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L’inculture et l’herbier détruit

Un spécimen de marguerite, du genre Lagenophora, récolté à Java au milieu du 19e siècle. Cette photo est tout ce qu'il reste du spécimen après sa destruction par des douaniers australiens.

Un spécimen de marguerite, du genre Lagenophora, récolté à Java au milieu du 19e siècle. Cette photo est tout ce qu'il reste du spécimen après sa destruction par des douaniers australiens.

Photo : MNHN - Herbier National, Paris

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une équipe des douanes australiennes devrait très bientôt recevoir un prix Nobel. Pas un Nobel de science. Pas un Nobel de littérature. Pas non plus un Nobel de la paix. Mais l'un des Ig-Nobel, ces prix fantaisistes qui, chaque année, « récompensent » des recherches improbables, farfelues, inutiles, ou encore des gestes dont la niaiserie le dispute à la stupidité, pour ne pas employer de mots trop familiers.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les années lumière

C’est que cette équipe de douaniers a commis une bourde d’une rare ampleur. Elle a détruit, sans préavis, un herbier vieux de plus de 200 ans, un véritable trésor que le Muséum national d’histoire naturelle français avait envoyé, pour des fins de recherche, à des scientifiques de Brisbane. Comme il manquait, apparemment, un formulaire de quarantaine certifiant que la centaine de spécimens de l’herbier ne contenait pas de microbes ou de parasites dangereux pour l’environnement et l’agriculture d’Australie, les douaniers sont passés à l’acte : ils ont incinéré le trésor en question.

La perte, bien sûr, est inestimable. Ces plantes, ont souligné les scientifiques australiens et français, étaient un reflet de la biodiversité du 19e siècle et permettaient, par exemple, d’étudier des phénomènes comme les changements climatiques. Cet herbier avait aussi une valeur patrimoniale, ne serait-ce que pour témoigner de la façon dont on classifiait et conservait les plantes à cette époque. Pour le directeur des collections du Muséum, Michel Guiraud, la perte est « irréparable ». Et les prêts de spécimens rares, qui sont pourtant la règle entre les institutions scientifiques, sont pour l’instant suspendus.

Le blogue de Yanick Villedieu  

Mais au-delà de cette perte, c’est l’aveuglement des douaniers qui me sidère. Un herbier, ça ne ressemble tout de même pas à une caisse de fruits et légumes. Des plantes séchées, fixées avec soin sur de grandes feuilles de papier, sans doute accompagnées de légendes en latin et de notes sur la provenance et la date de la récolte, ça n’a pas l’air d’avoir été préparé pour aller sur les étagères d’un marché d’alimentation. Mais non, les brillants douaniers n’ont rien vu de tout ça : le règlement, comme on dit, c’est le règlement!

Cet aveuglement bébête, en fait, manifeste une absence complète de culture scientifique chez ces personnes. Et cela aussi, c’est sidérant, à une époque où, justement, la science et sa fille la technologie font partie intégrante aussi bien de notre vie quotidienne que des grands défis auxquels nous devons faire face.

L’anecdote aura au moins servi à cela : faire la preuve – ou plutôt donner une preuve de plus – que la culture scientifique n’est pas un luxe, mais un bien essentiel. Un bien que toute personne devrait un tant soit peu posséder, même quand elle n’occupe pas des fonctions ou n’exerce pas un métier à caractère scientifique.

Et tant mieux si nos braves douaniers remportent, cet automne, un Ig-Nobel. Le ridicule, on le sait, ne tue pas – parlez-en à cette troupe de scouts qui, en 1992, a remporté le Ig-Nobel d’archéologie pour avoir, dans l’enthousiasme d’une corvée de nettoyage, effacé des… peintures rupestres vieilles de plus de 15 000 ans, sur les parois d’une grotte, dans le sud de la France.

Une autre perte « irréparable ». Un autre de ces gestes dont la niaiserie le dispute à la stupidité.

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