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Déprime immobilière à Matane

Maison à vendre

Maison à vendre

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pendant qu'ailleurs au pays on s'inquiète de la flambée des prix des maisons, depuis quatre ans, le prix des propriétés est en forte baisse à Matane.

Un texte de Joane Bérubé

La plupart des maisons de Matane se vendent désormais au prix de l’évaluation municipale et souvent même plus bas.

Courtier depuis 20 ans à Matane, Claude Forbes, observe que les prix sont en baisse depuis quelques années. « Si on recule, dit-il, de cinq ou six ans, les gens pouvaient monter plus haut, 190 000 $, 200 000 $ ça passait mieux. »

M. Forbes constate qu’il aurait de la difficulté à vendre aujourd’hui des maisons au même prix qu’il y a quatre ans.

Maison vendue à Matane

Maison vendue à Matane

Photo : Radio-Canada

Les maisons continuent de bien se vendre, souligne Claude Forbes, mais il est de plus en plus difficile de vendre une maison au-delà de 150 000 $.

Juste qu’à 140 000 $, 145 000 $, ça va bien. Comme les taux d’intérêt ne sont pas élevés, ça équivaut à peu près au prix d’un appartement.

Claude Forbes, courtier immobilier

La réalité du courtier correspond effectivement aux données du site Centris de la Chambre immobilière du Québec.

Quand on compare le prix médian des maisons vendues au cours des 12 derniers mois dans quatre des principales villes du Bas-Saint-Laurent, Matane arrive présentement au dernier rang et même en bas du prix médian de 135 000 $ pour l’ensemble du Bas-Saint-Laurent.

 

Marché anémique pour les maisons de 200 000 $ et plus

Seulement sept maisons de 200 000 $ et plus ont changé de mains l’an dernier à Matane.

La plupart des maisons de ce prix se sont vendues après être demeurées plus d’un an sur le marché, voire deux ans. Le prix de vente a aussi été établi sous l’évaluation municipale dans la majorité des cas.

Jean-François Côté de Matane est un cas type. Sa maison, bâtie en 2008 avec spa, garage, allée dallée, cour arrière sans voisin, située dans un quartier tranquille, est offerte à un peu plus de 200 000 $, sous l’évaluation municipale.

Sur son coin de rue, il y a trois autres maisons à vendre et six au total sur la rue. Depuis un an, il a eu deux visiteurs.

Il n'est pas rare de voir plusieurs maisons à vendre sur la même rue.

Il n'est pas rare de voir plusieurs maisons à vendre sur la même rue.

Photo : Radio-Canada

Et les propriétaires qui vont vouloir ajouter des réparations pour mieux vendre leur maison ont intérêt à y penser deux fois.

L’évaluation municipalité augmentera, mais la maison ne se vendra pas nécessairement plus cher, indique Claude Forbes.

C’est d'ailleurs l’histoire de Dany Bouchard et de sa conjointe, qui ont tous deux quitté Matane, il y a cinq ans, pour des raisons d’emploi. Ils ont alors mis leur propriété en vente à 179 000 $.

Dany Bouchard a mis cinq ans à vendre sa maison

Dany Bouchard a mis cinq ans à vendre sa maison

Photo : Radio-Canada

Ils viennent tout juste de la vendre, cinq ans plus tard, à moins de 139 000 $, en deçà de l’évaluation municipale de 192 000 $, et ce, malgré 4000 $ d’investissements en rénovations pour stimuler la vente.

Marché de premiers acheteurs et population vieillissante

Les courtiers parlent d’un marché d’acheteurs et ceux qui se mouillent sont souvent des jeunes dont c’est la première maison. « Ils consomment beaucoup et ils ont d’autres achats à payer, ce qui diminue l’argent qui va à la maison », note le courtier Claude Forbes.

C’est d’autant plus difficile pour eux que les banques ont aussi resserré leurs critères de financement sur les prêts hypothécaires.

Ces premiers acheteurs cherchent donc l’aubaine et il y en a. Beaucoup même, selon Joanne Gagné, une ancienne courtière qui a travaillé pendant 14 ans à Matane et est maintenant établie en Estrie.

Maison à vendre à Matane

Maison à vendre à Matane

Photo : Radio-Canada

Comme dans l’ensemble du territoire, la population de Matane est une population vieillissante attirée notamment par les nouveaux modes d’habitation comme les appartements avec services.

Ces gens, qui s’installent dans ces logements, vont préférer vendre leur maison rapidement, à moindre prix, plutôt que de payer les frais d’entretien, de chauffage et d’assurances d’une maison vide. C’est du moins ce que constate Claude Forbes.

