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Le hockey français nous fera-t-il un jour la leçon?

Les Français Damien Fleury (gauche) et Floran Douay (droite) prennent d'assaut le filet de Chad Johnson

Les Français Damien Fleury (gauche) et Floran Douay (droite) prennent d'assaut le filet de Chad Johnson.

Photo : Getty Images / FRANCK FIFE

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - Par où commenceriez-vous si l'on vous confiait la tâche de créer une toute nouvelle fédération nationale de hockey?

Inventer la nouvelle Fédération française de hockey sur glace, c'est le défi devant lequel s'est retrouvé le Trifluvien Luc Tardif, il y a 11 ans.

Et plus le temps passe, plus le hockey français s'organise et gagne en crédibilité sur la scène internationale. Ceux qui jettent un coup d'oeil au Championnat du monde, disputé à Paris et à Cologne, l'ont certainement remarqué.

Cette année, les Français ont infligé une grave défaite de 5 à 1 à la Finlande. C'était la première fois de leur histoire que les Bleus parvenaient à battre ce pays scandinave.

L'équipe de France a par la suite vaincu la Suisse 4-3, alors que ce pays est pourtant installé parmi les six ou sept meilleures nations de hockey depuis une bonne quinzaine d'années.

Puis jeudi dernier, devant une salle comble subjuguée à Bercy, les Français sont passés à un cheveu de battre les Canadiens.

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Photo : Getty Images / FRANCK FIFE

En troisième période, un tir raté du défenseur québécois Marc-Édouard Vlasic a atteint la bande et rebondi dans le dos du gardien de la France Florian Hardy. Et c'est ce qui a permis au Canada de signer une victoire peu convaincante de 3 à 2.

« Il y a plusieurs années, nos joueurs n'auraient même pas dépensé d'énergie dans un match contre le Canada. Ils auraient levé le pied et se seraient davantage concentrés sur les affrontements suivants contre des formations moins puissantes. Mais maintenant, on joue tous les matchs pour gagner. C'est une nouvelle mentalité et c'est une nouvelle confiance », explique Luc Tardif, qui occupe toujours la présidence de Hockey France.

« Cela dit, nous restons très humbles. Nous savons que notre fédération est petite. Nous ne figurons pas parmi les gros joueurs sur la scène mondiale et rien ne nous est acquis. Mais l'appétit vient en mangeant... »

***

Jusqu'à la création de Hockey France en avril 2006, le hockey français n'était qu'un des 14 sports chapeautés par la Fédération française des sports de glace.

« On avait beaucoup de mal à s'émanciper ou à se développer parce qu'il fallait toujours demander des permissions à la Fédération des sports de glace. Il n'y a pas grand-chose qui était fait pour le développement du hockey. Au contraire, on sentait une sorte de tendance voulant qu'on ne sorte pas la tête de l'eau », raconte Luc Tardif, qui a joué au hockey en France de 1976 à 1990.

Tardif a vite compris que le hockey français n'allait jamais progresser dans ces conditions. Avec l'aide du président de la Fédération internationale, René Fasel, des contacts politiques ont donc été établis pour que soit créée une fédération de hockey totalement autonome.

« C'est ce qui est arrivé en 2006, et ça a été notre moment-clé », affirme fièrement Luc Tardif.

Quand Hockey France a été créée :

- il n'y avait que 14 500 hockeyeurs en France;

- des arénas fermaient leurs portes;

- aucune structure digne de ce nom n'encadrait les joueurs d'âge junior;

- le championnat professionnel français, la Ligue Magnus, n'attirait que des professionnels en fin de carrière, et les meilleurs jeunes français s'expatriaient ailleurs pour trouver un meilleur calibre de jeu et disputer un plus grand nombre de matchs;

- le hockey était absent depuis 19 ans de Bercy, le grand amphithéâtre sportif de la capitale française.

***

Nous sommes en 2017.

