•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tension en Lettonie, à l'arrivée d'un groupement tactique de l'OTAN

Un homme tient un drapeau de la Lettonie

De 1945 à 1990, toute célébration de l’indépendance de la Lettonie était interdite.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le groupement tactique international de l'OTAN, qui comprend des centaines de soldats canadiens, s'apprête à être déployé en Lettonie, dans le but de rassurer ce pays, inquiet, comme d'autres dans la région, de l'annexion de la Crimée par la Russie. Mais l'arrivée des Canadiens n'est pas vue d'un bon oeil par tous les Lettons.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

Dans la partie est de la Lettonie, dans le village de Viski, les célébrations du centenaire de l’indépendance de la Lettonie se sont amorcées dans un contexte de tensions avec la Russie.

Parade en LettonieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Lettonie célèbre cette année le 100e anniversaire de son indépendance

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Le drapeau est brandi avec respect et des centaines de participants ont défilé en costumes traditionnels.

Toutefois, les Lettons ont bien en mémoire l’annexion de leur pays et des autres pays baltes par l’Union soviétique, de 1945 à 1990. À l’époque, toute célébration de l’indépendance du pays était interdite. Encore aujourd’hui, une bonne partie de la population se méfie du pays voisin, la Russie.

Des femmes habillées en costumes traditionnels de la Lettonie marchent avec des drapeaux. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Célébrations du centenaire de l’indépendance de la Lettonie

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

C’est pour cette raison qu’on retrouve des militaires canadiens, au camp Adazi, dans la région de la capitale lettone, Riga.

Deux soldats canadiens préparent le campement sur la base militaire en Lettonie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plus de 400 soldats canadiens seront parmi les 1000 militaires de l'OTAN en Lettonie.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Ils achèvent présentement de préparer un camp militaire qui va accueillir, dès le 19 juin, plus de 1000 militaires de l’OTAN – d’Espagne, d’Italie, de Pologne et d’Albanie –, dont 450 Canadiens.

En fait, le Canada assumera le commandement de ce bataillon multinational, un des quatre bataillons formés pour rassurer les quatre pays voisins de la Russie.

Des dizaines de tentes militaires dans une forêt en Lettonie. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le camp militaire de l'OTAN à Adazi en Lettonie.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

« Ça n’a pas été conçu comme une force d’agression, une force offensive. Le but, c’est d’avoir un élément de dissuasion, de défense », dit le colonel canadien John Major, commandant du groupe tactique multinational.

Un accueil mitigé

Selon un récent sondage, une nette majorité de Lettons se disent rassurés par l’arrivée de troupes de l’OTAN, et appuient les sanctions imposées à la Russie en réaction à l’annexion de la Crimée. Mais une importante minorité russe est loin de partager cet enthousiasme.

Des femmes chantent dans une chorale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une chorale chante à Viski, lors des célébrations de l'indépendance de la Lettonie.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Au cours des célébrations de l’indépendance à Viski, une chorale de plusieurs centaines de personnes a repris un air connu où l'on dit de la langue lettone qu’elle est limpide comme de l’eau de source, une impression que ne semble pas partager une bonne partie de la minorité russe ici.

La deuxième ville du pays, Daugavpils, se trouve à 120 kilomètres de la frontière russe, et on se croirait en Russie. Au marché, tout est affiché en russe.

Des affiches en russe dans un marché letton. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les affiches en russe sont omniprésentes dans la ville de Daugavpils, en Lettonie.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

« Ici, on ne se sent pas menacés », dit un résident, Genady, alors on n’a pas besoin de ces militaires canadiens ou américains. »

Genady, résident de DaugavpilsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Genady, résident de Daugavpils

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

« Quand des militaires arrivent, ça crée toujours de la tension, de l’anxiété », ajoute Zoya. « On n’a pas besoin d’eux. »

Cette dame fait partie des 225 000 personnes qu’on appelle les non-citoyens – des résidents de cette minorité russe qui n’ont pas pu ou qui n’ont pas voulu passer l’examen exigé par le gouvernement servant à démontrer leur connaissance de la langue lettone.

Zoya, une "non-citoyenne" de la LettonieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Zoya, une "non-citoyenne" de la Lettonie

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Ils ne peuvent donc pas voter et n’ont pas droit à la pension de vieillesse.

Dans cette même ville de Daugavpils, qui est à 80 % russe, Arvis Soldans, propriétaire d’un bar et d’un restaurant, reste ferme. Il refuse d’utiliser une autre langue que le letton, la langue du pays, avec ses clients.

« Oui, il y a des Russes radicaux qui disent : "vous ne parlez pas russe, alors on va ailleurs, mais c’est leur problème." »

Le leader de l’Union des Russes lettons, Juris Zaicev, dit que ces gens sont inquiets à cause de cette imposante présence militaire. « Bien sûr, il y a de la discrimination contre les russophones. Augmenter la présence militaire dans un tel contexte ne peut amener rien de bon. »

Juris Zaicev, leader de l’Union des Russes lettonsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Juris Zaicev, leader de l’Union des Russes lettons

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

Contrer les fausses nouvelles

Ce déploiement militaire donne de l’eau au moulin des médias russes, que nombre de russophones écoutent à Daugavplis, qui reprennent le message du Kremlin voulant que les Russes de Lettonie soient victimes de mauvais traitements. Il s’agit de la même raison invoquée, en 2014, pour justifier l’annexion de la Crimée et l’appui aux rebelles dans l’est de l’Ukraine.

D’ailleurs, selon le colonel Ilmars Lejins, qui commande la brigade d’infanterie des forces lettones, les Canadiens font face à une menace bien réelle et omniprésente dans la région : la désinformation.

Le colonel Ilmars Lejins parle avec un soldat canadien.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le colonel Ilmars Lejins commande la brigade d’infanterie des forces lettones.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeyev

« Il y aura des histoires folles, de fausses nouvelles, des provocations contre les soldats lettons, moi y compris, mais aussi contre les Canadiens et les autres troupes de l’OTAN, des histoires de mauvaise conduite et d’autres que je ne peux même pas imaginer… »

— Une citation de  Colonel Ilmars Lejins

Selon le commandant responsable de la préparation des installations, le lieutenant-colonel Hugo Delisle, les militaires canadiens qui seront déployés en Lettonie savent bien à quoi ils seront exposés.

« C’est ce qu’on fait avec nos militaires présentement et on n’a aucun problème. La situation est comprise et on a pu travailler de façon très positive en arrivant en Lettonie », précise M. Delisle.

Dans un tel contexte, les militaires canadiens devront faire preuve de beaucoup de tact et de diplomatie.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !