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Surveillance accrue des pipelines dans les zones inondées

La municipalité d'Oka inondée par la rivière des Outaouais

La municipalité d'Oka inondée par la rivière des Outaouais

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Les inondations et les nombreux glissements de terrain enregistrés ces derniers jours soulèvent l'inquiétude des résidents de part et d'autre de la rivière des Outaouais, qui appréhendent les conséquences que pourrait avoir une rupture de pipeline sur leur approvisionnement en eau potable.

Un texte de Sylvie Fournier

Depuis le début des inondations, près d’une centaine de glissements de terrain ont déjà été enregistrés au bord des cours d’eau dans les régions touchées. « Ce sont des secteurs à risque en raison des sols argileux », explique Thomas Blanchet, porte-parole de la Sécurité civile.

En cas de rupture d’un pipeline, le déversement d’hydrocarbures dans la rivière des Outaouais pourrait contaminer le fleuve Saint-Laurent, source d’eau potable de près de 3 millions de personnes de la grande région de Montréal.

Trans-Nord toujours non conforme

Le pipeline de Trans-Nord, vieux de plus de 60 ans, est celui qui soulève le plus d’inquiétude. Il transporte quotidiennement 170 000 barils de produits raffinés, de Montréal à Oakville, en Ontario. Le pipeline est responsable à lui seul d’environ la moitié des incidents survenus au Québec depuis 2009, en raison de déversements et de problèmes de surpression.

Au printemps dernier, une résidente de Saint-Lazare avait eu la surprise de découvrir sur la terre familiale un tronçon du pipeline Trans-Nord à découvert, dont le revêtement anticorrosion semblait endommagé.

Trans-Nord s’est fait imposer plusieurs mesures par l’Office national de l’énergie (ONE) pour pallier d’importantes lacunes de sécurité, la plus récente ordonnance datant de septembre 2016. La compagnie tarde cependant à produire un programme de gestion de l’intégrité de son réseau qui soit conforme aux normes, en particulier sur la fiabilité de ses pipelines aux franchissements des cours d’eau.

Fait exceptionnel, deux membres de l’ONE, Mike Richmond et James Ballem, auraient préféré la fermeture complète du pipeline, estimant que la compagnie a eu amplement le temps de se conformer aux exigences, mais qu’elle néglige de le faire.

L’organisme fédéral de réglementation a néanmoins renouvelé le permis d’exploitation de Trans-Nord en imposant toutefois une nouvelle réduction de pression sur son réseau.

Chez Trans-Nord, dont les bureaux sont dans la région de Toronto, la personne qui a répondu à notre appel a dit ignorer que l’état d’urgence avait été décrété dans plusieurs municipalités en raison des inondations exceptionnelles. « Quelles inondations? » nous a-t-on répondu, avant de transmettre nos questions à la firme de relations publiques Hill & Knowlton, qui n’a toutefois pas été en mesure de nous fournir des précisions sur les mesures mises en place par Trans-Nord pour surveiller ses installations.

Enbridge : le pipeline « baigne dans l’eau »

La ligne 9-B d’Enbridge traverse aussi la rivière des Outaouais un peu plus haut, à proximité de Pointe-Fortune. « Le pipeline est à environ 2 mètres sous le lit de la rivière, est construit avec des tuyaux à paroi épaisse et est encastré dans du béton », tient à préciser son porte-parole, Éric Prud’homme.

Enbridge dit avoir déployé du personnel sur le terrain depuis le début des inondations pour surveiller ses installations de plus près, et travailler de concert avec les autorités concernées.

En Montérégie, le pipeline traverse des zones marécageuses où il n’est enfoui qu’à un mètre de profondeur. À certains endroits, « il baigne dans l’eau », selon Katherine Massam, une résidente de Très-Saint-Rédempteur et membre du groupe Citoyens au Courant. Elle craint que l’eau n’augmente les risques de corrosion.

L’Office national de l’énergie dit surveiller étroitement la situation.

Une catastrophe pour l’eau potable

Des 26 usines de filtration de la grande région de Montréal, aucune n’est équipée pour traiter les hydrocarbures et seulement deux d’entre elles sont en mesure de les détecter, soit les usines Atwater et Charles-J.-Des Baillets, à Montréal.

Un déversement pourrait avoir des conséquences catastrophiques, selon Luc Coderre, enseignant au Centre national de formation en traitement de l’eau. « Il n’y a que trois usines qui possèdent une prise d’eau alternative en cas de fermeture », rappelle l’expert, et les autres usines disposent de réserve pour douze à seize heures seulement.

En 2016, un glissement de terrain a entraîné la rupture d’un pipeline de Husky Energy, en Saskatchewan. La fuite de 225 000 litres de pétrole lourd a entraîné la fermeture des sources d’eau potable sur plus de 500 kilomètres en aval, pendant près de deux mois.

 

Environnement