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Gestion de l’offre : pourquoi le lait coûte-t-il plus cher au Québec?

Le lait de jument est le lait animal qui se rapproche le plus du lait maternel de par sa composition.
Le lait de jument est le lait animal qui se rapproche le plus du lait maternel de par sa composition. Photo: iStock
Radio-Canada

ANALYSE – Le prix élevé du lait au Québec n'est pas un argument pour mettre fin à la gestion de l'offre. Ce système existe en Ontario et les prix sont moins élevés, plus près des prix américains. Ceux et celles qui affirment aujourd'hui que Maxime Bernier avait raison de vouloir la fin de la gestion de l'offre pour favoriser une concurrence dans les prix se trompent de cible.

Un texte de Gérald Fillion

La réalité, c’est qu’il y a deux dynamiques qui s’affrontent dans les deux provinces. Au Québec, on cherche la stabilité des prix, alors qu’en Ontario le lait est considéré comme un produit d’appel.

Ça veut dire qu’on se sert du lait (et des oeufs également) pour attirer des clients. Les détaillants s’en servent pour stimuler les ventes avec des promotions et des rabais. Et c’est peut-être pour ça que le lait, les yogourts et les oeufs sont toujours dans le fin fond du magasin pour faire en sorte que vous passiez dans les allées et que vous fassiez quelques achats avant d’atteindre votre objectif premier, qui était votre pinte de lait en promotion!

Le prix au Québec est géré par la Régie des marchés agricoles et alimentaires. La Régie applique la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche en fixant le prix des produits laitiers au Québec. La Régie a le pouvoir d’imposer un prix minimum et un prix maximum. C’est un peu comme pour le prix de l’essence alors que la Régie de l’Énergie du Québec applique un prix minimum estimé pour l’essence et le diesel partout sur le territoire.

Il y a le consommateur ET le producteur

Comme il est indiqué dans une décision de la Régie des marchés agricoles et alimentaires, le 9 janvier dernier, « pour fixer le prix, la Régie tient compte de la valeur et des caractéristiques du produit, de ses conditions de production, de transport, de transformation et de livraison et de l’utilisation qui en est faite par les marchands de lait ainsi que des intérêts des producteurs, des marchands de lait, des distributeurs et des consommateurs.  »

Cette définition nous éclaire sur la dynamique des prix du lait au Québec. On a décidé, au Québec, de tenir compte de la demande, du consommateur et du marché, mais aussi de l’intérêt des producteurs et des détaillants afin de leur assurer un revenu stable. C’est pour cette raison qu’il y a un contrôle des prix, qu’on soit d’accord ou non.

Les prix sont fixés pour quatre régions : la région 1 touche la plus grande partie du Québec, la région 2 couvre surtout l’Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie et la Côte-Nord, alors que la région 3 concerne seulement les Îles-de-la-Madeleine et la région 4 représente le territoire des MRC de la Mingamie, du Golfe-du-Saint-Laurent et de Caniapiscau.

Ainsi, depuis le 1er février dernier, le prix minimum pour 4 litres de lait à 1 % de matière grasse est de 6,06 $ dans la région 1, de 6,26 $ dans la région 2, de 7,10 $ dans la région 3 et de 6,63 $ dans la région 4.

En Ontario, Loblaw offre aujourd’hui un spécial à 4,27 $ sur un paquet de 4 litres de lait, un écart de 1,79 $ à 2,83 $ sur le prix minimum exigé au Québec.

Comment faire baisser les prix au Québec?

En Ontario, la gestion de l’offre s’applique également. Ça vient assurer un revenu stable également pour les producteurs de lait.

Mais, tout en maintenant ces revenus, on a fait le choix en Ontario de considérer le lait comme un produit d’appel, ce qu’on appelle en anglais, de façon plus claire, un « loss leader ». Autrement dit, les détaillants ne font pas d’argent avec le lait, ils peuvent même en perdre. Le but, c’est de vous offrir un produit de base à faibles coûts et de vous attirer dans le magasin pour vous vendre d’autres produits.

Au Québec, le filet social est étendu, mais le lait coûte cher. En Ontario, le coût de la vie pour certains services est plus élevé, mais le lait est moins cher. Ce sont des choix collectifs qui ont été faits. Mais ils ont été faits dans le cadre du système de la gestion de l’offre, qui s’applique partout au Canada depuis les années 70. Et ce sont ces choix qui expliquent les écarts de prix entre le Québec et l’Ontario. Ce n’est pas la gestion de l’offre qui est en cause.

Alors, si l'on veut voir les prix baisser au Québec, ce n’est pas l’abandon de la gestion de l’offre qui va servir cet intérêt. C’est plutôt un débat sur la fixation des prix et la possibilité de considérer le lait comme un produit d’appel dans les magasins qui pourrait être lancé.

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