•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les espoirs suscités par l'aveu de Réal Savoie

Dossiers des crimes non résolus dans la région
Le site Internet de la Sûreté du Québec rapporte six meurtres non résolus dans l'Est du Québec Photo: Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Le 3 mai dernier, Réal Savoie avouait le meurtre de Sonia Raymond, 21 ans après le crime. L'aveu de culpabilité de Savoie donne espoir aux familles qui vivent avec le souvenir douloureux d'un proche assassiné, dont le crime n'a pas encore été résolu.

Un texte de Jean-François Deschênes

Normand Vallée devant une rivière.Normand Vallée espère que les enquêteurs arrêteront un jour l'assassin de son frère et de sa belle-soeur. Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Le regard de Normand Vallée se perd dans le petit ruisseau de Cap-au-Renard.

C’est ici qu’ont été découverts les corps de son frère Victorien Vallée et de sa belle-sœur Claudette Servant, un mois après leur disparition en mai 1995. Le meurtrier n'a jamais été retrouvé.

Il se remémore ces difficiles souvenirs comme s'ils s’étaient passés hier.

C’est toujours difficile, mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse. Ils ne trouvent pas les meurtriers.

Normand Vallée, proche de victimes d’un crime non résolu
Photo et fleursPhoto de Victorien Vallée qui se trouvait sur le cercueil à la sortie de l'église en 1995 Photo : Radio-Canada

L’aveu du meurtrier de Sonia Raymond, il y a un peu plus d'un mois, lui donne espoir qu’un jour le mystère du meurtre des membres de sa famille soit élucidé.

On dormirait en paix. Là, on dort, mais quand on se réveille un peu, on pense à ça tout le temps.

Normand Vallée, proche de victimes d’un crime non résolu

Il n’est pas seul à vivre avec cette espérance. D'autres familles savent que le meurtrier de leur proche court toujours.

Cliquez sur les X pour connaître les victimes et leur histoire. Source : Site Internet des crimes et disparitions non résolus de la Sûreté du Québec.

 

La dizaine de membres de l'escouade spéciale qui étudie les dossiers nébuleux depuis une quinzaine d’années, espère aussi que l'aveu de Réal Savoie inspirera des gens à dévoiler des secrets enfouis. Au total, 600 dossiers sont entre leurs mains. Les plus vieux crimes remontent aux années 1960.

Un site Internet dédié à ces meurtres et disparitions non résolus a été créé il y a une douzaine d’années. Il recense une cinquantaine de dossiers, dont six dans l’Est du Québec.

La porte-parole de la Sûreté du Québec, Martine Asselin, explique que des gens peuvent dévoiler des informations des années plus tard. « Peut-être que la personne n’était pas prête à parler [à l'époque], peut-être que la situation conjugale peut avoir changée », dit-elle.

Avec le temps, on peut être à l’aise ou vouloir juste se libérer de ce fardeau, ce secret de famille-là, et enfin de permettre de résoudre un crime.

Martine Asselin, porte-parole de la Sûreté du Québec
Cercueil et porteurs sortent de l'égliseArchives : La mort de Victorien Vallée et de Claudette Servant avait attristé la communauté de la Haute-Gaspésie en 1995. Photo : Radio-Canada

Association des familles de personnes assassinées ou disparues

L’emprisonnement du meurtrier de Sonia Raymond encourage aussi l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues.

Selon la directrice générale, Nancy Roy, les familles membres de son organisation vivent un soulagement parce qu’elles se mettent à la place de la famille Raymond, pour qui le procès et toutes les émotions qui y sont reliées sont enfin terminés.

C’est de l’empathie, qu’ils vivent. Ils se mettent à la même place de ceux qui ont déjà eu des procès qui ne finissent plus, ils se disent "bon, enfin, [c'est terminé]".

-Nancy Roy, directrice générale, Association des familles de personnes assassinées ou disparues

En chiffres - Association des familles de personnes assassinées ou disparues

  • 12 ans d'existence
  • 600 membres vivent le deuil d’une personne assassinée
  • un membre sur trois vit avec un crime non résolu
  • 89 membres vivent un cas de disparition
Provigo et hélicoptère.Archives : la sûreté du Québec avait pris les grands moyens pour retrouver le meurtrier d'André Carrier en 1982. Photo : Radio-Canada

De l'aide financière pour les familles

Mme Roy déplore aussi le manque de soutien financier pour les familles qui suivent un procès. Elles doivent souvent quitter leur travail le temps des procédures, et c'est sans parler des centaines de kilomètres à parcourir pour se rendre au palais de justice, sans compensation monétaire.

Provigo, voiture de la Sûreté du Québec dans un stationnementArchives 1982 : la Sûreté du Québec recherche encore aujourd'hui, le meurtrier du copropriétaire de cet ancien Provigo de Matane. Photo : Radio-Canada

La directrice demande au gouvernement de compenser financièrement ces familles, comme c'est le cas pour un membre du jury ou un témoin appelé à la barre. « Pour ce qui est des repas, le stationnement, le déplacement, sinon, c’est inéquitable », dit-elle.

Elle explique que les familles ont besoin d’assister au procès pour, entre autres, obtenir des réponses aux questions qu'elles se sont posées durant de nombreuses années sur les circonstances de la mort de l’être cher.

C’est inconcevable qu’une famille s’appauvrisse pour aller assister à un procès de quelqu’un qui a volé la vie d’un être cher de sa famille.

Nancy Roy, directrice générale, Association des familles de personnes assassinées ou disparues
DocumentCe document est disponible gratuitement Photo : Association des familles de personnes assassinées ou disparues

Le regroupement a d’ailleurs publié un guide pour aider les familles qui doivent vivre avec la disparition d’un proche survenue dans des circonstances criminelles.

Ce document explique, par exemple, les conséquences psychologiques d'un tel drame, la manière d'agir avec les médias et les actions à prendre avec les dettes laissées par la victime.

Justice et faits divers