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L'opposition rejette la nomination « partisane » de Madeleine Meilleur

Mathieu Nadon a rencontré Madeleine Meilleur sur la colline du Parlement

La nomination de Madeleine Meilleur au poste de commissaire aux langues officielles a été loin de faire l'unanimité, jeudi, à la réunion du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Un texte de Yasmine Mehdi

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment annoncé la candidature de l'ex-députée libérale provinciale d'Ottawa-Vanier pour remplacer Graham Fraser, une candidature qualifiée de partisane par les partis d'opposition.

Infirmière, avocate, conseillère municipale, puis députée à Queen's Park, Madeleine Meilleur a exercé pendant 12 ans la fonction de ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario, sous les premiers ministres libéraux Dalton McGuinty et Kathleen Wynne.

Lors de sa présentation, l'ex-ministre a affirmé qu'elle avait « toujours souscrit aux règles d'éthique et d'imputabilité rattachées aux postes » qu'elle a occupés.

J'aimerais que les gens m'évaluent sur ce que je ferai. Je ne peux pas effacer 13 ans de politique partisane.

Madeleine Meilleur

Accusations de partisanerie

Si les membres libéraux du Comité ont applaudi le legs de Mme Meilleur, les membres de l'opposition ont manifesté leur désaccord quant à sa nomination.

Le député conservateur Bernard Généreux a notamment souligné que l'ex-élue provinciale avait fait des dons au Parti libéral du Canada totalisant 5000 $, en plus de contribuer à la course à la chefferie de M. Trudeau pour un montant de 500 $.

« [Ces contributions] viennent porter ombrage à votre candidature dans la mesure où on peut y voir une partisanerie », a-t-il lancé à la principale intéressée.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a longuement interrogé Mme Meilleur quant à ses liens avec le Parti libéral du Canada.

L'ex-députée provinciale d'Ottawa-Vanier a admis avoir assisté, lors de la dernière campagne électorale, à une réception organisée par des avocats en l'honneur de M. Trudeau. Mme Meilleur a néanmoins soutenu qu'elle ignorait s'il s'agissait ou non d'une soirée de financement.

L'ex-ministre ontarienne a aussi expliqué avoir rencontré Gerald Butts et Katie Telford, deux proches conseillers du premier ministre, avant sa nomination.

« Vous êtes trop collée sur les Libéraux et Justin Trudeau a fait une erreur », a conclu M. Mulcair.

L'opposition dénonce un manque de consultation

Le député conservateur John Nater a pour sa part déploré que le Parti libéral n'ait pas consulté l'opposition quant au choix de celle qui remplacera Graham Fraser.

En vertu de l'article 49.1 de la Loi sur les langues officielles, « chacun des partis reconnus au Sénat et à la Chambre des communes » doit être consulté avant qu'un commissaire soit nommé.

M. Nater a affirmé que la chef conservatrice Rona Ambrose avait été informée de la nomination le 8 mai. Or, Mme Meilleur a déclaré qu'elle avait été mise au courant à la fin du mois d'avril que sa candidature était retenue.

« Je ne suis pas responsable du processus. Un poste était ouvert. J'ai déposé ma candidature, je suis passée par un processus rigoureux et j'ai été sélectionnée grâce à ma compétence et à ma feuille de route », s'est-elle défendue.

Questionnée par l'opposition, Mme Meilleur a expliqué comprendre l'inquiétude de certains députés, mais a affirmé qu'elle restera objective dans l'exercice de ses fonctions de commissaire.

La controverse se poursuit à la Chambre des communes

La question de la nomination de Mme Meilleur a également refait surface lors de la période des questions aux Communes, jeudi après-midi.

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a défendu le choix de son gouvernement. Elle a souligné que Mme Meilleur était « la meilleure candidate pour cette fonction » parmi tous les postulants ayant été rencontrés.

« Il ne s'agit pas de l'intégrité ou de l'expérience de Madeleine Meilleur. Il s'agit d'un processus de consultation bidon », a rétorqué M. Mulcair.

Plusieurs députés de l'opposition ont dit s'inquiéter de la désignation prochaine d'un nouveau commissaire à l'éthique, le mandat de Mary Dawson prenant fin le 8 juillet.

« Quel donateur du Parti libéral doit-on s'attendre à voir dans le rôle de commissaire à l'éthique? », a ironisé le député conservateur de Barrie-Innisfil, John Brassard.

Petite histoire des commissaires aux langues officielles

Si sa candidature est confirmée par la Chambre des communes et le Sénat, Mme Meilleur deviendra la septième commissaire aux langues officielles et la seconde femme à occuper ce poste.

Ses prédécesseurs étaient pour la plupart issus de la fonction publique ou de la société civile. Seule exception, Victor Goldbloom, nommé par le conservateur Brian Mulroney en 1991. Avant d'être commissaire, celui-ci avait été élu à l'Assemblée nationale sous les couleurs du Parti libéral du Québec.

Dans l'ordre, les anciens commissaires aux langues officielles : Keith Spicer (1970-1977), Maxwell Yalden (1977-1984), D’Iberville Fortier (1984-1991), Victor Goldbloom (1991-1999), Dyane Adam (1999-2006) et Graham Fraser (2006-2016)Les anciens commissaires aux langues officielles du Canada Photo : Radio-Canada

L'actuelle commissaire aux langues officielles par intérim, Ghislaine Saikaley, a été nommée par le gouverneur en conseil en décembre dernier.

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