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Le monde de l'éducation perplexe face à la légalisation du cannabis

Des feuilles de cannabis

Photo : Associated Press

Radio-Canada

La légalisation du cannabis soulève de nombreuses questions dans le milieu de l'éducation. Des intervenants au secondaire et au cégep s'inquiètent des conséquences et s'interrogent sur l'approche à adopter une fois la substance légalisée.

Un texte de Davide Gentile

À l'école Armand Corbeil de Terrebonne, une classe est bondée d'élèves qui sont à la frontière entre l'enfance et l'adolescence. Un groupe de première secondaire assiste à un atelier de prévention des drogues et de l'alcool. Ils sont à une période critique pour prévenir d'éventuels problèmes de consommation.

« Les risques sont plus élevés si une personne consomme jeune. Donc, le but des ateliers est de retarder le plus possible l'âge de la première consommation », dit l'intervenante Carole-Anne Campeau, qui travaille pour la Maison Jean Lapointe.

« Est-ce que la marijuana va devenir légale? » demande une jeune fille.

« Le bon terme, c'est cannabis, et c'est encore illégal », répond Mme Campeau.

L'intervenante pense que la légalisation provoque une certaine banalisation des effets pervers du cannabis. « On doit préciser que "légal" ne rime pas avec "absence de risques" », affirme-t-elle.

Le cannabis populaire chez les mineurs

Le cannabis est déjà très populaire. Selon des études, 31 % des 15-17 ans fument de la marijuana. La légalisation du produit compliquerait la tâche des professeurs parce que certains craignent aussi la banalisation des dangers du cannabis.

« Est-ce que la tentation va être la découverte? On ne sait pas ce qui va arriver », affirme Marc Michaud, enseignant en éthique et culture religieuse à l'école Armand Corbeil.

Des élèves de 5e secondaire qui ne fument pas de cannabis affirment que la légalisation provoque une normalisation de la perception que les jeunes se font du cannabis. « J'ai entendu [des gens dire] que c'est comme l'alcool », affirme Anthony Langevin.

Maribel Denommée abonde dans le même sens. « Si le gouvernement accepte qu'on prenne la marijuana, les gens disent : ''ça doit pas être si pire que ça'' », souligne la jeune femme.

Samuel Tousignant, un autre élève de 5e secondaire, pense que la légalisation va faciliter l'accès au produit. « Ils vont demander à leurs parents ou à des gens majeurs d'en acheter pour eux », dit-il.

Pour sa part, le directeur de l'école Armand Corbeil croit que la légalisation forcera un dialogue avec les parents « pour leur dire : "vous pouvez consommer à la maison de la marijuana, mais comprenez que ce geste est nocif, comme l'alcool et la cigarette" ».

L'administrateur perçoit cependant deux éléments positifs. « On va contrôler la qualité du produit, de ce qui sera vendu avec la permission de l'État. Et on va éviter que les milieux criminels se mêlent de travailler avec les jeunes », estime-t-il.

Mineurs et majeurs dans les cégeps

« Il n'y a pas de panique », croit Bernard Tremblay, PDG de la Fédération des cégeps.

Ses établissements ont un profil démographique qui complique les choses. « C'est qu'on a une population étudiante qui est mineure et une population étudiante qui est majeure », explique-t-il.

Dans les cégeps, le cannabis sera donc soumis aux mêmes règles que l'alcool ou la cigarette. « Ce n'est pas parce que ce sont des produits qui sont légaux pour les 18 ans et plus qu'on peut être en état d'ébriété ou qu'on tolère la cigarette! » dit-il.

Au Québec, 41 % des 18-24 ans fument du cannabis.

Les étudiants rencontrés ne pensent pas que la légalisation change quoi que ce soit. « Même si c'est légalisé, la majorité des jeunes fument déjà. Alors ça ne change pas grand-chose », affirme l'une d'elles.

« Ceux qui fument ont hâte parce qu'ils en ont marre de se cacher. Mais ceux qui ne fument pas, ça ne les dérange pas, que ce soit légalisé ou non », soutient un autre.

La prévention

Peu importe l'âge légal qui sera déterminé par le gouvernement provincial, ce qui est important pour le milieu de l'éducation, c'est d'obtenir plus de moyens pour faire de la prévention.

« Il faut qu'on ait un soutien financier pour faire de la prévention », souligne Jean-Marc St-Jacques, de la Fédération des établissements d'enseignement privés.

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