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Sièges sociaux : le déclin du Québec s'accélère...

Le pdg de Tembec, James Lopez, le 25 mai 2017, lors de l'annonce du rachat de l'entreprise par l'américaine Rayonier.
Le pdg de Tembec, James Lopez, le 25 mai 2017, lors de l'annonce du rachat de l'entreprise par l'américaine Rayonier. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson

Dans une étude publiée en septembre dernier, le président de l'Institut sur la gouvernance, Yvan Allaire dressait une liste de 16 sièges sociaux qui pourraient faire face à une offre hostile. À peine huit mois plus tard, on ne parle pas d'offres hostiles. Mais, tout de même, trois de ces entreprises ont été impliquées dans des décisions et des transactions qui viennent réduire le pouvoir décisionnel économique du Québec : il s'agit de Canam, Amaya et maintenant Tembec.

Une analyse de Gérald Fillion

En étant vendue à l’américaine Rayonier pour 807 M$ US, la forestière québécoise Tembec confie sa destinée à une entreprise de la Floride; il y a quelques semaines, Canam a conclu une transaction avec American Industrial Partners, un fonds d’investissement américain qui possède maintenant 60 % de la société beauceronne; et puis, au début du mois de mai, le propriétaire de Poker Stars, Amaya, de Pointe-Claire, a annoncé le déménagement de son siège social à Toronto.

De Jérusalem, Philippe Couillard a déclaré, en réaction à la transaction impliquant Tembec, que lorsque « deux conseils d’administration décident de façon consensuelle de faire une transaction, il faut les laisser agir ».

À ce rythme, le premier ministre du Québec devrait préparer sa prochaine déclaration, puisqu’il y a tout lieu de se demander qui de Résolu, Métro, SNC-Lavalin ou TransForce – pour ne nommer que des entreprises en bourse – va passer à des intérêts extérieurs, va déménager son siège social, va trouver des actionnaires majoritaires aux États-Unis ou devra composer avec une offre hostile.

On se répète, mais le Québec perd des pouvoirs économiques

Rona, Saint-Hubert, le Cirque du Soleil, Abitibi-Consol, Domtar, Alcan, la Bourse de Montréal, Sico... Le Québec perd à une vitesse de plus en plus rapide ses pouvoirs décisionnels. Plus de 300 sièges sociaux ont quitté le Québec depuis 2000. La part des sièges sociaux chute au Québec, tandis qu’elle augmente en Ontario.

Et même si plusieurs de ces transactions permettent une expansion de l’entreprise, une diversification de ses activités ou sa survie pure et simple, force est de constater que le Québec risque tout de même de devenir « une économie de filiales » ou « de succursales » pour reprendre une expression politique.

Oui, les sociétés québécoises achètent massivement à l’étranger. Oui, il y a de plus en plus d’entreprises dont les revenus dépassent un milliard de dollars. Et oui, nous avons raison de croire que de beaux secteurs se développent, avec l'intelligence artificielle, les technologies de l'information et l'électrification des transports.

Mais on sait – parce qu'on l'a constaté souvent – que la vente d'un fleuron, d'un champion, d'une belle entreprise du Québec à des intérêts extérieurs finit toujours par une érosion des pouvoirs économiques du Québec.

Ce sont les financiers américains qui décident!

Frank Dottori, fondateur de Tembec, maintenant propriétaire de scieries en Ontario, exprime clairement combien c’est l’intérêt financier qui domine derrière ces transactions, au détriment de l’esprit entrepreneurial. Il est déçu de ce qu’est devenue Tembec aujourd’hui, 10 ans après son départ.

En entrevue à RDI économie, il a dit : « Moi, je pense qu’il n’était pas nécessaire de restructurer toute la compagnie. En réalité, la compagnie est maintenant contrôlée par des financiers américains. Eux, ils n’ont pas la même politique qu’un entrepreneur. Ils ont une politique qui dit : "On va vendre ce qu’on peut vendre, on va faire de l’argent et on s’en va!" Et c’est exactement ce qui a été fait. »

Entendons-nous bien : il est clair que les entreprises, qu'elles soient en bourse ou non, sont libres de leurs décisions d'investissements, de ventes et d'embauches. Elles ont des décisions à prendre pour croître et elles doivent avoir les meilleures conditions pour avancer. Mais les institutions québécoises doivent-elles demeurer les bras croisés, à regarder la parade passer?

Est-ce que la réduction des sièges sociaux est une fatalité qu'il faut accepter ?

Économie