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Obamanie à Montréal : un public en quête d’espoir

Le reportage de Frédéric Arnould
Radio-Canada

Parmi les milliers de personnes venues entendre Barack Obama au Palais des congrès à Montréal, nombreuses étaient celles qui espéraient être témoins d'un moment historique ou encore obtenir un remède contre le cynisme politique ambiant. Certaines ont été comblées, tandis que d'autres auraient voulu un peu plus de profondeur ou de mordant dans le discours de l'ex-président.

Un texte de Marie-Claude Frenette

Avant la conférence, plusieurs personnes s'attendaient à être inspirées par un orateur de talent ou encore à être emportées par une vague d’espoir. « La peur devrait être remplacée par l'espoir », a justement déclaré Barack Obama à l’auditoire mardi soir.

Carole Woods et son mari Barry Taylor, un couple à la retraite de Magog, ont chacun payé 224 $ pour assister à la conférence organisée par la Chambre de commerce de Montréal.

Carole Woods et Bary TaylorCarole Woods et Bary Taylor Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Frenette

On veut faire partie de l'histoire. M. Obama est un homme très intelligent et qui parle très bien. Nous ne voulons pas manquer cette occasion.

Carole Woods

Carole Woods n’a d’ailleurs aucun problème à ce que l’orateur soit grassement payé pour sa prose. « S’il a le talent de parler et que les gens l’admirent, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas profiter de ça pour faire de l’argent », soutient-elle.

Elisabeth Nkyeri, une jeune comptable montréalaise, attendait le discours d’Obama avec impatience. Sur l’heure du dîner, elle était déjà venue jeter un coup d'œil aux préparatifs.

Elisabeth NkyeriElisabeth Nkyeri Photo : Radio-Canada

J'ai beaucoup d'admiration pour l'engagement d'Obama et ce qu'il représente.

Elisabeth Nkyeri, comptable, Montréal

Émilie Jutras, une avocate de 33 ans de Montréal, avait, quant à elle, offert les billets pour la conférence en cadeau à son père, Michel Jutras.

Émilie et Michel JutrasÉmilie et Michel Jutras Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Frenette

Pour moi, c’est un des plus grands hommes politiques du 21e siècle. On va peut-être avoir la chance de faire partie d’un moment historique. Dans le climat de cynisme politique ambiant, et avec ce qu’on entend de la bouche de Trump, Barack va peut-être insuffler un peu d’espoir.

Émilie Jutras

« Barack Obama a une personnalité particulière. Il est une bonne personne comparativement à Donald Trump. J’aime le pragmatisme d’Obama. Je crois qu’il va peut-être calmer le jeu en disant que les Américains aiment bien les Canadiens », affirmait son père, Michel Jutras, 61 ans, avant le discours.

L’ex-président des États-Unis a d’ailleurs fait plusieurs fois allusion « aux valeurs communes » des Canadiens et des Américains, comme le pluralisme, l’ouverture, la liberté d’expression et la démocratie. Il a évoqué le travail commun des deux pays pour faire aboutir l’Accord de Paris, notamment.

De grandes attentes

La lutte aux changements climatiques est un autre enjeu souvent évoqué par le public venu écouter l'ex-président lors de l'événement organisé par la Chambre de commercie de Montréal. Philippe Deschênes, un ingénieur informatique de Montréal, souhaitait qu’il aborde ce thème.

Philippe DeschênesPhilippe Deschênes Photo : Radio-Canada

J’ai eu du plaisir à l’entendre. J’ai remarqué qu’il a été consistant dans ses idées en abordant le thème de la pauvreté et du climat. Je l’ai trouvé un peu sombre par contre. Je m’attendais peut-être à ce qu’il soit un peu plus détendu, plus informel.

Philippe Deschênes, ingénieur en informatique

Bien qu’Obama se prononçait devant un auditoire conquis d’avance, bien des personnes présentes ont tout même pris le temps de réfléchir sur les propos présentés par la vedette de la soirée.

