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Transparence et meilleure communication réclamée de la part de l'ENFFADA

Le site officiel de l'Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées

Le site officiel de l'Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées

Photo : mmiwg-ffada.ca

Lettre ouverte
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une coalition de militants autochtones et non autochtones provenant de tous les horizons y va d'un jugement sévère sur l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Manque de transparence, mauvaise communication, soutien inadéquat aux familles de victimes et remise en question de son indépendance représentent les principaux reproches dirigés contre l'Enquête. Espaces autochtones publie une traduction de la lettre envoyée à la Commissaire en chef Marion Buller.

Lettre ouverte à la commissaire Marion Buller
Enquête nationale sur la disparition et l'assassinat
Femmes et filles autochtones

15 mai 2017

Chère Commissaire Buller,

Dans l'ensemble du pays, des familles, des dirigeants autochtones, des experts et la population en général sont inquiets des signes alarmants qui montrent que l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA ) éprouve de sérieuses difficultés.

Nous reconnaissons que vous et vos collègues faites face à un défi difficile. Or, il est maintenant clair que vous devez prendre des mesures immédiates pour réduire les dommages et changer fondamentalement votre approche pour avancer de manière crédible.

Nous avons écrit cette lettre en hommage aux esprits des femmes, des filles qui ont stimulé en nous la résistance devant la violence systémique qui se poursuit dans ce pays.

Nous sommes profondément préoccupés par le manque constant de communication qui provoque anxiété, frustration, confusion et déception dans cette enquête très attendue.

Nous vous demandons, en tant que leader de cette enquête, de retravailler significativement votre approche afin de regagner la confiance et de veiller à ce que les familles ne soient plus traumatisées par ce processus.

Nous sommes fermement d'accord avec les préoccupations soulevées par la coalition du Manitoba, la coalition de Colombie-Britannique, les organisations autochtones et les avocats qui se sont prononcés ces derniers jours.

Voici quelques-unes des questions critiques qui doivent être examinées de toute urgence par vous en tant que commissaire en chef :

Respecter l’esprit de nos relations

Nous notons qu'il y a une incohérence dans les protocoles de cérémonie des peuples autochtones pour reconnaître, respecter, et honorer les esprits de nos sœurs et de nos familles. Comme indiqué lors de la préenquête, la cérémonie et la culture doivent être intégrées dans tous les aspects du travail de l'enquête.

Nous avons entendu des gens qui ont participé à des cercles consultatifs ou à des réunions. Ils nous disent qu'il n'y avait pas assez de temps à la suite de la cérémonie pour accomplir le travail.

Dans d'autres cas, on nous dit qu’il y a absence de cérémonie appropriée. L’Enquête doit trouver un juste équilibre entre les familles, les communautés et le temps alloué, sans précipiter les choses.

Nous demandons qu’une planification appropriée avec la communauté soit faite pour respecter les lois et cérémonies autochtones lorsque l'enquête entamera les audiences.

Les communautés ont besoin de temps pour discuter avec leurs aînés de leur cérémonie afin qu'ils puissent fournir des informations à l'enquête sur le temps nécessaire pour que leurs propres protocoles régionaux soient respectés tout comme leurs prières.

Prolongation de l’enquête

Avec le premier rapport attendu le 1er novembre 2017 et les auditions pour les familles qui ont été retardées jusqu'à l’automne, le calendrier de cette enquête est clairement trop court. Nous sommes en désaccord avec l'évaluation faite par l’ENFFADA qu'une extension n'est pas nécessaire.

Nous sommes d’avis qu’il faut demander officiellement une prolongation, sans attendre. Cela vous permettra d'utiliser l’été pour réfléchir sérieusement à la façon pour l'Enquête d’aborder les multiples préoccupations soulevées dans l'ensemble du pays.

Direction leadership

Nous sommes profondément préoccupés de l’absence de dirigeants, de défenseurs, de militants de la base parmi les plus renommés que vous n’avez pas invités (en bref, ceux qui sont connus et respectés dans l'ensemble du pays avec une expertise approfondie).

C'est déconcertant et il s’agit d’une occasion manquée pour ceux qui ont hâte de contribuer au succès de l'enquête.

En ce qui concerne le refus de s'engager avec des défenseurs connus et respectés qui ont mené la charge pour la mise sur pied de cette enquête au cours des 30 dernières années, nous croyons que cela ne renforce en rien votre indépendance. Nous croyons que cette situation mine votre capacité à poursuivre efficacement votre mandat.

Nous vous prions de convoquer un groupe de travail dès que possible, afin d’aider à remettre l'enquête sur la bonne voie cet été.

