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Vous avez été inondés? Voici quelques pistes, des assurances à la reconstruction

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet
Radio-Canada

Saviez-vous que la plupart des polices d'assurance n'incluent pas l'inondation des terres? L'avocat Josiah MacQuarrie et le professeur en gestion des risques majeurs à l'UQAM, Michel Doré, tentent d'éclaircir certains détails entourant les polices d'assurance et les risques encourus par les résidents voulant demeurer sur un territoire touché par les inondations.

Trop de pluie mène à des flaques d’eau à l’intérieur de votre maison. Êtes-vous couverts?

« La police d’assurance habituelle exclut les inondations des terres », explique M. MacQuarrie.

Cela inclut les inondations qu’ont vécues le Québec et l’Ontario, causées par les pluies abondantes et la montée des eaux de cours d’eau naturels.

Beaucoup de gens ignorent que la protection contre les inondations des terres est une option qui doit être ajoutée à leur police, ajoute l’avocat. Les compagnies d’assurances considèrent que le risque est prévisible.

Pour être couverts par la majorité des polices d’assurance, les dégâts doivent être causés par une source imprévisible, comme le bris d’un lave-vaisselle ou de la tuyauterie.

Les inondations seront plus fréquentes à cause des changements climatiques. Les réclamations aussi?

Les réclamations causées par des phénomènes météorologiques extrêmes sont en hausse de 400 % depuis huit ans, raconte M. MacQuarrie.

« Et les compagnies d’assurances ont prévu le coup depuis un certain temps », ajoute-t-il. Selon l'expert, plus des évènements du genre se produiront, plus de réclamations seront payées et plus les primes augmenteront.

Paierez-vous beaucoup plus cher si vous vivez sur une plaine inondable?

L’astuce est de savoir si vous êtes sur le point d’acheter une résidence sur ce genre de terrain avant de faire un dépôt. Pour ceux qui vivent déjà sur une plaine inondable, « vous allez payer vraiment plus cher [pour vous assurer] », ajoute M. MacQuarrie.

Des résidences inondées à Batiscan en Mauricie.Des résidences inondées à Batiscan en Mauricie. Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Est-ce que beaucoup de sinistrés réaliseront une fois les inondations terminées qu'ils ne sont pas assurés?

« C’est tragique, commente M. MacQuarrie. Mais plusieurs personnes vont découvrir dans les prochains jours que leur police d’assurance ne couvre pas les dommages causés par les inondations – ou même les coûts pour se réfugier à l’extérieur de leur résidence. »

Elles devront donc se tourner vers le gouvernement provincial pour de l’aide.

Il est possible, à l’instar de ce qui s’est passé lors des inondations à Windsor l’automne dernier, que les remboursements gouvernementaux dépendent même de l’assurabilité de la résidence.

De plus, les directives du ministère canadien de la Sécurité publique indiquent que « les coûts liés à la remise en état ou au remplacement d’éléments qui étaient assurés ou assurables » ne sont pas admissibles pour une aide financière fédérale. « Assurable », selon ces mêmes directives, signifie que « la couverture d'assurance prévue dans le cas d'un danger particulier pour une personne, une famille, le propriétaire d'une petite entreprise ou un agriculteur était offerte dans la région à un coût raisonnable. »

L'eau se retire lentement aux abords de la rivière MatapédiaL'eau se retire lentement aux abords de la rivière Matapédia Photo : Radio-Canada

Les locataires doivent-ils aussi se doter d’une assurance?

Ce n’est pas parce qu’une personne n’est pas propriétaire de son logement qu’elle peut se priver d’une assurance.

Les locataires peuvent s'en procurer une pour protéger leurs biens contre les inondations.

Les compagnies d’assurances sont-elles diaboliques ou se comportent-elles simplement en entreprises?

Alors que les compagnies d’assurances sont « sur le marché pour faire des profits », selon M. MacQuarrie, elles sont aussi obligées de rembourser les réclamations faites selon le cadre légal de leurs polices. Donc, si c’est inscrit dans un contrat, elles doivent payer.

Or, la confusion règne lorsque des clients comprennent mal leur contrat.

M. MacQuarrie invite locataires et propriétaires à lire attentivement leur police et à aller demander de l’aide à un courtier s’ils ont de la difficulté à comprendre le jargon légal.

« La personne qui souscrit à une assurance est tenue de comprendre ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas, explique l’avocat. Mais qui prendra la peine de lire sa police d’un bout à l’autre? C’est très peu probable! »

Rénover soi-même ou faire appel à des spécialistes?

Michel Doré invite les victimes des récentes inondations à prendre le temps de bien évaluer les dommages causés à leur résidence.

« Oui, il faut nettoyer et décontaminer, explique le professeur. Il faut [aussi] réfléchir à dans quel genre de nouvelle maison on veut vivre. »

Pour les maisons qui semblent nécessiter des travaux pour leur remise en état, M. Doré invite les résidents à contacter des entreprises spécialisées pour « s’assurer de l’élimination complète de tous les contaminants », précisant qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact que peut avoir la moisissure sur la santé à long terme des occupants de la maison.

Des travaux en cours dans le sous-sol d'une résidence de l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, à Montréal.Des travaux en cours dans le sous-sol d'une résidence de l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, à Montréal. Photo : Radio-Canada

Rénover ou déménager? Les autorités doivent considérer toutes les options.

Citant le cas de la municipalité de Rivière-aux-Renards durement touchée par des inondations en 2007, Michel Doré invite les autorités à considérer la relocalisation des maisons les plus touchées par la catastrophe.

« Quand une maison est une perte totale, il faut se poser la question : "Est-ce que ça vaut vraiment la peine de la reconstruire au même endroit?" estime-t-il. Ce n’est pas une question symbolique ou économique. C’est une question de bien-être, de toujours vivre avec le stress qu’à chaque printemps on court le risque d’être inondé à nouveau. »

Le professeur à l’UQAM rappelle que pour certaines zones, les probabilités d’être inondé sont de 1 sur 100 par année, une statistique que l’on tend à sous-estimer alors que pour une probabilité beaucoup plus faible, plusieurs seront prêts à acheter un billet de loterie.

Inondations printemps 2017 
Avec les informations de CBC

Incidents et catastrophes naturelles

Environnement