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Une zone de protection marine ouverte à l’industrie, déplore un scientifique

Tortue Luth
La tortue luth est l'une des espèces menacées que l'on trouve dans le chenal Laurentien. Photo: iStock
CBC

Ottawa s'apprête à approuver la création d'une zone de protection marine dans le chenal Laurentien, dans le golfe du Saint-Laurent. Mais selon un scientifique de l'Université Memorial de Terre-Neuve, cette zone ne sera pas aussi étanche qu'elle devrait l'être.

Le chenal Laurentien est une profonde vallée sous-marine d’une superficie de près de 12 000 kilomètres carrés, qui s’étend de l’intersection du fleuve Saint-Laurent jusqu’au plateau continental de Terre-Neuve-et-Labrador.

On y trouve six espèces protégées, dont des tortues luths et des loups à tête large. Il est aussi une voie de migration importante pour des mammifères marins comme la baleine bleue.

Carte de la zone de protection marine du chenal LaurentienLa zone de protection marine du chenal Laurentien englobera près de 12 000 km² d'océan, de l'intersection du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saguenay jusqu'au plateau continental de T.-N.-L. Photo : Pêches et Océans Canada

Rodolphe Devillers, géographe à l’Université Memorial, salue la volonté d’en faire une zone de protection marine, mais estime qu’on a fait trop de compromis pour satisfaire l’industrie gazière et pétrolière.

La zone demeurera ouverte à l’exploitation et au transport d’hydrocarbures, mis à part un petit secteur où se trouvent des cages d’aquaculture.

Il faut préciser que l’industrie gazière et pétrolière s’est peu intéressée au chenal Laurentien jusqu’à présent.

« Mais ça nous inquiète tout de même », affirme M. Devillers.

S’il n’y a pas de réserves, pourquoi laisse-t-on une porte ouverte à l’industrie?

Rodolphe Devillers, géographe, Université Memorial, Saint-Jean, T.-N.-L.

Un dangereux précédent?

Il croit qu’on crée ainsi un dangereux précédent. D’autres zones de protection marines doivent être créées dans les années à venir; Ottawa s’est engagé à protéger 10 % des océans dans les eaux territoriales canadiennes d’ici 2020. Seulement 1 % d’entre eux sont protégés actuellement.

D’autres compromis avaient été faits au moment de délimiter les frontières de la zone de protection marine du chenal Laurentien, rappelle M. Devillers. Elle devait être plus grande, mais elle a été réduite pour exclure des zones de pêche importantes.

Conséquence : 43 % de la population d’aiguillats noirs, un petit requin qui habite les profondeurs et dont la survie suscite une certaine inquiétude, tombera à l’extérieur de la zone protégée.

Des aiguillats noirsLe chenal Laurentien comprend les concentrations les plus élevées d'aiguillat noir, un requin des profondeurs, dans les eaux canadiennes. Photo : Wildlife of the World

Une question d'équilibre, selon Pêches et Océans Canada

« Nous tenons compte des avis scientifiques et trouvons un équilibre entre les objectifs de conservation et une utilisation durable des zones », explique Jeff MacDonald, directeur général, politiques des océans et des pêches à Pêches et Océans Canada. « Autrement dit, nous protégeons la biodiversité tout en permettant certaines activités compatibles avec cet objectif. »

Rodolphe Devillers n’en croit pas moins que les industriels ont une trop grande influence sur la délimitation des zones protégées.

« L’industrie est non seulement consultée, elle a un accès direct aux plus hautes sphères de notre système politique et a une grande influence sur les décisions qui sont prises », dit-il.

Il croit que le Canada choisit la voie de la facilité en cherchant à identifier de larges zones marines qui peuvent être protégées sans que cela soit source de conflits.

Pêches et Océans Canada doit annoncer incessamment une dernière phase de consultation publique au sujet de la création de la zone de protection marine du chenal Laurentien.

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