Nous vous invitons instamment à engager un directeur ou un président parmi les nombreux experts autochtones reconnus et respectés dans l'ensemble du pays qui serait chargé de superviser, d'orienter et de doter l’enquête d’une vision.

Nous reconnaissons que vous avez engagé d'excellentes personnes en tant que conseillers juridiques. Toutefois, il y a une perception généralisée et préoccupante voulant que l'Enquête soit trop légaliste dans ses opérations.

Nous vous demandons instamment, en tant que Commissaire en chef, de prendre personnellement une initiative claire et de tenir compte des conseils fournis dans la phase de préenquête concernant les ordres juridiques autochtones. Les conseils des aînés et des familles devraient être d’une grande importance pour vous et plus largement pour l’ensemble de l'enquête.

Traumatisme

Des familles nous ont dit avoir été traumatisées à nouveau lors de la préenquête. Nous sommes d'accord avec les observations de la coalition du Manitoba sur le fait qu'une grande partie du processus est porteur de traumatisme pour les familles.

Nous vous implorons en tant que Le Commissaire en chef de prendre des mesures en faveur des familles pour éviter les retards, le silence, améliorer la communication et éviter les annulations répétées et de se doter d’un calendrier fiable.

Soutien pour les familles et aux proches

Les familles et les personnes proches des victimes doivent profiter d’un soutien. Des ressources et des soins nécessaires doivent être mis à leur disposition pendant l’enquête. Vous manquez de clarté en la matière. Nous demandons :

1. Les avocats seront-ils disponibles pour les familles ? Il est préoccupant de constater que de nombreux avocats ont été impliqués dans le processus, mais très peu ont fourni une représentation aux familles.
2. Quels sont les mécanismes mis en place, comme indiqué au cours de la phase de préenquête, afin de s'assurer d’un suivi approprié des témoins et des familles de même que l'accès aux supports traditionnels de guérison ?

Indépendance

On nous a promis une enquête indépendante, mais de nombreuses questions se posent à propos du rôle Conseil privé dans la prise de décision. Les questions soulevées sont les suivantes :

I. Le Conseil privé approuve-t-il les dépenses ou c’est du ressort de l'Enquête ?

II. L'Enquête est-elle entravée dans sa capacité à aider les familles ou à effectuer ses travaux à cause du Conseil privé?

III. Le budget de l'Enquête a-t-il été dépensé pour aider les bureaux du Conseil privé ou les fonctionnaires ?

IV. Pouvez-vous démontrer que le Conseil privé n'est pas en mesure de compromettre l'indépendance de cette enquête ?

Les communications

Les communications désorganisées, aléatoires et insuffisantes de l'Enquête ont nui à sa crédibilité. Elles sont à la base de la confusion et de la frustration des familles et d'autres personnes qui ont le désir sincère de voir cette enquête réussir.

Des informations sur les procédures de l'enquête sont parfois diffusées par les médias ou à travers les médias sociaux, plutôt que par l'Enquête ou directement par les commissaires.

L'absence d'une stratégie de communication cohérente et ouverte a suscité des inquiétudes quant à la transparence de l'enquête. Ce problème peut et doit être remédié immédiatement.

L'Enquête doit avoir un plan de communication clair afin que l'information soit fournie par le biais d'un porte-parole reconnu - idéalement un commissaire – de façon régulière et fiable.

Prolongation

Nous vous prions de prolonger la date limite pour les demandes de statut de participant puisque le processus a été réalisé jusqu’à maintenant dans la confusion et le manque de communication et de transparence.

En outre, des explications plus claires sont nécessaires sur la manière dont l'enquête prévoit faire participer des membres des communautés autochtones touchés par des niveaux extrêmes de violence.

Nous avons besoin de réponses aux questions suivantes :

I. Comment l'Enquête peut-elle inclure des personnes qui sont impliquées dans le travail de rue?

II. Comment inclure les témoignages des personnes qui ont été des travailleuses du sexe?

III. Comment l'enquête soutiendra-t-elle les individus désireux de témoigner des questions liées à la violence policière?

IV. Comment l'enquête s’y prendra-t-elle pour faire témoigner des personnes transgenres qui le veulent?

Calendrier

Il doit y avoir la publication d’un calendrier clair des événements et des lieux d’audience.

L'Enquête doit être transparente et en finir avec l’impression que la participation aux cercles consultatifs familiaux ou à d'autres réunions est par invitation seulement, ce qui provoque de la confusion.

C'est avec des cœurs lourds que nous signons nos noms au bas de cette lettre. Nous voulons tous que cette enquête commence, et non seulement qu’elle fonctionne, mais qu’elle réussisse au-delà de ce que nous pouvions imaginer.

