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Des Alpes aux Rocheuses, une histoire de 1er juillet

Michel et Martine Filliol avec en arrière-plan le village de Lanslevillard, devenu une importante station de ski de la Vallée de la Maurienne.

Michel et Martine Filliol avec en arrière-plan le village de Lanslevillard, devenu une importante station de ski de la vallée de la Maurienne.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En 1904, la vie est bien difficile à Lanslevillard, un village des Alpes françaises. Mais le hasard d'une rencontre avec un prêtre qui souhaite fonder de nouvelles paroisses au Canada fait vite espérer des jours meilleurs. Un petit chapitre de l'histoire canadienne va ensuite s'écrire.

Un texte de René Saint-Louis

Encore aujourd'hui, les gens de Lanslevillard, les Villarins, racontent comment tout a commencé au début du siècle dernier.

Un jeune du village est allé à la foire dans la ville voisine de Saint-Jean-de-Maurienne. Au retour, dans le train, il rencontre un prêtre, un certain abbé Férroux. Alors que le jeune se plaint de sa pauvre condition, l'abbé lui dit qu'il y a de l'argent à faire dans l'Ouest canadien.

Quand le jeune fait part des propos du prêtre à ses parents, sa mère, en pleurs, lui dit qu'il n'est pas question qu'il parte. Mais l'histoire de cette rencontre fortuite circule dans le village et mûrit dans l'esprit de certains.

Dès le printemps 1904, trois jeunes Villarins décident de partir pour le Manitoba. Trois autres les rejoignent à l'automne. Le mouvement s'amplifie à mesure que les lettres envoyées à ceux restés au pays confirment qu'il y a du travail et que les salaires sont bons dans l'Ouest canadien.

Dans les années suivantes, 54 des 300 habitants de Lanslevillard partiront, soit près d'un sur cinq.

Des Villarins dans l'Ouest canadien au début du 20e siècleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Villarins dans l'Ouest canadien au début du 20e siècle.

Photo : Société d'histoire Mémoires de Lanslevillard

Du Manitoba à la Colombie-Britannique, en passant par l'Alberta, les Villarins deviennent bûcherons, scieurs, poseurs de voies ferrées ou encore moissonneurs. Ils se déplacent d'un chantier à l'autre au gré des saisons.

 

Après quelques années de dur labeur, bon nombre se retrouvent dans l'Est, à Montréal, où ils se font aubergistes, commerçants ou restaurateurs. C'est à ce moment que les premiers restaurants de cuisine savoyarde font leur apparition à Montréal.

La famille Chevalier, originaire de Lanslevillard, devant son restaurant à MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La famille Chevalier, originaire de Lanslevillard, devant leur restaurant à Montréal

Photo : Société d'histoire Mémoires de Lanslevillard

Une mémoire vivante

Cette histoire d'émigration aurait pu, comme tant d'autres, sombrer dans l'oubli. Mais la société d'histoire Les Mémoires de Lanslevillard a décidé de l'immortaliser.

Depuis 2014, près du centre du village, une plaque commémorative rappelle l'épopée des Villarins partis pour le Canada. Elle est installée sur la Montée du Canada, qui est en fait un escalier reliant deux rues de ce village alpin. Et Lanslevillard a aussi fait sienne la devise du Québec : « Je me souviens ».

Plaque commémorative de la société d'histoire Les Mémoires de Lanslevillard, qui a rebaptisé un escalier du village alpin la Montée du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plaque commémorative de la société d'histoire Mémoires de Lanslevillard qui a rebaptisé un escalier du village alpin La Montée du Canada.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

L'autre particularité de cette histoire d'émigration est qu'environ la moitié des Villarins partis pour le Canada sont retournés vivre dans leur village de Savoie des années ou encore des décennies plus tard.

Résultat, de nombreux habitants de Lanslevillard ont grandi en écoutant les extraordinaires aventures de leurs grands-parents qui avaient vécu au Canada.

C'est le cas de Michel Filliol, aujourd'hui âgé de 80 ans, dont le grand-père, Sylvestre Filliol, était parti au Canada en 1906 pour revenir en France en 1927. Michel se souvient de son aïeul qui, souvent, faisait référence au Canada en disant « dans l'Ouest on faisait comme ceci, au Québec on faisait comme cela ».

Michel raconte que son grand-père était parti à 18 ans pour payer les dettes de sa famille, ce qu'il a pu faire au bout d'un an à peine. Dans l'Ouest canadien, il gagnait en une journée l'équivalent de 10 jours de travail en France.

La femme de Michel, Martine Filliol, est membre de la société d'histoire locale. Pour elle, il est évident qu'il fallait immortaliser cette épopée.

En 1904, des petits paysans montagnards qui n'étaient jamais sortis de chez eux et s'en allaient en Colombie-Britannique, il fallait le faire! Il fallait vraiment avoir envie de partir.

Martine Filliol, membre de la société d'histoire Les Mémoires de Lanslevillard
 

Que reste-t-il de cette épopée?

Les gens qui ont vécu cette épopée sont aujourd'hui disparus. Il ne reste qu'une seule survivante, une dame de plus de 90 ans qui était enfant quand elle a quitté Lanslevillard pour Montréal, où elle vit toujours.

Des Villarins dans l'Ouest canadien au début du 20e siècleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Villarins dans l'Ouest canadien au début du 20e siècle.

Photo : Société d'histoire Mémoires de Lanslevillard

Selon la Société généalogique canadienne-française, tous les Filliol du Canada seraient des descendants des Villarins arrivés au début du 20e siècle.

Il reste aussi quelques articles publiés dès 1948 par des journaux locaux de Savoie. En 1978, le journal d'Albertville publiait entre autres les mémoires d'un bûcheron de Lanslevillard. Sous le titre « Léon Filliol : ma conquête de l'Ouest », la série de six articles est une suite d'anecdotes savoureuses.

Alors âgé de plus de 90 ans, Léon Filliol, parti avec la première vague d'émigration en 1904, écrit entre autres sur sa rencontre avec des « Peaux-Rouges », probablement des Kootenays, dans le village de Cranbrook, en Colombie-Britannique.

Extrait d'un des articles

« Quand je suis arrivé à Cranbrook, ce sont de véritables images de western qui m'ont sauté aux yeux.

Au milieu des rues subsistaient encore les souches des arbres qu'on avait abattus pour permettre la construction de la ville. [...] On s'attendait à voir à chaque instant, tournant le coin de la rue, des Peaux-Rouges avec leurs plumes. Ces Indiens, j'allais bientôt faire leur connaissance. Ils travaillaient sur la coupe avec nous, et n'avaient rien de belliqueux. Bien au contraire. On ne pouvait trouver meilleurs copains.

Ils habitaient dans la forêt des villages de cabanes en rondins. Ils se déplaçaient toujours à cheval, les hommes comme les femmes avec leur enfant attaché dans le dos.

D'humeur joyeuse, ils étaient d'un abord facile. Pour moi, ils avaient une qualité rare : ils parlaient le français. Pourquoi? Mais parce qu'au moment de la séparation de l'Église et de l'État en France, beaucoup de congrégations religieuses avaient été expulsées. Elles étaient venues au Canada évangéliser les Indiens de la forêt. »

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