déjà en place.

Mario Laprise

Selon M. Laprise, Martin Prud'homme l'a ensuite rappelé dans les heures qui ont suivi, le 10 ou le 11 septembre, pour l'informer que le ministre Bergeron voulait lui parler.

« C’est lui qui a décidé de m’appeler », a affirmé M. Laprise. « Moi j’ai interprété ça comme une forme de validation. Il voulait comprendre un peu pourquoi [il y avait] une enquête criminelle. »

« J’ai senti qu’il voulait comme une confirmation qu’il y avait une enquête là-dedans, et essayé de comprendre la différence entre cette fuite-là et d’autres type de fuites pour lesquelles on n’avait pas nécessairement délenché d’enquête. »

M. Laprise a précisé qu'il n'a reçu aucune demande particulière du ministère dans ce dossier. Il n'a d'ailleurs fait aucun suivi à ce sujet, puisqu'il n'avait pas à le faire, a-t-il précisé.

Il n'y a jamais eu d’aspect ingérence opérationnelle tout au long du mandat que j’ai effectué; on a respecté l’indépendance opérationnelle des activités de la Sûreté du Québec.

Mario Laprise

Près d'un an après le déclenchement de cette enquête, la SQ a demandé et obtenu les registres téléphoniques d'Alain Gravel, de Marie-Maude-Denis et d'Isabelle Richer, de Radio-Canada, de Denis Lessard et d'André Cédilot, de La Presse, et d'ÉricThibault, du Journal de Montréal.

En novembre dernier, le député Stéphane Bergeron, qui était ministre de la Justice au moment des faits, avait été démis de ses fonctions de porte-parole de son parti en matière de sécurité publique par son chef, Jean-François Lisée. M. Bergeron souhaitait ne pas être un élément de distraction alors que les allégations fusaient sur son rôle dans cette affaire.

Stéphane Bergeron avait alors démenti avoir exigé une enquête sur les journalistes lorsqu'il avait parlé au directeur général de la SQ Mario Laprise, en septembre 2013, ce qu'a corroboré ce dernier aujourd'hui.

Plus tôt en matinée, Michel Arsenault avait raconté à la commission qu'il avait été dégoûté de constater que l'écoute électronique dont il avait été l'objet s'était retrouvée entre les mains de journalistes.

« J'étais outré. J'ai trouvé, entre autres, que c'était indigne d'une société de droit. Que la police puisse écouter quelqu'un, je peux comprendre ça; mais, par contre, qu'on remette ça à des journalistes... J'ai fait 44 ans de syndicalisme; je crois à la société de droit. Je trouvais ça fort indigne. C'est des méthodes à la Mussolini ou au KGB. Je n'en croyais pas mes oreilles qu'on ait pu transmettre mes écoutes à la presse », a-t-il lancé.

M. Arsenault avait été informé par la police en mai 2009 que ses conversations avaient été écoutées dans le cadre d'une enquête.

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