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École secondaire française dans l'est de Toronto : entre espoir et découragement

Photo d'un drapeau franco-ontarien devant la tour CN à Toronto

Le drapeau franco-ontarien

Photo : Radio-Canada / Annie Poulin

Radio-Canada

Nous poursuivons notre dossier sur le poids politique des francophones en retournant voir ces parents qui se sont battus il y a plusieurs années pour obtenir une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto.

Un texte de Julie-Anne Lamoureux

Alors que la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier s'apprête à déposer une poursuite contre le gouvernement pour le forcer à créer une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto, que pensent ces parents qui ont revendiqué une école il y a 5-8 et 10 ans?

Heidi Pospisil: le français avant tout

Heidi Pospisil est membre de la Coalition de parents pour une école secondaire de quartierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Heidi Pospisil est membre de la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux


Situation familiale: Heidi Pospisil a deux filles qui sont en 9e et 11e année. Ses enfants comptent rester dans le système francophone. Pour elle, c'est trop important de continuer à bien parler le français. Mais Heidi Pospisil se désole de voir tant de familles quitter les écoles francophones pour aller dans des écoles anglophones qui sont mieux équipées et situées plus près de la maison.

 

J'ai décidé qu'une école francophone était vraiment nécessaire pour que mon enfant garde son français. Je m'attachais vraiment à ça même si l'école au centre-ville n'a pas toutes les installations de base. [...] Mais c'est désolant de voir la communauté se désintégrer tranquillement devant mes yeux.

Heidi Pospisil, mère de deux filles

Engagement: Heidi Pospisil est membre de la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier qui se bat haut et fort pour obtenir une école secondaire française dans l'est de Toronto. Une de ses filles était en première année quand elle a commencé à s'impliquer dans le mouvement. Elle est maintenant en 11e année. Heidi continue de s'impliquer activement pour que les autres familles puissent un jour en profiter.

Je ne peux pas faire ça à ma communauté [arrêter]

Heidi Pospisil, mère de deux filles

Et la poursuite devant les tribunaux dans tout ça? « C'est un peu épouvantable d'être là. On a besoin d'un avocat pour forcer leur main...ce qu'ils auraient dû faire il y a bien longtemps. »

Lynda Rinkenback: quand la distance devient insupportable

Lynda Rinkenbach est parmi les premières à avoir mis de la pression sur le gouvernement pour avoir une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lynda Rinkenbach est parmi les premières à avoir mis de la pression sur le gouvernement pour avoir une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

Situation familiale: Le fils de 19 ans de Lynda Rinkenbach a complété son secondaire dans le système francophone à l'école Montseigneur-de-Charbonnel à plus de 20 kilomètres de la résidence familiale. Il fréquente maintenant une université anglophone. La distance a pourtant eu raison de sa fille qui a quitté l'école française en 9e année pour privilégier une école d'immersion dans son quartier.

C'est devenu trop lourd pour elle alors on a changé à l'école de quartier. C'est une école d'immersion, alors on a essayé de garder le plus de français possible, mais malheureusement, elle a dû quitter le système francophone. Pour moi, c'était très difficile.

Lynda Rinkenbach, mère de deux enfants

Engagement: Lynda Rinkenbach est la première à s'être engagée dans le combat pour avoir une école secondaire française dans l'est de Toronto. Elle a depuis passé le flambeau, même si elle agit de temps à autre à titre de consultante pour la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier.

Y croit-elle encore?: Elle espère toujours.

Et la poursuite devant les tribunaux dans tout ça?: « C'est dommage de devoir passer à cette étape pour avoir des résultats. J'aurais jamais pensé qu'on serait en cour pour avoir quelque chose qui est un droit. »

Anne Godbout : un choix déchirant

Anne Godbout a longtemps travaillé pour avoir une école secondaire de langue française dans l'est de TorontoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Anne Godbout a longtemps travaillé pour avoir une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

Situation familiale: Anne Gobdout est mère de deux filles qui fréquentent toujours le système scolaire francophone, en 6e et en 8e année. Pour elle, il est essentiel de rester dans le système francophone pour conserver son français et ainsi conserver sa culture. Cette année, elle a dû avoir une discussion sérieuse et difficile avec son aînée qui voulait aller rejoindre ses amis dans le système anglophone. Elle l'a finalement convaincue de poursuivre en français.

Est-ce que je fais le bon choix? Est-ce que j'empêche mon enfant d'avoir certaines expériences que la plupart des enfants à Toronto vont avoir dans une belle école anglophone? Oui j'y pense énormément. Mais je songe aussi à l'importance d'avoir une deuxième langue. Le français, c'est sa langue.

Anne Godbout, mère de deux filles

Engagement: Anne Godbout s'est engagée dans la lutte durant près de 10 ans. Fatiguée, découragée de ne voir aucun résultat, elle a finalement décidé de passer le flambeau à d'autres.

