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Plage Parlee : les problèmes de contamination connus depuis au moins 1994

La plage et les dunes avec la mer en arrière-plan

La plage Parlee

Photo : Radio-Canada

CBC

Une série de documents internes obtenus par CBC indiquent que le gouvernement du Nouveau-Brunswick était au courant de problèmes de contamination à la plage Parlee de Shediac dès 1994, mais qu'il a eu le souci, au cours des années suivantes, de protéger à tout prix la réputation de la plage, la plus fréquentée au N.-B.

Dans ces documents, un fonctionnaire parle de la nécessité de prévenir « le choc d’une fermeture de la plage » à la suite d’une rencontre au sein du ministère chargé de promouvoir la plage comme destination touristique.

Un autre préconise des solutions à court terme pour garder la plage ouverte, même si les taux de contamination observés y étaient élevés.

Des taux élevés de pollution dès 1994

Les centaines de documents ont été obtenus par des habitants de la région de Shediac grâce à la Loi sur le droit à l’information et remis à CBC.

On y apprend que la province a commencé à élaborer un nouveau système de tests sur la qualité des eaux de baignade lorsque les premiers taux élevés de coliformes fécaux ont été observés à la plage Parlee, en 1994.

Des gens se baignent à la plage Parlee à ShediacAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dès 1994, on relève des taux élevés de contamination à la plage Parlee

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Ce système devait au départ être appliqué à l’ensemble des plages de la province, mais on a fini par développer un système fait sur mesure pour les plages Parlee et Murray, près du pont de la Confédération.

Ce système devait, selon les documents, être accompagné d’une « promotion et d’une mise en marché professionnelles, pour assurer la livraison d’un message conséquent au public, de nature positive ».

Ce système, a-t-on appris l’an dernier, a grandement sous-estimé la qualité des eaux de baignade à la plage Parlee au cours des dernières années. Par exemple, elles ont été présentées comme étant de qualité passable ou bonne pendant 17 jours, l’an dernier, alors qu’elles auraient dû être classées dans la catégorie médiocre.

Le gouvernement provincial a fini par annoncer, en avril dernier, un nouveau protocole de surveillance des eaux qui respectera les normes nationales.

La réputation de la plage Parlee avant tout

Les documents du gouvernement du Nouveau-Brunswick obtenus par CBC datent de 1998 à 2002. À leur lecture, une préoccupation ressort : la crainte que des avis de mauvaise qualité de l’eau ne nuisent à la bonne réputation de la plage Parlee et à l’économie locale.

À partir d’avril 1998, un comité ad hoc sur la qualité de l’eau dans la baie de Shediac commence à se réunir, à la suite de résultats de tests qui avaient fait état, l’année précédente, de taux de contamination qui dépassaient les recommandations canadiennes au sujet de la qualité des eaux, à la plage Parlee. Ce comité est formé de représentants provinciaux et locaux.

Une affiche indiquant que la plage est ouverte à la baignade.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La nouvelle signalisation sur la qualité de l'eau de la plage Parlee, en vigueur cet été.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Ses efforts sont toutefois mis à mal par les compressions budgétaires de l’époque qui empêchent, par exemple, le ministère fédéral de l’Environnement « de faire tous les tests qu['il voudrait] faire », selon les mots d’un compte rendu d’une réunion au ministère.

Le ministère provincial de la Santé connaît le même problème.

À la même époque, une note du fonctionnaire Rhéal Savoie, du ministère provincial du Développement économique et du Tourisme, indique que la plage Parlee est « d’une grande importance [...] pour l’industrie touristique de toute la région [du Sud-Est] aussi bien que de la province du Nouveau-Brunswick dans son ensemble ».

Une autre note de service qui date de juillet 1998 indique que « les eaux utilisées à des fins récréatives ne sont pas considérées comme prioritaires, en l’absence de maladies ».

Malgré tout, divers groupes - le comité ad hoc, des chercheurs de l’Université Mount Allison et le ministère provincial de l’Environnement - proposent des initiatives pour étudier plus à fond les problèmes de qualité de l’eau à la plage Parlee, leurs causes et pour les remèdes possibles.

Encore une fois, un fonctionnaire au sein du ministère de l’Environnement, Bill Ayer, intervient et rappelle dans une note à un collègue au ministère de la Santé qu’il faut protéger à tout prix la plage Parlee.

Nous devons faire tout en notre pouvoir pour maintenir la plage ouverte et pour y arriver, il se peut que nous devions adopter des remèdes à court terme.

Citation d'une note de service du gouvernement du N.-B.

Un thème récurrent

Cette volonté de protéger à tout prix la réputation de la plage Parlee reste évidente, dans les documents, au cours des années suivantes.

Au début des années 2000, des représentants provinciaux planchent sur un nouveau système d’analyse des eaux de baignade. Dans le brouillon d’une note de synthèse préparée pour les élus, on peut lire qu’il faut s’attendre à ce que les eaux de la plage Parlee soient jugées impropres à la baignade au cours de l’été à venir.

La note mentionne que le bureau de Moncton de la Santé publique propose un système qui reposerait sur les rapports de résidents locaux plutôt que sur les données d’analyses.

Pont d'entrée à la plage Parlee de Shédiac. On y voit le panneau indiquant la qualité de l'eau du jour.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un système de classification avait été taillé sur mesure pour la plage Parlee

Photo : Radio-Canada

L’avantage de ce système, selon la note, c’est que le public serait informé lorsque la qualité de l’eau serait mauvaise à la plage Parlee, mais que cette approche « minimiserait l’impact de la publicité négative sur la plage et les environs ».

Dans une deuxième version de cette note, on peut lire que « le choc d’une fermeture de la plage serait réduit », grâce à ce système.

Système provincial ou local?

D’autres documents, au cours des mois suivants, parlent d’un système d’analyse qui s’appliquerait à toutes les eaux à usage récréatif au Nouveau-Brunswick. C’est d’ailleurs l’approche préconisée par le sous-ministre de la Santé, Paul LeBreton, dans une note de service, en octobre 2000.

Un autre document de la même époque identifie les plages Parlee et le parc provincial Mactaquac, près de Fredericton, comme lieux d’un projet pilote pour un nouveau système d’analyse provincial.

En définitive, c’est le système taillé sur mesure pour la plage Parlee qui a prévalu, celui-là même qui a montré ses insuffisances au cours de la dernière année.

D'après un reportage de Jacques Poitras, CBC

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