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Les Acadiens de la Nouvelle-Écosse veulent se faire entendre

Vue du quai de pêche dans la municipalité de Clare dans le sud de la Nouvelle-Écosse.

La municipalité de Clare est un des endroits où les Acadiens n'ont plus de circonscriptions protégées.

Photo : Gilles Boudreau

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Depuis le redécoupage de la carte électorale en 2012, une grande proportion des Acadiens de la Nouvelle-Écosse ne se sentent pas bien représentés à l'Assemblée législative. Ils ont donc entrepris des démarches judiciaires qui pourraient avoir d'importantes répercussions partout au pays au sein des minorités.

Un texte d'Elisa Serret

Alors que les Néo-Écossais sont appelés aux urnes mardi, les Acadiens de la province ont l'impression que leur voix ne sera plus entendue après l'abolition des circonscriptions protégées. Créées en 1992, ces circonscriptions assuraient une représentation des francophones de la Nouvelle-Écosse au sein de la députation, car la population acadienne y était majoritaire. La Nouvelle-Écosse était la seule province au pays à avoir ce type de circonscriptions.

Mais en 2012, le gouvernement néo-démocrate de Darrell Dexter a fait abolir les circonscriptions protégées de Clare, d’Argyle et de Richmond.

Cet hiver, la province a cependant été rappelée à l’ordre. La Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse a statué que tout le processus d’abolition des circonscriptions protégées était inconstitutionnel en vertu de l’article 3 de la Charte des droits et libertés du Canada parce qu’on ne prenait plus suffisamment en compte la représentation effective des minorités. Depuis, la fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse tente de faire invalider la décision de l’ancien gouvernement.

Or, le premier ministre libéral sortant, Stephen McNeil, a déclenché une élection à la fin du mois d’avril sans régler la question des circonscriptions protégées.

Un flou juridique

Le directeur de l’observatoire international des droits linguistiques, Michel Doucet, comprend mal pourquoi le gouvernement sortant, devant ce flou juridique, n’a pas demandé à la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse de préciser ce qui est considéré comme « inconstitutionnel ».

« Le gouvernement risque de se retrouver dans une situation où quelqu'un pourrait demander de déclarer la carte inconstitutionnelle. Donc, sur ce plan, l'élection serait tenue dans une situation d'incertitude inconstitutionnelle », dit M. Doucet.

Un précédent judiciaire qui pourrait avoir des répercussions partout au pays

Le professeur adjoint de politique Rémi Léger, de l’Université Simon Fraser, croit que si la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse confirme que non seulement tout le processus d’abolition est inconstitutionnel, mais que la carte actuelle l’est aussi, cela pourrait créer un précédent judiciaire et d'autres communautés au pays pourraient l'invoquer.

Cela pourrait concerner la représentation effective des groupes autochtones, de groupes métis, de communautés chinoises ou de la communauté pendjabie dans la grande région de Vancouver, par exemple.

Coup dur pour les Acadiens de la Nouvelle-Écosse

Louise Comeau n’a jamais quitté son coin de pays pour vivre ailleurs. Propriétaire d’une auberge à Meteghan, dans le sud de la Nouvelle-Écosse, elle y a élevé ses trois enfants et comme beaucoup d'Acadiens, elle s’est battue au fil des ans pour faire valoir les droits de sa communauté. Mme Comeau ne sait pas pour qui elle votera mardi, car elle estime ne plus être bien représentée.

Louise Comeau a l'impression que peu importe le gouvernement élu, elle ne sera pas bien représentée à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse. Elle aime sa culture et ses traditions. Louise Comeau montre ses courtepointes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louise Comeau a l'impression que, peu importe le gouvernement élu, elle ne sera pas bien représentée à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse

Photo : Elisa Serret

Louise a l’impression que tout ce cafouillage résulte d'un manque de volonté politique et constitue un véritable retour en arrière pour les Acadiens.

On se sent violés, on se sent comme si les gouvernements se sacrent de notre cause, de qui on est, ce que l'on est. On a été chassés. On est encore en train de le faire aujourd'hui. C'est comme ça qu'on se sent. Ça fait mal.

Une citation de : Louise Comeau, résidente de Meteghan

Jean-Louis Robichaud partage le sentiment de Louise Comeau. L’enseignant à la retraite a passé sa vie dans la ville de Clare. Il a longuement milité pour faire instaurer des écoles francophones dans la province. M. Robichaud ressent beaucoup de colère et se sent peu chez lui en Nouvelle-Écosse et au Canada.

On est difficilement une société accueillante, on est une terre d'accueil, mais pas une société accueillante.

Une citation de : Jesn-Louis Robichaud, résident de Clare

Pour lui, il est important de ne pas négliger les différences culturelles entre les anglophones et les francophones.

D'abord la langue [et] deuxièmement ce que j'appelle culture, je ne pense pas à la culture avec un grand C, mais une culture populaire, mais une façon de vivre, une façon d'être et de voir la vie et la question des valeurs inhérentes à cette manière de vivre.

Une citation de : Jean-Louis Robichaud, résident de Clare

Des trois circonscriptions acadiennes dont il est question, une seule n’appuie pas le processus judiciaire entamé par fédération des Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Les résidents de l’ancienne circonscription de Richmond considèrent qu’il s’agit d’un processus agressif, qui pourrait nuire aux relations avec le gouvernement.

Pour tenter d'apaiser la grogne, le gouvernement de sortant de Stephen McNeil a lancé une commission indépendante chargée d’étudier la question.

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