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La question embarrassante des armes de destruction massive

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2003 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que la CIA reconnaît être incapable de trouver le moindre indice de ces armes, l'administration Blair est accusée d'avoir participé à la production d'un rapport incriminant l'Irak.

Alors que la CIA a reconnu, mercredi, être toujours bredouille dans sa recherche d'armes de destruction massive en Irak, la pression se fait de plus en plus forte sur l'administration Blair, la BBC l'accusant, jeudi, de s'être sciemment immiscée dans la production d'un rapport incriminant l'Irak présenté à la presse en septembre dernier.

Citant un haut responsable britannique sous le couvert de l'anonymat, la BBC affirme que le bureau du premier ministre a ordonné la réécriture, une semaine avant qu'il ne soit rendu public, d'un dossier des services de renseignement incriminant l'Irak.

Comme le soutient la BBC, Tony Blair aurait fait pression sur ses services de renseignements pour que le rapport soit plus «sexy». Selon ce document utilisé par Blair comme preuve de la menace du régime de Saddam Hussein, l'Irak avait la capacité de déclencher une attaque avec des armes de destruction massive en 45 minutes.

Le haut responsable cité par la BBC, quant à lui, soutient que «cette information n'était pas dans la version initiale du dossier. Elle a été ajoutée contre notre avis parce qu'elle n'était pas fiable».

Le gouvernement britannique a aussitôt démenti formellement ces allégations d'ingérence, le secrétaire d'État aux Forces armées, Adam Ingram, affirmant que «pas un mot du dossier n'était pas entièrement l'oeuvre des services de renseignements». M. Ingram a ajouté que «la guerre a été lancée sur la base de toutes les allégations, en grande partie argumentées, pas seulement par un document produit par nos services de sécurité».

Le démenti du gouvernement n'a pas empêché le doyen de la Chambre des communes, le député travailliste Tam Dalyell, à demander à Tony Blair de venir s'expliquer sur cette question devant la Chambre. Mercredi, l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, ouvertement hostile à la guerre contre l'Irak, suggérait la création d'une enquête parlementaire sur les allégations du gouvernement selon lesquelles le régime irakien était en possession d'armes de destruction massive, allégations qui ont servi à obtenir le vote du parlement en faveur des hostilités.

«La guerre avait été vendue sur la base de ce qui avait été décrit comme une attaque préventive», a soutenu Robin Cook, avant d'ajouter en substance qu'«il est désormais clair que Saddam Hussein n'avait rien qui puisse lui permettre de nous attaquer le premier».

La CIA se fait pessimiste

Mercredi, la CIA a ouvertement reconnu être incapable de trouver le moindre indice de l'existence d'armes de destruction massive irakiennes, l'analyse d'échantillons pris dans deux camions laboratoires découverts en Irak s'étant avérée négative. La CIA n'en demeure pas moins convaincue que le seul objectif «logique» de ces véhicules, retrouvés fin avril près de Bagdad, était la production d'armes chimiques et biologiques. Selon la centrale de renseignements américains, les Irakiens auraient «soigneusement décontaminé le véhicule afin d'enlever toute trace de production d'agent biologique».

La présence de ce type d'armes avait en grande partie été invoquée pour justifier l'intervention militaire américano-britannique contre l'Irak et le secrétaire d'État américain, Colin Powell, était même allé jusqu'à l'ONU, en février, pour présenter ce qu'il affirmait être des preuves irréfutables de la possession, par le régime Hussein, d'armes de destruction massive.

Ont-elles été détruites?

Une journée avant que la CIA ne fasse sa déclaration, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait déclaré qu'il était désormais possible que les États-Unis ne puissent retrouver les armes prohibées, les Irakiens ayant pu «décider de détruire leurs armes de destruction massive avant un conflit».

Lorsqu'il lui a été demandé, au Conseil des relations étrangères, à New York, pourquoi selon lui le régime irakien n'a pas utilisé les armes chimiques et biologiques qu'il était supposé détenir en grandes quantités contre les troupes américano-britanniques, Donald Rumsfeld s'est contenté de dire qu'il ne savait pas. «Il peut y avoir plusieurs raisons, et il se peut que nous finissions par le savoir», a-t-il dit. Il a par ailleurs ajouté qu'il est fort possible que les troupes irakiennes aient été victimes de la «surprise tactique» créée par la guerre éclair du général Tommy Franks, qui a devancé les opérations terrestres.

Le sous-secrétaire américain à la Défense, Paul Wolfowitz, réputé appartenir au clan des bellicistes au sein du cabinet Bush, a pour sa part estimé dans une entrevue publiée au lendemain de la déclaration de Donald Rumsfeld que la décision de mettre l'emphase sur la possession irakienne d'armes prohibées pour justifier la guerre avait été prise pour des raisons «bureaucratiques».

«Pour des raisons bureaucratiques, nous avons mis l'emphase sur un seul problème, les armes de destruction massive, parce que c'était le problème sur lequel tout le monde s'entendait», a affirmé M. Wolfowitz au magazine Vanity Fair.

Saddam Hussein «a passé 14 ans à les cacher», mais «nous les trouverons», avait déclaré le président Bush au début du mois. Sept semaines après la fin de la guerre, les centaines d'experts déployés sur le terrain n'ont pu trouver la moindre trace de ces armes.

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