C'est une occasion qu’on ne doit pas manquer et aucun d'entre nous ne peut se permettre d'échouer. Nous savons que vous, vos collègues commissaires et le personnel partagent notre désir d'obtenir une enquête fructueuse.

Nous demandons de prendre immédiatement des mesures pour remédier aux graves inquiétudes concernant la viabilité de l'Enquête.

Nous demandons de plus une réponse à cette lettre d’ici le 22 mai pour connaître vos intentions.

Nous restons prêts à aider.

En souvenir de celles que nous avons perdues. Nos prières vont aussi pour celles qui sont disparues pour qu’elles rentrent à la maison.

Ont signé :

Christi Belcourt, Advocate/Mom/Daughter, Metis/Espanola, ON
Beverley Jacobs, Kanienkehaka, Bear Clan, Lawyer, Six Nations of the Grand River Territory. Cousin of Tashina General. Murdered April 2008.
Cheryl Maloney, President, Nova Scotia Native Women's Association
Institute for the Advancement of Aboriginal Women (IAAW), AB
Muriel Stanley Venne, President and Founder of IAAW
Julie Kaye, Research Advisor, IAAW; Scholar, University of Saskatchewan, misâskwatôminihk
Mary Eberts, Law Office of Mary Eberts
Odelle Pike, Newfoundland Aboriginal Women’s Network
Darlene & Christie Osborne great-aunts/grandmothers of Felicia Velvet Solomon-Osborne, brutally murdered in 2003, only 2 body parts were found.
Laura Whiteman, daughter of Delores Whiteman (Missing); niece of Freida Whiteman (Missing).
April Eve Wiberg, Family Member/Survivor/Advocate and Founder, Stolen Sisters & Brothers Awareness Movement
Bridget Tolley, Family member of Gladys Tolley killed by SQ Police in 2001
Families of Sisters In Spirit
Sarah Hunt, Kwagu’ł (Kwakwaka'wakw) scholar, activist, relation
Grace Li Xiu Woo, Lawyer
Amber Dean, Associate Professor, McMaster University
Theresa Ducharme, Founder and CEO of Lemon Cree and Lemon Cree Non Profit Corporation
Pamela Palmater, Mi’kmaq, Chair in Indigenous Governance at Ryerson University
Russell Diabo, First Nations Policy Analyst
Staci Duchene, family member and advocate
Dianne Bigeagle - Mother of Danita Faith Bigeagle. Missing since Feb 11, 2007
Patrick Sandy, Six Nations Mohawk Ironworker
Todd Jacobs, Kahnawake Mohawk Ironworker
Lorelei Williams, Cousin Tanya Holyk killed by serial killer Robert Pickton; niece of Belinda Williams, missing since 1978; and Founder of dance troupe Butterflies in Spirit
Chasity Martin, Honoring her Auntie Paula Joy Martin (February 21 1965-April 21 1996)
Marilyn Wapass, family member of a missing and murdered woman
Kevin Daniels, former National Chief Congress of Aboriginal Peoples and Family Member of many both male and female
Stephen John Ford, Kanienkehaka, Wolf Clan, Lawyer, Tyendinaga Mohawk Territory
Sheila Swasson, President of the National Aboriginal Circle Against Family Violence
Pivot Legal Society
PACE Society
Sex Workers United Against Violence Society
WISH Drop-in Society
Natalie Clark, scholar, activist Indigenous girls group facilitator, and violence counsellor
Josephine L. Savarese, Associate Professor, Department of Criminology and Criminal Justice, St. Thomas University, Fredericton, NB
Melissa Hyland, RSW, MEd, Executive Director, Wakata'keri:te Resiliency Rising Society, Victoria BC
Siksika Nation Leadership:
Marsha wolf collar
Eldon Weaselchild- Chief
Ruben breaker
Bradford Liitlechief
Joe Weaselchild
Leah bearchief
Jason doore
Herman Yellow old woman
Carlin Blackrabbit
Alfred Manyheads
Francis wolfleg
Chief Joseph Weasel Child
Eldon Weasel Child
Ruben Breaker
Bradford Little Chief
Brenda Jacobs, Mohawk Nation, Bear Clan, Six Nations Grand River Territory. Cousin of Tashina General. Murdered April 2008.
Terrill Tailfeathers, Blood(Kainai) Tribe
Maggie Cywink, sister of Sonya Nadine Mae Cywink - MMIWGT2S (1963-1994)
Doris Anderson, President Yukon Aboriginal Women’s Council
Pamela Marie Fillier, Mother of 16-year-old Hilary Bonnell murdered in 2009.

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