•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation

.
. Photo: Getty Images / Cultura RF
Radio-Canada

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, accompagné de trois de ses ministres, a annoncé, la semaine dernière, la nouvelle « Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation », la SQRI, pour les années 2017 à 2022.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les années lumière

On y parle de « développer les talents, les compétences et la relève », entre autres de « stimuler la passion des sciences et de l’innovation ». On veut aussi « accroître la capacité de recherche et d’innovation du Québec sous toutes leurs formes », et cela en soutenant « le foisonnement des idées », ou encore « des projets innovants » ainsi que « des infrastructures compétitives ». On dit aussi viser à « accélérer et amplifier le transfert et la commercialisation des innovations ». Bref, rien que de belles et bonnes choses. Rien non plus contre quoi on aurait à redire.

Rien à redire, non plus, sur le fait que l’annonce s’accompagne de promesses d’investissements gouvernementaux directement reliés à cette SQRI : une somme de 585 millions de dollars au cours des cinq années à venir. Intéressant aussi, le fait qu’on veuille appuyer les organismes de culture scientifique, ou encore réinvestir dans le budget des Fonds de recherche du Québec.

L’organisme qui regroupe et représente les chercheurs, l’Acfas, l’Association francophone pour le savoir, a donc réagi fort positivement à la présentation de cette SQRI, en notant notamment que « de nombreuses mesures soutiennent l’ensemble de l’écosystème de la recherche, de l’innovation et du transfert de connaissances. »

Bien. Mais on peut quand même soulever quelques points pour tempérer les bons sentiments qu’inspire ce document. Par exemple, on parle dans les communiqués d’un total de 2,8 milliards, et même de 5,4 milliards de dollars qui seront investis par le gouvernement au cours des cinq prochaines années en recherche et innovation, mais il n’y a pas nécessairement beaucoup d’argent « neuf », comme on dit, dans ces sommes mirifiques.

Le blogue de Yanick Villedieu  

On peut aussi noter que, s’il y a des réinvestissements dans les Fonds de recherche du Québec, c’est pour compenser ce qu’on pourrait poliment appeler les « désinvestissements » des deux ou trois dernières années. Sans oublier que les sommes annoncées sont souvent liées à des projets spécifiques, à durée déterminée, au lieu de servir à augmenter de façon durable les budgets desdits Fonds de recherche.

Il faut aussi parler de la philosophie même de cette stratégie, qui souligne bien sûr – pourrait-elle faire autrement? –, l’importance de la recherche fondamentale, mais qui appuie bien plus fort sur le crayon de l’innovation, donc de la recherche appliquée et de sa commercialisation. Le premier ministre Couillard le souligne d’entrée de jeu dans son message, en écrivant que « nous avons basé notre stratégie sur trois piliers : encourager nos manufacturiers à innover, stimuler l’exportation et mieux outiller nos PME. »

C’est sans doute cette approche, cette vision disons surtout « économiste » d’une recherche vouée à la création d’emplois et à la génération de revenus, qui explique le fait, quand même étonnant, que la SQRI ait été lancée à Montréal pendant le congrès de l’Acfas, mais en dehors du congrès de l’Acfas. La conférence de presse a en effet eu lieu à quelques kilomètres de l’université où se tenait le congrès, dans une institution où l’on forme des ingénieurs, l’École de technologie supérieure, une composante de l’Université du Québec.

En terminant, il faut rappeler que le Québec s’était doté, en octobre 2013, d’une « Politique nationale de la recherche et de l’innovation », la PNRI, qui avait été fort bien accueillie par le milieu. Mais elle avait un gros défaut, cette politique : celui d’avoir été élaborée par le gouvernement du Parti québécois, qui avait bien sûr mis en exergue qu’il s’agissait d’une « politique » et qu’elle était « nationale ». Quand les libéraux de M. Couillard sont arrivés au pouvoir, en avril 2014, ils n’ont rien trouvé de mieux que de reléguer ce document aux oubliettes. Ils ont ensuite mis trois ans à élaborer la « stratégie » qui vient de sortir, qu’ils n’ont bien évidemment pas qualifiée de « nationale ». Ce furent, d’une certaine manière, trois années perdues.

Il faut espérer que si le prochain gouvernement, en octobre 2018, devait ne pas être libéral, il ne ferait pas à son tour table rase de l’actuelle SQRI. Et qu’il ne plancherait pas pendant trois autres années sur sa mouture à lui d’une politique de la science et de la recherche.

Science