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Le suicide d’un Autochtone en prison soulève plusieurs questions

Reconnu coupable de meurtre non prémédité, Guy Langlois, un Métis originaire de Montréal, a mis fin à ses jours en prison, après avoir passé 118 jours en cellule d'isolement.

Photo : Courtoisie Famille Langlois

Radio-Canada
Mis à jour le 

EXCLUSIF - Guy Langlois a passé 17 ans en prison après avoir été reconnu coupable de meurtre non prémédité à Montréal, en octobre 2000. Le détenu s'est suicidé le 24 avril dernier, après de multiples transferts de prison et de longues périodes passées en isolement. Sa famille, qui soutient qu'il souffrait de problèmes de santé mentale, réclame des réponses.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, avec Alison Crawford de CBC

Guy Langlois, un Métis originaire de Montréal, a vécu dans « toutes les prisons [du Québec] avec des niveaux de sécurité moyenne et maximale », relate sa sœur, Nathalie Langlois. L'homme de 38 ans avait été condamné à la prison à perpétuité, sans possibilité de libération avant 10 ans, pour le meurtre d'un jeune homme survenu en 1998.

Guy Langlois s’est suicidé le jour où il devait être transféré dans un établissement à l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique.

« Il refusait le transfert en Colombie-Britannique, disant que ça brisait sa famille, que ça va mettre en péril son mariage, que toute sa famille n'a pas les moyens de le soutenir jusqu'à là-bas, raconte Nathalie Langlois en étouffant un sanglot. Déjà au Nouveau-Brunswick, on n'a pas pu y aller, c’était déjà rendu trop loin pour nous. »

La soeur de Guy Langlois, Nathalie LangloisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La soeur de Guy Langlois, Nathalie Langlois

Photo : Radio-Canada

Guy Langlois venait de passer 118 jours en isolement, coupé de tout, dans une prison du Nouveau-Brunswick. Sa sœur explique qu’une cellule d’isolement ressemble à une petite salle de bain : « le bain est le lit et il n’y a rien d’autre. »

Selon elle, Guy Langlois demandait à être en isolement parce qu’il avait peur des autres détenus de l’établissement de Renous, au Nouveau-Brunswick. Il craignait pour sa vie parce qu’il ne parlait pas anglais, comme les autres, ce qui faisait de lui une cible. Nathalie Langlois soutient que son frère souffrait de problèmes de santé mentale.

Besoin d'aide?

Tel-jeunes : 1 800 263-2266, texto : 514-600-1002
Centre de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553)

Un isolement réellement volontaire?

« Des M. Langlois, à travers le pays, il y en a beaucoup et son cas n’est pas unique », explique l'enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger.

Il a accepté de nous parler du cas puisqu'il soulève des problèmes de nature « systémique » : un homme autochtone atteint de problèmes de santé mentale transféré à répétition et placé en isolement cellulaire de façon prolongée.

« C’est inusité que je rencontre la famille aussi tôt dans le processus, mais je voulais m’assurer que Service correctionnel Canada fasse ce qu’elle s’est engagée à faire », ajoute Ivan Zinger.

L’isolement cellulaire « volontaire » n’existe pas, selon l’enquêteur correctionnel. S’il est vrai que le détenu se sent menacé, la prison doit assurer sa sécurité. S’il n’y a pas de menaces réelles, les services carcéraux doivent « légalement » traiter les enjeux psychologiques qui causent cette paranoïa.

Ivan Zinger, enquêteur correctionnel du CanadaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ivan Zinger, enquêteur correctionnel du Canada

Photo : Radio-Canada

« Une personne saine ne veut pas vivre en isolement, explique M. Zinger. Dans plusieurs cas où il y a des troubles mentaux, un environnement psychiatrique est plus adéquat parce que la personne est un patient plus qu’un détenu. »

Guy Langlois avait un historique de troubles de santé mentale, il avait essayé à plusieurs reprises de s’enlever la vie, précise sa sœur qui ne comprend pas pourquoi il n’a pas mieux été surveillé et suivi.

