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La défense de Bertrand Charest s'attaque à la crédibilité des plaignantes

Bertrand Charest

Photo : Archives Radio-Canada

Radio-Canada

Deux mois après la fin des témoignages, les parties ont présenté par écrit leurs plaidoiries finales au procès de l'ex-entraîneur vedette de l'équipe canadienne junior féminine, Bertrand Charest. L'homme de 52 ans fait face à 57 chefs d'accusation de nature sexuelle sur 12 jeunes skieuses dans les années 1990.

Un texte de Geneviève Garon

Des tapes sur les fesses, des commentaires inappropriés sur le corps des adolescentes, des compliments, des rapports sexuels en cachette à l'hôtel, chez lui, en compétition... La poursuite est formelle : les témoignages des 12 plaignantes ont révélé des scénarios semblables qui montrent le fin manipulateur qu'était Bertrand Charest pour assouvir tous ses désirs.

« Il était charmeur et manipulateur. La façon qu'il les enjôlait, un jour pour obtenir ce qu'il voulait physiquement, ou en les dénigrant, s'il ne l'avait pas. Cette façon de créer une énorme dépendance à lui en jouant avec leur grand désir de performer en ski lui permettait d'obtenir ce qu'il voulait », notent les procureures Marie-Nathalie Tremblay et Caroline Lafleur. Au moment des faits allégués, les 12 femmes étaient âgées de 12 à 19 ans.

La défense réplique en tentant de miner la crédibilité des victimes alléguées.

Me Antonio Cabral souligne que quatre d'entre elles ne sont pas parvenues à situer dans le temps les infractions reprochées.

Il appert également important de souligner que la preuve qui a été soumise démontre un sentiment de vengeance qui a transparu du témoignage de plusieurs des présumées victimes.

Me Antonio Cabral, avocat de la défense

La position d'autorité

Bertrand Charest était-il en position d'autorité vis-à-vis des skieuses? Cette question est fondamentale, puisque si tel est le cas, les jeunes femmes ne pouvaient pas consentir à des rapports sexuels.

Pour la poursuite, la réponse est oui, sans équivoque. « Il est difficile d'avoir une situation d'autorité plus claire que celle d'un entraîneur », écrivent les procureures.

C'est Bertrand Charest qui gérait le quotidien des skieuses, il partait de longues semaines en entraînement à l'extérieur du pays et les parents avaient confiance en lui pour s'occuper des athlètes.

La défense, elle, insiste sur le contraire, tout au long des 162 pages de sa plaidoirie.

Selon Me Cabral, il ressort des témoignages de plusieurs athlètes qu'elles étaient amoureuses de leur entraîneur, qu'elles se sont crues en couple avec lui, et qu'elles n'étaient pas en position de faiblesse. « Rien ne démontre que leur consentement n'était pas valide », affirme-t-il. Il s'appuie sur des lettres d'amour que certaines d'entre elles ont écrites, notamment à l'occasion de la Saint-Valentin.

De simples blagues?

Mordre les fesses des skieuses, baisser leurs pantalons dans les escaliers, toucher leurs seins pour faire rire la galerie... La jurisprudence a démontré qu'invoquer une « blague » pour justifier un geste sexuel ne rend pas le geste anodin. C'est la position de la poursuite.

La défense, elle, affirme plutôt que plusieurs témoins, hommes ou femmes, ont souligné que Bertrand Charest pouvait avoir un comportement inapproprié et immature pour un entraîneur. La physiothérapeute de l'équipe avait d'ailleurs mentionné qu'il faisait souvent des blagues « vexatoires ».

La salle d'audience où s'est déroulé le procès de Bertrand Charest, au palais de justice de Saint-JérômeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La salle d'audience où se déroule le procès de Bertrand Charest, au palais de justice de Saint-Jérôme

Photo : Radio-Canada / Dessin de cour

La défense allègue également qu'un tribunal canadien n'a pas juridiction pour juger Bertrand Charest au sujet de trois infractions qui auraient été commises en Nouvelle-Zélande, en 1997.

Me Cabral invoque un changement dans la loi. « Avant le 28 juin 2002, écrit l'avocat, le consentement du procureur général et une demande de l’État où auraient été commises les infractions criminelles contre les enfants étaient nécessaires afin d’intenter une poursuite au Canada pour des actes commis à l’extérieur du Canada ». Ces conditions ne seraient pas remplies dans le cas présent.

Des déclarations incriminantes

Bertrand Charest s'est prévalu de son droit au silence dans le cadre de son procès et ne s'est pas présenté à la barre des témoins.

Par contre, lors de son interrogatoire par la police le 10 mars 2015, il avait admis avoir été follement amoureux de deux de ses jeunes athlètes.

En 1998, lorsque confronté par l'ancien directeur des programmes de Canada Alpin, Joze Sparovec, Bertrand Charest aurait admis avoir eu une relation inappropriée avec trois filles.

À certaines skieuses, il s'était justifié en disant qu'avec l'une, « c'était juste du cul », qu'il se « foutait » de la seconde et qu'il avait été « en amour » avec la troisième.

Pour la poursuite, il s'agit d'aveux que le tribunal doit considérer.

Chaque partie pourra déposer une réplique écrite la semaine prochaine. Par la suite, le juge Sylvain Lépine doit rendre sa décision sur la culpabilité de l'accusé le 22 juin, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Bertrand Charest fait face à 23 chefs d'accusation d'agression sexuelle, un chef d'agression sexuelle causant des lésions corporelles et un autre de contacts sexuels. Il est aussi accusé de 32 chefs d'exploitation sexuelle, pour avoir été en situation d'autorité lors de contacts sexuels.

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