Y croit-elle encore? « Peut-être dans 20 ans…. »

Tout ce travail n'a pas été fait pour rien. Nous avons recruté d'autres familles. Nous sommes plus forts en tant que coalition. Mais être plus proche du but, je ne pense pas que nous sommes plus proches.

Anne Godbout, mère de deux filles

Et la poursuite devant les tribunaux dans tout ça?: Selon elle, c'est la seule solution pour que la voix de ces parents soit entendue. La voie politique n'a pas fonctionné selon elle. Il faut donc passer par les tribunaux.

Gisèle Rousseau: quand la seule façon de protéger les minorités passe par les tribunaux

Gisèle Rousseau espère depuis des années qu'il y aura une école secondaire de langue française dans son quartier de l'est de Toronto.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gisèle Rousseau espère depuis des années qu'il y aura une école secondaire de langue française dans son quartier de l'est de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

Situation familiale: Gisèle Rousseau est la mère d'une fille qui est en 8e année et d'un garçon qui est en 5e année. Ils fréquentent tous les deux des écoles françaises et Gisèle espère que ça se poursuive.

Sa fille semble heureuse à son école. Gisèle craint toutefois que son fils soit attiré par les écoles secondaires de quartier anglophones qui sont plus près de la maison et qui offrent des activités sportives et parascolaires bien plus alléchantes que ce qui est offert dans le système français. Originaire du Manitoba, elle connaît très bien les luttes auxquelles les communautés minoritaires doivent faire face pour obtenir ce qu'elles demandent.

Engagement: Gisèle Rousseau fait partie de celles qui se battent depuis le début pour obtenir une école secondaire de langue française dans l'est de Toronto. Elle a organisé des rencontres, elle a écrit des lettres aux différentes ministres de l'Éducation qui se sont succédées, elle a lancé des pétitions, elle a fait du lobbying auprès du gouvernement.

Y croit-elle encore? « Je ne sais pas si ça se fera du temps de mes enfants et de ce côté-là, c'est désolant. Parce que cette lutte-là je l'ai commencée alors que ma fille était en 2ième année. À défaut de l'avoir obtenue pour ma fille ainée, je souhaite pour son frère plus jeune une école secondaire de langue française à proximité (dans mon quartier), qui sera équivalente aux écoles secondaires de langue anglaise de mon quartier pour sa rentrée au secondaire en 2018. »

Et la poursuite devant les tribunaux dans tout ça? « J'espérais qu'il y ait plus de bonne foi et je me rends compte à quel point c'est très très politique tout ça. Malheureusement, je pense qu'il va falloir en venir aux lois comme ça a été le cas ailleurs au Canada. Malheureusement, quand on passe par la Cour, ça prend du temps. »


Joanne Dicaire: Quand il faut suivre la passion de son enfant

Joanne Dicaire croit qu'une école secondaire française dans l'est de Toronto est nécessaire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joanne Dicaire croit qu'une école secondaire française dans l'est de Toronto est nécessaire.

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

Situation familiale: La fille de Joanne Dicaire, qui est en 9e année, a quitté le système francophone en septembre pour aller dans une école anglophone spécialisée en arts. Une décision douloureuse pour la famille, mais salvatrice pour l'adolescente qui n'arrivait pas à s'épanouir à son école. Du jour au lendemain, dans son nouvel environnement, la jeune fille a trouvé sa voie. Mais à quel prix? Aux dires de sa mère, elle a déjà commencé à perdre son français, ce qui désole Joanne Dicaire.

C'était vraiment une décision très difficile. J'en ai pleuré.

Joanne Dicaire, mère d'une adolescente

Engagement: Joanne Dicaire s'est toujours impliquée dans le mouvement et se désole de voir qu'il n'y a toujours pas de résultat.

Y croit-elle encore? « C'est certain que j'aimerais penser qu'il va y avoir une école francophone ici. »

Et la poursuite devant les tribunaux dans tout ça? « C'est de l'argent dépensé, c'est de l'énergie. C'est ridicule, mais d'un autre côté, il faut le faire. Ils ont réussi en Colombie-Britannique. »

Point de vue du gouvernement

Mitzie HunterAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mitzie Hunter

Photo : Radio-Canada / CBC News

La ministre de l'Éducation Mitzie Hunter dit comprendre le désir des parents. Elle affirme être en discussion avec le conseil scolaire Viamonde pour évaluer les options.

Elle rappelle que son gouvernement a financé la construction d'une école secondaire pour le Conseil scolaire Mon Avenir à l'intersection de l'Avenue Eglinton et du chemin McCowan. Pour bien des parents, cette école demeure beaucoup trop loin.

La ministre n'a pas répondu à nos questions sur la poursuite qui doit être déposée sous peu par les parents.

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Toronto

Éducation