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L’Église orthodoxe au coeur du pouvoir russe

Le reportage de Raymond Saint-Pierre
Raymond Saint-Pierre

En Russie, l'Église orthodoxe joue un rôle de plus en plus important dans la vie de tous les jours. Après des années de répression sous le régime communiste, elle est devenue un pilier du régime de Vladimir Poutine et un acteur politique majeur.

Le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, est de toutes les cérémonies importantes, aux côtés du président Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine et le patriarche côte à côteLe président Vladimir Poutine en compagnie du patriarche Kirill Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

Le patriarche a déjà déclaré, en 2012, que le règne de Vladimir Poutine est un miracle de Dieu.

L’Église orthodoxe a le vent dans les voiles. Le gouvernement russe lui a rendu 23 000 lieux de culte, restaurés ou reconstruits.

La cathédrale Saint-Isaac rendue à l’Église

Mais la décision récente de remettre à l’Église orthodoxe la célèbre cathédrale Saint-Isaac, de Saint-Pétersbourg, a provoqué une levée de boucliers.

Des gens en train d'admirer le décor magnifique à l'intérieur de la cathédraleLa cathédrale Saint-Isaac, à Saint-Pétersbourg, en Russie Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

Saint-Isaac, c’est d’abord un musée très populaire, où l'on trouve des centaines d’oeuvres d’art.

Pour Nikolai Burov, directeur du musée, cela reflète bien le rôle majeur de la religion dans la Russie d’aujourd’hui.

Nicolas Burov, souriant, discute avec Raymond Saint-Pierre.Nikolai Burov, directeur du musée Saint-Isaac, à Saint-Pétersbourg, interviewé par le journaliste Raymond Saint-Pierre Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

En réalité, c’est interdit pour l’Église de se mêler de politique, mais pendant les longues années soviétiques, elle était privée de tous ses droits et, maintenant, pour compenser ces années perdues, elle intervient avec énergie dans la vie civique du pays.

Nikolai Burov, directeur du musée Saint-Isaac

Parmi ceux qui militent pour que l’Église récupère Saint-Isaac, on trouve Vitali Milonov, un parlementaire qui prend fait et cause pour bien des politiques défendues par les orthodoxes. C’est lui qui a proposé la loi interdisant de faire de la « propagande » pour l’homosexualité.

La censure au cinéma

La plus récente victime de cette croisade, c’est le nouveau film de Disney La belle et la bête. Il ne peut être montré en Russie aux moins de 16 ans, parce que l’un des personnages semble être un homosexuel.

L'affiche du filmL'affiche du film « La belle et la bête » Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

L’Église orthodoxe tente également de bloquer la sortie d’un autre film, Mathilde, qui raconte les amours du tsar Nicolas II et de sa maîtresse. Le tsar a été canonisé par l’Église en 2000. On n’accepte donc pas qu’on montre à l’écran un saint qui a une maîtresse.

Surtout, ne pas insulter les croyants

L’Église est aussi parvenue à faire voter une loi interdisant toute insulte à l’égard des sentiments religieux des croyants.

Un prêtre se penche sur une fidèle dans l'église.Un prêtre en compagnie d'une fidèle à l'église Saint-Isaac, à Saint-Pétersbourg Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

C’est ainsi que Rouslan Sokolovski, un athée militant d’Ekaterinbourg, a été reconnu coupable d’incitation à la haine religieuse pour avoir chassé des Pokémon dans une église. Il a été condamné à trois ans et demi de prison avec sursis.

Giorgy Soldatov est l'un de ceux qui s’assurent que cette loi est respectée. Il dirige le groupe de réponse rapide de l’Église orthodoxe.

De son appartement, il surveille les réseaux sociaux, mais, surtout, il recueille les plaintes des fidèles. Il les conseille sur les mesures à prendre pour combattre blasphèmes et sacrilèges.

Giorgy Soldatov en train de travailler à l'ordinateurGiorgy Soldatov, du groupe de réponse rapide de l’Église orthodoxe Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

On préfère que les citoyens agissent d’eux-mêmes, dit-il, car parfois, nous sommes débordés par le nombre d’appels, et on manque de temps pour intervenir partout.

Giorgy Soldatov

Un des faits d’armes de Giorgy Soldatov : il a arraché du mur d’une exposition la peinture d’une grenouille crucifiée. « Des amis et moi, nous nous sommes jetés sur ce tableau. On l’a jeté par terre. On n’a pas déposé de plainte à la police », raconte-t-il.

Il y a eu quelques interventions du genre dans plusieurs villes pour détruire des oeuvres d’art considérées comme offensantes, ou pour faire fermer des galeries ou cesser des spectacles.

Non à l’avortement, oui à la violence domestique

L’Église joue beaucoup de son influence à la Douma, le Parlement. Le patriarche Kirill a récemment signé une pétition demandant l’interdiction de l’avortement.

L’Église a aussi joué un rôle dans l’adoption de la loi décriminalisant certaines formes de violence domestique.

Pour la porte-parole de l’Église orthodoxe de Saint-Pétersbourg, Natalia Podomanova, les élus de tous bords partagent, de toute façon, le même sentiment religieux.

Natalia PodomanovaNatalia Podomanova, porte-parole de l'Église orthodoxe de Saint-Pétersbourg Photo : Radio-Canada / Alex Sergeev

Ils sont tous unis par le fait que, dans la vie quotidienne, ils suivent les règles de l’Église orthodoxe. L’Église représente la force qui les unit.

Natalia Podomanova

C’est grâce à eux et au président Poutine que l’enseignement religieux a été rétabli dans les écoles.

Ironie de l’histoire

Ceux qui ont de la mémoire ne manquent pas de voir une certaine ironie dans tout cela. Durant les années de guerre froide, les pays occidentaux dénonçaient la répression de la foi chrétienne sous le régime communiste.

Maintenant, c’est la Russie qui donne un rôle prépondérant à la religion orthodoxe et qui dénonce l’abandon des valeurs chrétiennes par les pays occidentaux. L’histoire nous réserve toujours des surprises.

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