L’ancien directeur du journal Le Devoir Jean-Louis Roy, bien au fait des enjeux de politique internationale, est ravi d’avoir pu être dans la même pièce que le « personnage Barack Obama ».

Cependant, il croit que ses propos auraient pu aller plus en profondeur sur certains points.

Jean-Louis RoyJean-Louis Roy Photo : Radio-Canada

Son discours était très conservateur. Il n’a pris aucune chance. Il a été d'une prudence sans faille, ce qui rendait son propos un peu prévisible. Il n’a pas dit un mot sur le Proche-Orient. J’aurais aimé qu’il parle d’Israël et de la Palestine. Il a fait une photographie du monde, mais pas une radiographie du monde.

Jean-Louis Roy, ancien directeur du journal Le Devoir

Louise Toutée, une jeune fille de 17 ans, s’attendait aussi à un peu plus du discours.

« J’ai retenu qu’il voulait envoyer un message d’espoir, qu’il voulait parler de l’avenir, mais il n’a pas fait de retour sur sa présidence en elle-même. Il a beaucoup parlé des liens entre le Canada et les États-Unis, mais il n’a pas parlé de façon aussi concrète que j’aurais espéré. Il parlait beaucoup de grands idéaux, mais pas beaucoup de politiques précises », conclut-elle.

Elle est d’ailleurs aussi critique par rapport à la présidence de l’ex-chef d’État.

Louise ToutéeLouise Toutée Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Frenette

Je n’étais pas d’accord avec lui, par exemple, par rapport aux attaques de drones et sur sa politique au Moyen-Orient.

Louise Toutée, étudiante au cégep en sciences, lettres et arts, Montréal

Michael, un Montréalais qui travaille dans les technologies de l’information, a dit de son côté apprécier le positivisme de M. Obama « compte tenu de la situation politique actuelle aux États-Unis ».

« Je crois qu’une bonne partie du travail qu’Obama a mis son pays sur la bonne voie. Il a lui-même reconnu toutefois ne pas en avoir assez fait sur certains enjeux. On a beaucoup parlé du fait qu’il était le premier président afro-américain, mais on peut presque plaider que les tensions raciales aux États-Unis se sont empirées durant sa présidence », ajoute Michael.

Tout pour l'apercevoir

Jiliani Louis originaire de Miami, en Floride, mais en voyage à Montréal avec sa mère et son frère, attendait près dans l’entrée du Palais des congrès en après-midi. Après avoir appris que Barack Obama donnait un discours dans la métropole, ils espéraient l’apercevoir, même sans billet.

« Obama m’a donné une raison de croire que j’étais aussi bien que les autres », dit-elle.

Gisele Brice, accompagnée de son amie et ses deux enfantsGisele Brice, accompagnée de son amie et ses deux enfants Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Frenette

Il est encore notre président dans notre cœur.

Gisele Brice, Miami, Floride

Jennifer Brodeur, de l’entreprise JB Skin Guru, s’occupe des soins de la peau de Barack et de Michelle Obama depuis trois ans. C’est Oprah Winfrey qui l’a référée aux Obama.

Grâce à cette relation, elle occupait une place à la table d’en avant, directement en face de la scène. « C’est un homme honnête et progressiste. À Montréal, nous sommes des gens très ouverts et je crois que les Montréalais, nous aimons cela », témoigne-t-elle.

Jennifer BrodeurJennifer Brodeur Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Frenette

Sa place a dû faire l’envie de nombreuses personnes, puisqu’au fond de la salle, la silhouette de Barack Obama était de la taille d'un grain de riz. Les écrans géants compensaient.

Néanmoins, Max Lirsen, un admirateur de Barack Obama qui occupait le siège le plus éloigné, semblait bien heureux de son sort.

Obama représente pour moi l’espoir. Avec ce qui se passe aux États-Unis, en Europe et au Moyen-Orient, ça fait du bien de croire. Non, il n’est pas parfait, mais nous sommes tous humains et ce n’est rien à comparer aux agissements de son successeur.

Max Lirsen

Société