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De la discrimination envers les femmes autochtones dans le système judiciaire albertain?

Une victime d'agression sexuelle a été emprisonnée par la cour pour la forcer à témoigner.

Une victime d'agression sexuelle a été emprisonnée par la cour pour la forcer à témoigner.

Photo : Service de police d'Edmonton

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les femmes autochtones restent encore victimes de discrimination dans le système judiciaire albertain, estiment des militants autochtones. Leur déclaration intervient après la révélation qu'une itinérante crie avait été incarcérée pour la contraindre à témoigner contre l'homme qui l'avait agressée sexuellement.

Un texte de Catherine Bouchard

« C’est une des questions qui me maintient éveillée la nuit. Je me demande si, si elle avait été Blanche, si elle avait eu un domicile fixe, si elle n’avait pas eu de problèmes de toxicomanie, est-ce que les choses auraient été différentes », dit la ministre de la Justice de l'Alberta, Kathleen Ganley.

Cette dernière s’est engagée à tenir une commission spéciale pour étudier ce cas particulier. Elle a demandé à la directrice générale de l’Association albertaine de services pour les victimes d’agressions sexuelles, Deborah Tomlinson, et l’avocate experte en droits autochtones, Grace Auger, de siéger au comité.

Rappelons qu’Angela Cardinal (nom fictif) avait été incarcérée pendant cinq jours et transportée dans le même véhicule que son agresseur en juin 2015.

La procureure de la Couronne au dossier, Patricia Innes, n’a pas exprimé de remords quant à sa requête d’emprisonnement de la victime. Interrogée par CBC lundi, Mme Innes a répondu que si c’était à refaire, elle procéderait de la même façon. Elle a jusqu’ici aussi refusé de réclamer la levée d’interdit de publication sur le nom de la victime de l'agression sexuelle, malgré le fait que celle-ci est morte, il y a un an et demi, et la demande de la famille.

La cofondatrice de l’Institut pour l’avancement des femmes autochtones à Edmonton, Muriel Stanley Venne, pense que les choses auraient été différentes si Angela n’avait pas été Autochtone. Elle se montre toutefois optimiste, à la suite de l’engagement de la ministre de la Justice à tenir un comité spécial sur la question.

« Nous avons une occasion, qui ne s’était jamais présentée jusqu’ici, d’apporter des changements au système judiciaire qui est systématiquement discriminatoire envers les femmes autochtones », indique Mme Stanley Venne.

Sensibilisation


L'avocate experte en droits autochtones Kateri Vincent estime qu'il faut faire beaucoup de sensibilisation à la réalité autochtone auprès des juges et des procureurs.

« Je crois qu'on est dans un cercle vicieux parce que, étant donné que les Autochtones ne sont pas surreprésentés seulement dans le système judiciaire, mais aussi sur le plan des problématiques sociales, j'ai l'impression que la façon d'intervenir est peut-être plus paternaliste ou empreinte d'un manque de confiance », affirme Me Vincent.

Surreprésentation en détention

Les femmes autochtones sont surreprésentées parmi les victimes de crimes violents et parmi les contrevenantes au pays, révèle une étude de Statistique Canada, publiée mardi. Bien qu’elles ne représentent que 5 % de la population féminine du pays, l'étude montre qu'en 2014-2015 les femmes autochtones représentaient 39 % des détenues dans les prisons fédérales, et 38 %, dans les prisons provinciales.

En 2014, le nombre de femmes autochtones ayant déclaré avoir été victimes de crimes violents était 2,7 fois plus élevé que chez les femmes non autochtones.

L'analyste de Statistique Canada Samuel Perreault dit qu' « il y a de nombreux facteurs qui peuvent influencer le fait d'être victime d'un crime », notamment la vulnérabilité qui découle de problèmes de santé mentale.

« On retrouve un petit peu plus d'Autochtones qui disent avoir une mauvaise santé mentale et les gens qui ont plus de difficultés de ce côté-là vont être plus à risques d'être victimes d'un crime. [...] Et, également, [il y a ] le fait d'avoir subi des violences dans l'enfance », indique M. Perreault. L'analyste précise toutefois que ce dernier point serait en baisse, car les plus jeunes générations d'Autochtones sont autant victimes de violence dans leur enfance que les non-Autochtones.

L'âge serait aussi un facteur.

Le nombre de femmes victimes d’homicide a diminué dans les dernières années au Canada, mais la tendance inverse est observée chez les femmes autochtones. En 1980, elles étaient légèrement surreprésentées, constituant 9 % de toutes les victimes d'homicide, comparativement à 24 % en 2015.

 

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