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Les orthophonistes en milieu collégial : une denrée rare

Mélodie Lemieux Roy, étudiante au Collège Ahuntsic, et Matthieu St-Pierre Poulin, orthophoniste.

Mélodie Lemieux Roy, étudiante au Collège Ahuntsic, et Matthieu St-Pierre Poulin, orthophoniste.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les élèves en situation de handicap et qui ont des besoins particuliers sont présents, non seulement dans les écoles primaires et secondaires, mais également dans les cégeps où leur nombre a fait un bond spectaculaire en quelques années. Or, les services offerts à ces cégépiens n'ont pas augmenté au même rythme.

Un texte de Marie-France Bélanger

Selon les plus récents chiffres de la Fédération des cégeps, ils étaient plus de 11 500 en 2014, comparativement à environ 1300 en 2007. Toutefois, les ressources pour les aider sont insuffisantes. C’est tout particulièrement le cas pour les orthophonistes. Ils ne sont que quatre au sein des 48 établissements de la Fédération des cégeps. Et deux d’entre eux travaillent au Collège Ahuntsic.

Mélanie Lemieux Roy consulte chaque semaine un orthophoniste au Collège Ahuntsic. La jeune femme de 23 ans souffre de dyslexie et de dysorthographie, des troubles du langage qui entraînent des difficultés de lecture et d’écriture. Or, avant son admission au cégep, elle ignorait qu’elle était aux prises avec ces problèmes.

Je ne comprenais pas ce que je faisais de pas correct. Je voyais tout le monde réussir. J'étudiais autant que les autres et ça ne marchait pas. Quand j'ai coulé la plupart de mes cours, je suis allée voir un orthophoniste pour obtenir un diagnostic.

Une citation de : Mélodie Lemieux Roy, étudiante au Collège Ahuntsic

Le cas de Mélodie n'est pas unique. Les deux orthophonistes du Collège Ahuntsic, Matthieu St-Pierre Poulin et Martin Forest, ne chôment pas. Chaque année, ils viennent en aide à quelque 400 étudiants, dont la moitié ont des troubles du langage.

« Une bonne partie des apprentissages se font par le langage - comprendre, raisonner, réfléchir. Si on a cette difficulté-là, on a besoin de stratégies pour compenser », explique Matthieu St-Pierre Poulin.

Le diagnostic est essentiel pour accéder aux services. Martin Forest et Matthieu St-Pierre Poulin sont aptes à faire ce type d’évaluation. Mais la liste d’attente est d’au moins un an.

Les orthophonistes Martin Forest et Matthieu St-Pierre Poulin du Collège Ahuntsic.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les orthophonistes Martin Forest et Matthieu St-Pierre Poulin du Collège Ahuntsic.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

« Les besoins sont là. Puis, ça m’étonne qu’ils [les jeunes] n’aient pas été évalués avant », dit Martin Forest.

Financement à la baisse

Pourquoi des étudiants comme Mélodie apprennent-ils seulement une fois rendus au cégep qu’ils souffrent de trouble du langage? Les raisons sont multiples, expliquent les deux orthophonistes. Certains ont notamment été oubliés par le système scolaire. Par ailleurs, les exigences plus élevées au cégep en termes de lecture et d’écriture - pensons aux cours de philosophie et de littérature - peuvent aussi mettre en lumière un trouble du langage qui passait inaperçu auparavant.

La directrice adjointe aux études au Collège Ahuntsic, Anne Le Blanc, a eu l'idée d'embaucher un, puis deux orthophonistes après avoir constaté, il y a huit ans, qu’un grand nombre de jeunes en difficultés d'apprentissage avaient des troubles du langage.

Le but : favoriser la réussite de ces élèves en leur permettant d’obtenir un diagnostic ainsi que des services gratuitement. Mais Anne Le Blanc précise que le financement consacré aux étudiants en situation de handicap et qui ont des besoins particuliers a diminué depuis quatre ans. Les sommes par étudiant ont presque diminué de moitié, mais le nombre d’étudiants, lui, est en forte augmentation.

On est moins financé, mais on reçoit plus d’étudiants. Ça devient un peu paradoxal.

Une citation de : Anne Le Blanc, directrice adjointe aux études au Collège Ahuntsic

Obligation des établissements

Dans un mémoire déposé en février dernier au ministère des Finances du Québec dans le cadre des consultations prébudgétaires 2017-2018, la Fédération des cégeps revendique un financement adéquat pour répondre aux besoins de ces étudiants.

L’organisme souligne aussi que les cégeps ont l’obligation d’offrir les services nécessaires à la réussite de ces jeunes. La Fédération rappelle que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse « insiste (…) sur l’obligation qu’ont les établissements d’enseignement collégial quant à la prestation de services adaptés aux étudiants en situation de handicap et qui ont des besoins éducatifs particuliers. »

Suzanne Tousignant, présidente de la Fédération du personnel professionnel des collèges qui représente 1200 membres, dont les orthophonistes, parle d’une augmentation exponentielle des besoins au cégep.

Or, le nombre de conseillers en services adaptés [le nom donné aux professionnels des cégeps qui viennent en aide aux étudiants handicapés ou en difficulté] n’a pratiquement pas bougé. « C’est désolant », dit-elle, ajoutant que ces jeunes peuvent réussir comme les autres si on leur fournit le soutien dont ils ont besoin.

Mélodie Lemieux Roy, étudiante au Collège Ahuntsic en technique d’électrophysiologie médicale, est sur la bonne voie grâce au soutien de son orthophoniste.

« Ça m’a permis de continuer et de persévérer ». Mais à son avis, la situation serait tout autre si Matthieu St-Pierre Poulin n’avait pas été là. « Je pense que je ne serais plus à l'école. L'école m'aurait renvoyée », dit-elle.

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