- Le nombre de hockeyeurs français a bondi de 52 %.

- Hockey France vient tout juste d'inaugurer, en novembre dernier, un centre national de 68 millions de dollars où s'entraîneront en permanence les équipes nationales masculine et féminine des moins de 18 ans. Exactement comme le font les Américains avec leur programme national (masculin) de développement.

- Cinq nouveaux complexes de hockey sont en construction (ou viennent d'être bâtis) au pays, dont un aréna de 6000 places à Marseille. « C'est la première fois que je vois une chose pareille », affirme Luc Tardif.

- L'équipe de France des moins de 18 ans vient d'accéder au premier groupe mondial et se frottera dorénavant aux meilleures formations dans les grandes compétitions internationales.

- L'équipe de France des moins de 20 ans a raté de peu sa qualification au sein du premier groupe mondial. « Mais c'est une question de temps... » croit le président.

- Un jeune centre français, Alexandre Texier, est considéré comme le 16e espoir européen en vue du repêchage de la LNH en juin prochain. « Et il y en a d'autres qui s'en viennent », annonce le président de la fédération.

- La Ligue Magnus compte 12 équipes au lieu de 14. Le nombre de matchs disputés y a été doublé et le calibre de jeu s'y compare maintenant à celui de la majorité des championnats européens, souligne Luc Tardif.

- La finale de la Coupe de France est disputée à Bercy chaque année et on y fait toujours salle comble. Cette année, la présentation du Championnat mondial y est un succès.

***

« Tout cela s'est produit depuis que nous n'avons plus à demander la permission à d'autres pour passer à la salle de bain », dit de façon imagée le président de Hockey France.

« Quand je regarde où nous sommes rendus, je me souviens des Jeux d'Albertville [1992], où la France s'était qualifiée pour les quarts de finale. Quand on regardait notre alignement, on y retrouvait toutefois 50 % de joueurs naturalisés. Cette place en quarts de finale ne reflétait pas le portrait ni le calibre du hockey français.

« Cette année, au Championnat du monde, tous nos joueurs sont Français. Il y a un Québécois [Antoine Roussel] qui revient jouer avec nous pour les grandes compétitions internationales, mais Roussel est né en France et il a quitté le pays quand il avait 16 ans. C'est une grande fierté pour nous de développer nos propres joueurs. »

Lorsqu'on regarde le portrait dans son ensemble, c'est phénoménal, ce que les Français ont accompli en aussi peu de temps.

Leur équipe nationale des moins de 18 ans qui vient d'accéder au premier groupe mondial est en fait la toute première génération de hockeyeurs français à avoir grandi et à avoir tout appris au sein de la nouvelle fédération.

« Pour nous, toute la base du plan reposait sur la formation des entraîneurs. Le hockey ne fait pas partie de la culture sportive ici. En France, le hockey vient loin derrière le rugby et le foot. Il nous reste encore du travail à faire, mais je dirais que 80 % de nos entraîneurs sont maintenant diplômés en plus d'avoir pratiqué le hockey à un haut niveau », explique Luc Tardif.

Pour monter leur structure et leurs programmes de formation, les Français se sont inspirés de ce qui se faisait au Québec et au Canada, puisque des liens privilégiés existaient depuis longtemps entre les deux systèmes sportifs.

« La création de l'Europe a aussi provoqué beaucoup d'échanges avec les autres fédérations européennes. En bout de ligne, je dirais que Hockey France est le résultat d'un mélange de hockey québécois et européen », estime Luc Tardif.

Il sera intéressant de faire un suivi, dans 10 ans, pour voir où se situera le hockey français par rapport au hockey québécois.

Les Français ont maintenant un vrai programme national de développement. Et chaque année, leurs 25 meilleurs hockeyeurs sont désormais exposés aux plus grandes compétitions internationales.

Ce sont des outils de développement fondamentaux dont nous ne disposons malheureusement pas encore au Québec.

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