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Commission Chamberland : l'ex-patron de l'enquêteur Borduas admet qu'il a voulu s'en débarrasser

Dominic Werotte, ex-inspecteur-chef de la division des affaires internes du SPVM, lors de son passage à la commission Chamberland.

Dominic Werotte, ex-inspecteur-chef de la division des affaires internes du SPVM, lors de son passage à la commission Chamberland.

Photo : Commission Chamberland

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'enquêteur Normand Borduas n'était pas un joueur d'équipe et sa façon de gérer les demandes d'autorisations judiciaires dans l'enquête pour abus de confiance visant le policier Roger Larivière a créé des problèmes au sein la division des affaires internes du Service de police de Montréal (SPVM), a déclaré jeudi son ancien patron à la commission Chamberland. Ce dernier a même voulu s'en débarrasser, avant de se raviser.

Un texte de François Messier

Dominic Werotte, ancien inspecteur-chef de cette division, est devenu du coup le premier témoin à critiquer ouvertement le travail de l’enquêteur Borduas, qui a mené pas moins de quatre enquêtes pour abus de confiance impliquant des fuites journalistiques entre 2014 et 2016. Aucune d'elle n'a abouti à des accusations pour ce crime.

M. Borduas était un enquêteur « compétent, professionnel et rigoureux », a dit M. Werotte. « Mais à un moment donné, c’est un travail d’équipe […] Parfois, il y a des enquêteurs qui travaillent de façon plus individuelle, ou qui n’écoutent peut-être pas toujours les recommandations, et ça, pour moi, c’est un problème. »

On doit travailler en équipe, on ne doit pas travailler en silo, surtout dans une unité comme la nôtre. J’avais un problème avec ça.

Dominic Werotte, ex-inspecteur-chef de la division des affaires internes du SPVM

M. Werotte a notamment expliqué à la commission avoir eu des problèmes avec des perquisitions que M. Borduas a voulu effectuer dans le bureau et au domicile du policier Larivière. Ce dernier faisait l’objet d’une enquête pour abus de confiance après avoir été aperçu en octobre 2014 dans un restaurant de Montréal en compagnie de l’analyste Stéphane Berthomet.

Selon lui, un procureur avait donné des indications précises à l'enquêteur Borduas en vue des demandes qu'il entendait présenter à un juge pour obtenir le droit d'effectuer ces perquisitions. « Ça prenait […] un type de mandat pour la perquisition, et des mandats pour chaque item, ce qui donnait peut-être en bout de piste une quinzaine de mandats », a expliqué M. Werotte.

Or Normand Borduas n'était « pas d'accord » avec cette approche, a-t-il expliqué. Il disait que « ça prenait seulement un type de mandat, qu'il y avait de la jurisprudence là-dessus et ça avait déjà été à la Cour suprême, etc. Finalement, ce que j’ai appris, […] c’est qu’une fois que les perquisitions ont été réalisées chez M. Larivière, M. Borduas n’aurait pas réalisé le mandat de la façon dont les procureurs lui avaient suggéré fortement de le faire. »

« Et ça, ça a créé un problème avec le procureur et le procureur-chef, Me Brissette. Il y a eu un conflit […] Ça a amené un problème qui est venu à mes oreilles comme chef de division. Et j’ai demandé à M. [Costa] Labos de rencontrer Me Brissette, les procureurs au dossier, d’éclaircir la situation et d’aller s’expliquer », a-t-il expliqué.

M. Werotte a précisé par la suite que Normand Borduas avait omis de dire à un juge que des fichiers sur lesquels étaient inscrits la mention « avocat » se trouvaient dans un fichier informatique que le policier Larivière utilisait au travail et qu'il souhaitait perquisitionner.

Werotte a voulu se débarrasser de Borduas, mais s'est ravisé

Contre-interrogé par Marie Cossette, de la Conférence des juges de paix magistrats du Québec, M. Werotte a précisé avoir confronté Normand Borduas au sujet de son refus de suivre les conseils que lui avaient donné le procureur de la Couronne. Costa Labos, qui était alors le subalterne de M. Werotte, et le supérieur direct de Normand Borduas, était également présent pour cette rencontre.

« M. Borduas m’a expliqué le pourquoi de la chose au niveau de ses mandats. [...] Moi, personnellement, je trouvais que ça manquait de transparence. En bout de piste, [...] lui avait son idée et il fallait aller comme ça », a indiqué le témoin.

Moi, ma position à ce moment-là est que M. Borduas terminerait son dossier et quitterait la division des affaires internes. Moi, c’est ce que je souhaitais comme chef de division.

Dominic Werotte, ex-inspecteur-chef de la division des affaires internes du SPVM

Dominic Werotte a expliqué qu'il a finalement changé son fusil d'épaule, en considérant plusieurs éléments, dont le fait que M. Borduas avait d'autres enquêtes en cours, et qu'il était particulièrement difficile d'attirer des enquêteurs à la division des affaires internes. Costa Labos a aussi plaidé sa cause.

« M. Borduas, c’était un enquêteur que M. Labos avait fait venir au bureau », a relaté M. Werotte. « M. Labos a eu des discussions avec moi, et il m’a convaincu qu’il allait être encadré, qu’il allait l’encadrer au niveau des dossiers, etc, et que M. Borduas devrait rester à la division, qu’il devrait avoir sa chance, étant donné qu’il y [avait] eu des erreurs de compréhension entre les procureurs et lui. »

« Et si c’est bon pour mes gars, c’est bon pour moi aussi. Je suis un gars d’équipe. Je me suis rallié à la position de mon inspecteur [Costa Labos], qui est son patron direct.. […] Et M. Borduas est resté à la division. »

Normand Borduas a témoigné pendant quatre jours devant la commission Chamberland la semaine dernière. M. Labos, qui a été promu inspecteur-chef de la division des affaires internes après le départ de M. Werotte, a pour sa part été entendu mardi et mercredi avant d'être libéré en matinée.

Les deux hommes sont actuellement visés par une enquête menée par une équipe mixte d'agents provenant d'autres corps policiers qui a été créée par le ministère de la Sécurité publique du Québec après que plusieurs policiers eurent allégué que des preuves étaient fabriquées à la division des affaires internes. Leurs agissements dans le dossier de Roger Larivière sont au coeur de cette enquête.

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