•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Cafouillage sur l’A-13 : la gestion des risques doit être revue

Deux camions immobilisés sur l'autoroute 13, où quelque 300 automobilistes ont été bloqués.

Deux camions immobilisés sur l'autoroute 13, où quelque 300 automobilistes ont été bloqués dans la nuit du 14 au 15 mars.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La conception de la gestion des risques et de la sécurité civile doit être revue afin d'être en mesure de reconnaître les limites de leurs capacités, estime Michel Doré, dans son rapport d'analyse commandé par le ministère des Transports à la suite du cafouillage sur l'A-13.

Des centaines d'automobilistes étaient restés coincés une douzaine d'heures sur l'autoroute 13 en pleine tempête, le 14 mars dernier.

À la suite de cet événement, deux rapports d’experts ont été commandés. Le rapport d’enquête de Florent Gagné a été dévoilé vendredi matin, tout comme le rapport d’analyse de Michel C. Doré, professeur en gestion des risques majeurs à l’UQAM et ancien sous-ministre de la Sécurité publique, et d'Ursule Boyer-Villemaire, spécialiste en gestion de risques et en adaptation aux changements climatiques.

« Dans une grande organisation comme le ministère des Transports, il y a beaucoup de ressources, de capacités et à l’usage, il y a une espèce d’indice de confort qui s’installe, un sentiment de confiance », a expliqué Michel Doré sur les ondes d’ICI RDI.

Étant donné que l’on vient à bout d’à peu près tout ce qui se présente devant nous avec la force de nos effectifs et de nos ressources, on baisse un peu la garde sur la préparation des événements exceptionnels.

Michel Doré, auteur du rapport d'analyse

Lorsque survient un événement exceptionnel, comme le cafouillage sur l’A-13, les ressources et les réflexes traditionnels ne suffisent pas, selon M. Doré.

« Il faut revoir la conception même de la gestion des risques et de la sécurité civile pour être capable de reconnaître les limites de nos capacités et de faire preuve de créativité et d’innovation quand vient le temps de revoir nos façons de faire et cela ouvre à la collaboration », conclut-il.

Il faut traduire les procédures existantes en gestes réflexes, selon M. Doré, qui ajoute que pour que ces gestes deviennent des réflexes, « il faut que le personnel soit formé, entraîné, exercé et qu’il intègre cette capacité dont on souhaite bénéficier lors d’événements exceptionnels ».

Les patrouilleurs routiers ou les autres opérateurs du ministère qui interviennent tous les jours sur des lieux d’accidents ou d’obstacles à la circulation possèdent les bons réflexes, car il s’agit d’événements routiniers, note l’auteur du rapport.

C’est quand arrivent des événements qui sortent du commun que là, il faut passer à une étape suivante et se mettre dans une mobilisation plus générale.

Michel Doré

Il estime également que la notion de compréhension du mandat des travailleurs, aussi engagés soient-ils, est également en cause.

Avoir une vision globale

« Quand chacun des travailleurs a une vision centrée sur sa tâche immédiate, mais ne voit pas les répercussions pour les autres membres de l’organisation ou qu’il n’a pas cette définition de la connaissance situationnelle dans son ensemble, il devient difficile de lancer l’alerte et d’avoir une intervention mieux adaptée ».

Invité à commenter le fait qu’il n’y ait aucun blâme dans le rapport d’enquête de Florent Gagné, M. Doré a déclaré qu’il n’était pas surpris et qu’il partageait cette perception.

« Quand on fait l’analyse des défaillances, de la chaîne de circonstances qui ont mené à l’accident, on est capable d’identifier une multitude de petits événements qui individuellement ne causent pas la catastrophe, mais lorsqu’ils sont superposés les uns aux autres, créent une brèche, un alignement de planètes qui permet à des événements au premier abord très anodins, mais collectivement à générer une condition catastrophique », conclut-il.

Grand Montréal

Société