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Le pollen, les allergies et… les nuages

Une fillette éternue devant des fleurs.

Les allergies saisonnières sont désagréables pour ceux qui en souffrent.

Photo : iStock / Big Pappa

Radio-Canada

Le festival printanier des allergies est de retour depuis déjà quelques semaines. À qui la faute? Au pollen!

Un texte d'Eve Christian

Parmi les espèces d’arbres allergènes qui font leur œuvre tôt dans la saison, il y a les aulnes, les érables, les ormes et les peupliers, auxquels s'ajoutent graduellement les bouleaux, les frênes et les chênes. Puis ce sera la saison des graminées, regroupant plusieurs espèces, qui se terminera vers la fin de l'été.

Et n’oublions pas l’ambroisie – plus communément appelée herbe à poux – qui cause des allergies à une personne sur six, allergies qui durent parfois jusqu'en octobre…

Plante annuelle, l'ambroisie meurt à l’automne, mais elle se multiplie par semences capables de survivre des dizaines d’années. Idéalement, il faut l’arracher avant le mois d’août, sinon elle reviendra la saison suivante.

Ambroisie, herbe à poux

L'ambroisie, ou l'herbe à poux, cause des allergies à une personne sur six.

Photo : iStock

Mécanisme de l'allergie en bref

Les allergies sont provoquées par une réponse immunitaire anormale de l'organisme à un allergène, dans ce cas-ci, le pollen. Le corps devient sensible à ses substances et il met en place une défense immunitaire pour les combattre, car il les considère comme potentiellement dangereuses. Il libère des anticorps dirigés contre l’allergène et de l'histamine, qui est à l’origine de l'inflammation et des symptômes de l'allergie.

Rhume des foins vs CO2

En 2011, une étude européenne faisait un lien entre la rhinite saisonnière (ou le rhume des foins) et les émissions de carbone, le CO2 favorisant la production de pollen. Comme on le sait, le réchauffement de la planète que l’on vit actuellement est en grande partie causé par la hausse des émissions de CO2; ce n’est donc pas une bonne nouvelle pour les gens souffrant d’allergies.

En plus, dans plusieurs régions du monde, ce réchauffement dérègle la durée et l'intensité des saisons créant un impact direct sur la croissance végétale : plus une plante se sent menacée, plus elle tente d’assurer sa survie en produisant du pollen! Et plus il y a de grains de pollen, plus les risques d’allergies sont à la hausse!

Mais la hausse du CO2 ne favorise pas la production de pollen chez toutes les espèces d’arbres; pour certaines, les recherches indiquaient même une baisse de la production de pollens. Mais 60 % des espèces ont vu croître leur production de pollen pendant les décennies à l’étude, dont neuf qui sont connues pour donner un pollen allergène.

Cette augmentation de production des pollens se retrouve surtout dans les milieux urbains, où les concentrations en gaz carbonique sont à la hausse.

Partie d'un étang et plusieurs bancs autour de ce point d'eau, avec des arbres en automne.

Parc La Fontaine à Montréal

Photo : Radio-Canada / Juan Carlos Bazo

Pour verdir la ville, faire les bons choix

Afin de restreindre la production de pollens, les urbanistes doivent choisir judicieusement les essences d’arbres. Par exemple, s’il est vrai que le bouleau est agréable à regarder en raison de sa jolie couleur argentée, il est aussi à l’origine de problèmes allergiques importants.

Les architectes paysagistes et les arboriculteurs sont habituellement conscients de l'importance des espèces allergènes et ils en tiennent compte lors de la planification des aménagements. Les intervenants responsables des choix de plantation sur le territoire échangent régulièrement sur les meilleures pratiques d'aménagement intégré en prenant compte des enjeux reliés aux pesticides, à l'herbe à poux, aux allergies, etc. Et effectivement, des changements sont observés : l'herbe à poux, très allergène, fleurit plus tôt qu'il y a 20 ans.

D’après les statistiques, qui présentent tout de même des chiffres fort variés selon le pays à l’étude, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou en Europe, on estime que près de 20 % à 30 % de la population souffre d’allergies saisonnières. Il faut dire aussi que la saison des allergies est plus longue, en raison des conditions climatiques modifiées.

La météo et la pollinisation

On aime les journées ensoleillées et chaudes avec un vent modéré… Mais c’est un temps idéal pour la libération et la dispersion des pollens, car les grains en suspension dans l’air se déplacent et, grâce au vent, ils font beaucoup de millage ; jusqu’à 1000 kilomètres horizontalement et quelques kilomètres en altitude! Et il y en a du pollen : à elle seule, une plante peut produire plus d’un milliard de grains. On comprend pourquoi les personnes souffrant de ce type d’allergie adorent la pluie qui rabat le pollen au sol!

Des nuages au-dessus de végétaux

Des nuages au-dessus de végétaux

Photo : Eve Christian

Le pollen favoriserait la formation de nuages

Une étude toute récente, menée par des chercheurs des universités du Michigan et du Texas, indique que le pollen jouerait un rôle dans la formation des nuages. Les grains serviraient de « noyaux de condensation ».

À tout moment, dans l’air, flottent des particules microscopiques qui sont invisibles à l’œil nu; elles proviennent de poussières en suspension, de cendres de feux de forêt, d’éruptions volcaniques ou de sel de mer, entre autres. Ces particules, les noyaux de condensation, sont essentielles, car c’est sur elles que se condensera la vapeur d'eau pour former les nuages.

Avant ces récentes recherches, on croyait les grains de pollen trop volumineux pour servir de noyaux de condensation; ce qui est, a priori, tout à fait véridique. Sauf qu’en laboratoire, les chercheurs ont découvert que, lorsque ces grains se retrouvent dans des conditions particulières d’humidité, ils se fractionnent en particules assez petites pour devenir des noyaux de condensation et, donc, favoriser la formation de nuages.

Les expériences ont été faites pour six espèces de végétaux : chêne, pacanier, cèdre, bouleau, pin et ambroisie. La théorie semble fonctionner et être en phase avec la réalité : les conditions d’humidité adéquates pour la scission des grains de pollen sont représentatives de l'humidité relative trouvée dans l'atmosphère, les temps de rupture sont suffisamment rapides pour que le processus de transformation prenne place et les nouvelles particules ont la bonne dimension pour devenir des noyaux de condensation. Il reste à savoir dans quelle mesure le pollen contribue à former des nuages.

Imaginez le cycle : les arbres émettent du pollen, qui fabrique des nuages, qui donnent de la pluie pour nourrir les arbres. La nature est vraiment bien faite!

Environnement