Joanne Gagné corrobore. Souvent, ajoute-t-elle, la maison est libre d’hypothèque et rien ne les empêche de vendre à prix ridicule, correspondant à la moitié du prix espéré.

Les premiers acheteurs se voient offrir de belles résidences qui se seraient vendues environ 165 000$ à 200 000$ en 2016 à des prix allant de 65 000$ à 120,000$, soit le prix d'une petite maison ou d'une maison mobile en 2010!

Joanne Gagné, courtière

Elle note cependant que ce n’est pas toujours un choix pour certaines personnes âgées qui doivent de plus en plus vendre à perte leur bien le plus précieux. « Souvent, ce sont des femmes qui n’ont pas droit à la Régie des rentes », relève Mme Gagné.

Une de ces dernières transactions à Matane, relate Mme Gagné, est celle de la vente de la maison d’une dame qui résidait depuis quatre ans dans un de ces nouveaux appartements avec services.

« La maison, très belle avec planchers de bois franc, impeccable, bien entretenue, avait comme prix de départ 159 000 $. Après quatre ans, elle s’est vendue, dit-elle, à 70 000 $. »

Mme Gagné considère que l’offre importante de logements pour aînés est un élément supplémentaire qui vient perturber le marché interne, malmené par une économie souffreteuse.

Marché interne:

Malgré les soubresauts de l’économie, il y a toujours des maisons qui changent de main puisque les locataires deviennent premiers propriétaires, les premiers propriétaires vendent leur maison devenue trop petite quand la famille grandit pour une maison plus grande et de plus grande valeur ou pour se construire. Des propriétaires de longue date partent vivre ailleurs pour se rapprocher des enfants éloignés ou pour être en résidence. Dans un marché interne sain, les maisons augmentent peu à peu de valeur.

Définition de Joanne Gagné, courtière en Estrie

Entre 2015 et 2016, deux ans après l’ajout de 151 unités de logement pour aînés à Matane, le nombre de maisons en vente a grimpé jusqu’à 348, rapporte Mme Gagné.

Économie chancelante

Il s’est perdu plus de 650 emplois au cours des cinq dernières années à Matane.

Ville de Matane

Ville de Matane

Photo : Radio-Canada

Beaucoup de ces travailleurs étaient propriétaires. Plusieurs ont quitté la région. Selon Mme Gagné, ces difficultés économiques ont entraîné la mise en vente de 140 maisons depuis 2011.

Il y a présentement, selon le site Centris, des courtiers immobiliers du Québec, un peu moins de 200 maisons à vendre à Matane.

 

Une ville semblable à Matane, comme Rivière-du-Loup, compte aussi un peu plus de 200 maisons à vendre, mais il s’y est vendu plus de 200 maisons au cours de la dernière année comparativement à une centaine environ à Matane.

 


La roue immobilière tourne deux fois moins vite à Matane qu’à Rivière-du-Loup.

Cela prend plus de 200 jours en moyenne pour vendre sa propriété à Matane, et ce, sans égard au prix, ce qui est de loin le délai le plus long de toutes les villes d’importance du Bas-Saint-Laurent.

 


Un des problèmes engendré par la chute du marché immobilier matanais au cours des dernières années, explique Mme Gagné, c’est que les gens qui ont acheté entre 2008 et 2013 ont toujours une hypothèque importante à rembourser.

Ceux, qui souhaiteraient vendent pour avoir mieux et plus grand, ne parviennent plus à obtenir un prix suffisant pour rembourser leur hypothèque et acheter une autre demeure.

La courtière a compté 134 de ces petites maisons mises en vente sur le marché matanais de janvier 2015 à février 2016, mais qui ont été retirées du marché après 12 mois sans acheteur.

Durant les cinq ans où Dany Bouchard a tenté de vendre sa maison, il a effectivement reçu deux offres conditionnelles à la vente des maisons des acheteurs potentiels. Aucune de ces ventes ne s’est concrétisée.

Vendre à perte

Il y a aussi ceux qui n’ont pas d’autres choix que de vendre en raison d’un transfert dans une autre ville, d’une séparation ou d’une maladie.

La courtière confirme avoir vu des cas où le propriétaire a finalement vendu sous le prix de l’hypothèque.

Je ne vois qu'un apport massif de nouveaux travailleurs pour venir à rétablir un certain équilibre dans ce marché et cela prendra du temps pour revenir à la normale d'un marché interne sain.

Joanne Gagné, courtière en immobilier

Son collègue, Claude Forbes, est du même avis et croit lui aussi que seule une reprise économique permettra de faire remonter le prix des propriétés sur le marché matanais.

Économie