« Il disait que pour s’en sortir, il écrivait des lettres. Je ne suis même pas psychologue, mais j'aurais demandé à voir ces lettres, juste pour voir si ce qu’il dit est vrai. Rien n'a été fait, il a été laissé à lui-même », explique Nathalie Langlois.

Quand une personne est quatre mois dans le trou, et qu’elle dit qu'elle va bien, est-ce qu’une personne normale croirait qu’il dit vrai?

Nathalie Langlois, soeur de Guy Langlois

En mars 2014, l’enquêteur correctionnel avait conclu dans un rapport que près de la moitié des suicides ont été commis en isolement et la majorité de ces détenus étaient atteints de troubles mentaux.

Bien que l’usage de l’isolement ait baissé au cours des dernières années, il demeure utilisé trop souvent pour gérer les cas de détenus atteints de troubles de santé mentale, selon Ivan Zinger.

L’enquêteur considère qu’il est essentiel que les détenus soient bien traités afin d’éviter tous risques de récidive une fois leur peine terminée.

Le droit international suggère d'ailleurs qu’une personne avec de sérieux problèmes psychologiques ne devrait même pas être placée en isolement, précise M. Zinger.

Selon les Nations Unies, pour une personne sans troubles psychologiques, l’isolement ne devrait pas dépasser 15 jours. [Dans le cas présent] on parle de 4 mois.

Ivan Zinger, enquêteur correctionnel du Canada

Encore des défis

La page n’est pas tournée pour la famille Langlois, qui doit se battre pour couvrir les frais funéraires. Elle a dû débourser 800 $ pour que la dépouille de Guy Langlois puisse quitter l’aéroport, en plus des frais pour la cérémonie que l’aide sociale ne pouvait pas couvrir parce que le défunt avait passé plus de 90 jours à l’extérieur de la province.

L’année dernière, Service correctionnel Canada (SCC) avait accepté de nombreuses recommandations de l’enquêteur correctionnel, notamment celle d’avoir un employé qui coordonne tous les détails avec la famille, comme les frais funéraires lorsque l’entourage du défunt vit sous le seuil de la pauvreté. L'organisme fédéral avait indiqué que cette mesure serait en place en avril.

La famille craint aussi que SCC ne leur donne pas toute l’information entourant les circonstances du décès, en se basant sur un autre cas qui a causé des remous au pays.

En effet, le 2 mai dernier, l’enquêteur correctionnel concluait dans un rapport que le SCC avait d’abord fourni des renseignements trompeurs et incomplets au public et à la famille au sujet de la cause et des circonstances du décès de Matthew Ryan Hines, survenu le 26 mai 2015, au pénitencier de Dorchester, au Nouveau-Brunswick.

Le cas de Guy Langlois rappelle aussi le suicide d’Ashley Smith, survenu il y a près de 10 ans. La jeune femme de 19 ans est morte dans une prison ontarienne pendant que ses gardiens l'observaient à l'extérieur de sa cellule.

Ashley Smith avait été incarcérée pour la première fois à l'âge de 15 ans, puis avait été transférée 17 fois dans 9 établissements répartis dans 5 provinces.

Le jury à l'enquête sur sa mort avait notamment recommandé d'éliminer l'« isolement cellulaire indéfini », et de limiter à 15 jours la période maximale d'isolement « à long terme ». Les jurés suggéraient aussi de limiter le nombre d'épisodes d'isolement que l'on pouvait imposer à un même détenu.

Réponse du Service correctionnel du Canada

Par courriel, le SCC a indiqué qu'il prenait « des mesures immédiates à la suite du décès d’un délinquant pour évaluer les circonstances entourant son décès ». « Nous avons convoqué un comité d’enquête interne concernant le décès de M. Langlois. Toutes les conclusions importantes de ce comité d’enquête seront examinées et communiquées, et toutes les mesures correctives nécessaires seront prises en vue d’empêcher de futurs décès en établissement », ajoute l'organisme fédéral.

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