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La malnutrition au Nunavut : « une crise nationale », disent des experts

Avez-vous déjà payé un tel prix pour une boîte de pâtes?

Avez-vous déjà payé un tel prix pour une boîte de pâtes?

Photo : Facebook/Feeding My Family/Maggie Lucy Kilabuk

Radio-Canada

Les problèmes d'insécurité alimentaire au Nunavut sont critiques et nécessitent des « mesures correctives », disent les auteurs d'un rapport qui appelle à l'élaboration d'une stratégie alimentaire nationale.

Le Conference Board du Canada a publié récemment son Bilan comparatif de l’alimentation au Canada 2016, qui évalue le rendement des provinces et territoires du pays selon les cinq éléments de la Stratégie alimentaire canadienne, soit la prospérité industrielle, la saine alimentation, la salubrité alimentaire, la sécurité alimentaire des ménages et la durabilité environnementale.

D’après ce bilan, la Saskatchewan arrive en tête des provinces canadiennes en matière de rendement alimentaire, suivie de la Colombie-Britannique et du Québec. Loin en queue de peloton se trouve le Nunavut, où le quart de la population est aux prises avec l’insécurité alimentaire, alors que la moyenne des provinces est d’une personne sur dix.

« Les ménages du Nunavut sont plus affectés que ceux de tous les autres provinces ou territoires par l'insécurité alimentaire et des mesures correctives sont nécessaires », ont écrit les auteurs du rapport.

Le Conference Board a donné une cote de D au Nunavut pour la sécurité alimentaire des 12 ans et plus en se référant aux données de Statistique Canada de 2011-2012. Les Territoires du Nord-Ouest ont obtenu un B et toutes les provinces, un A.

Un pain tranché à 8,19 $.

Un pain tranché à 8,19 $.

Photo : Facebook/Feeding My Family/Mary-Lee Aliyak

Prix trop élevés

Les défis les plus marqués sont notamment les coûts élevés des aliments dans les collectivités éloignées et nordiques du Canada et les faibles revenus des Autochtones dans leur ensemble, ont noté les auteurs du rapport du Conference Board.

Parmi les gens les plus vulnérables du pays, en termes de sécurité alimentaire, on compte aussi les groupes qui dépendent de la chasse et de la cueillette, les familles monoparentales et les moins nantis.

Quelque 4 millions de Canadiens sont aux prises avec l’insécurité alimentaire.

« Le Canada ne considère pas la nourriture de façon stratégique, a déploré Jean-Charles Le Vallée, directeur associé du Centre des aliments du Conference Board du Canada. Nous n'avons pas de politique alimentaire nationale. Nous n'avons pas de [véritable] stratégie alimentaire nationale. »

En 2014, au Nunavut, près des deux tiers des moins de 18 ans vivaient dans des ménages en situation d'insécurité alimentaire, a renchéri Valerie Tarasuk, professeure en sciences nutritionnelles à l'Université de Toronto, qui étudie les problèmes alimentaires liés à la pauvreté, mais qui n’a pas participé à la rédaction du rapport.

C’est énorme. Cette situation devrait être considérée comme une crise nationale.

Valerie Tarasuk, professeure en sciences nutritionnelles à l'Université de Toronto

Mais c’est un problème qui n’est pas irrémédiable, selon le Pre Tarasuk, notamment parce que les habitants du Nunavut ne sont pas si nombreux. « Le gouvernement fédéral doit agir de toute urgence pour déterminer quelles sont les ressources qui doivent y être allouées pour permettre aux gens de répondre à leurs besoins fondamentaux », a-t-elle dit.

Les sonnettes d’alarme se font entendre, mais nous n’avons toujours pas élaboré les nouvelles approches qui sont nécessaires, s’est désolée Leesee Papatsie, une résidente d’Iqaluit, qui a créé le groupe Feeding My Family sur Facebook.

« Il y a des gens qui luttent encore pour mettre de la nourriture sur la table, a déclaré Mme Papatsie. On nous demande parfois : "Auriez-vous des céréales à donner? Ou du pain?" Des aliments de base. »

Valerie Tarasuk, professeure en sciences nutritionnelles à l'Université de Toronto.

Valerie Tarasuk, professeure en sciences nutritionnelles à l'Université de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Nicole Ireland

Des impacts tragiques

« Il est évident que l’insécurité alimentaire affecte la santé des gens », a ajouté Valerie Tarasuk.

À partir du moment où quelqu'un commence à douter de sa capacité à nourrir sa famille, il est probable qu’il ait déjà pris du retard dans le paiement de son loyer et de ses factures et qu’il ait repoussé l’achat de médicaments.

Les parents, en particulier les femmes, pensent d’abord à leurs enfants. Alors, si ceux-ci ne mangent pas à leur faim ou mangent mal, il est clair que toute leur famille vit dans des conditions désastreuses. Tout n'est qu'une question d'argent.

Colleen Walton, chercheuse en nutrition à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard

En nommant Lawrence MacAulay au poste de ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, le premier ministre Justin Trudeau lui avait confié, entre autres, le mandat d’« élaborer une politique alimentaire qui fait la promotion d’un mode de vie sain et de la salubrité des aliments en mettant sur la table des familles du pays un plus grand nombre d’aliments sains de grande qualité produits par les agriculteurs et les éleveurs canadiens ».

 
Avec les informations de CBC

Consommation

Société