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Le dilemme du maire de Rigaud : forcer ou pas l'évacuation des sinistrés

Hans Gruenwald, maire de la Ville de Rigaud, en banlieue ouest de Montréal

Hans Gruenwald, maire de la Ville de Rigaud, en banlieue ouest de Montréal

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À Rigaud, l'eau baisse enfin et la municipalité montérégienne annonce que les évacuations sont terminées. Le maire Hans Gruenwald fils s'inquiète cependant pour la vingtaine de résidents qui ont refusé d'obéir à l'ordre d'évacuation.

En conférence de presse vendredi matin, le maire de Rigaud a divulgué deux bonnes nouvelles : les crues printanières amorcent enfin une baisse, et il n'y aura plus d'évacuations faites parmi les quelque 8000 habitants de sa municipalité située à 67 km à l'ouest de Montréal.

Mais la situation n'est pas stabilisée pour autant dans cette banlieue où la Croix-Rouge a pris en charge 247 familles évacuées, pour un total de 477 personnes. D'autres se sont réfugiés dans leur famille. D'autres enfin, 19 personnes précisément, ont carrément refusé de quitter leur domicile.

Ceux-là posent un dilemme au maire Gruenwald : le cas échéant, comment pourrait-il les secourir?

« Demain matin, ils ont une urgence médicale là, ils sont faits à l’os. »

— Une citation de  Hans Gruenwald fils, maire de Rigaud

La Sûreté du Québec (SQ) se préoccupe aussi de la situation, comme l'explique Jason Allard : « De jour, c'est peut-être un peu plus facile de déplacer des bateaux et des choses comme ça, mais c'est encore pire de nuit, il y a des débris dans l'eau, des poteaux, des garde-fous qu'on ne voit pas ».

« Le fait qu'ils aient décidé de rester n'empêchera pas qu'on va tenter de les aider, mais on met à risque les équipes qui doivent se déplacer pour le faire. »

— Une citation de  Jason Allard, de la Sûreté du Québec

Les autorités craignent notamment des glissements de terrain et des fissures dans les fondations.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, y est aussi allé d'une mise en garde vendredi : « Les gens peuvent avoir l'impression qu'ils peuvent rester dans leur maison, qu'ils ont de l'eau, des vivres et du courant [...]. Mais s'ils sont malades et qu'il faut aller les chercher, une urgence médicale, comment on va faire? C'est la question qui nous inquiète un petit peu ».

Pas inondés, mais...

« J’ai de la difficulté à le leur expliquer, peut-être que je m’y prends mal », réfléchit le maire, qui dit comprendre ces gens « prêts à faire n’importe quoi pour défendre leur propriété ».

« C’est parce qu’à l’endroit où ils sont, effectivement, ils ne sont pas dans l’eau » reconnaît Hans Gruenwald. Cependant, en raison des crues, il est impossible d'accéder à leurs propriétés autrement que par la voie des eaux. Par mesure de sécurité, la municipalité de Rigaud interdit actuellement aux particuliers de circuler sur la rivière.

Alors, pour atteindre cette vingtaine de résidents, il faut mettre deux heures, estime le maire de Rigaud. « Ces gens-là prétendent qu'on peut se rendre chez eux dans cinq minutes, c’est pas tout à fait vrai. Chaque fois qu’on veut aller dans ce quartier-là, il faut mettre des ceintures de sécurité, embarquer dans des chaloupes, se rendre jusqu’à l’autre bout ».

« Il y a de l’eau et des contraintes, au point où on est rendus [qu']on ne peut pas leur donner le service que le ministère de la Sécurité publique nous oblige de leur donner. »

— Une citation de  Hans Gruenwald, maire de Rigaud

Ceux qui ne veulent pas partir se voient remettre des avis par lesquels la municipalité les avertit qu'ils s'exposent à des amendes qui vont de 1000 $ à 5000 $.

Un résident de Rigaud trouve cependant que l’approche de la Ville est « ridicule » et trop autoritaire. « Je crois que l’amende est stupide, commente Richard Fournier. Comment pouvez-vous dire à quelqu’un : ''Laissez faire votre maison, perdez-la, sinon nous vous imposerons une amende'' ».

Un tourbillon médiatique peu souhaitable?

Forcer l'évacuation de la vingtaine de résidents récalcitrants aurait aussi entraîné des conséquences au plan médiatique, donnant le mauvais rôle à la municipalité, d'expliquer en substance Hans Gruenwald, qui reproche aux médias de ne dire « seulement qu’est-ce qui vend des journaux ».

De l'avis d'Hans Gruenwald, les résidents déterminés à rester chez eux « sont en train de se servir » des médias. « Et vous embarquez dans le panneau, reproche-t-il. Vous avez pas l’air d’avoir compris dans quel état on est dans le moment. On est dans un état d’urgence ».

L'exemple de Saint-Jean-sur-Richelieu : le pire est à venir

Le maire de Rigaud a rencontré jeudi des représentants de Saint-Jean-sur-Richelieu, où 3000 personnes avaient été victimes de sévères inondations en 2011. Ces intempéries avaient mobilisé plus de 800 soldats et avaient détruit plus d'une centaine de maisons.

L'expérience de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2011 illustre que le plus difficile reste à venir pour les résidents de Rigaud : « Après six ans, les gens sont encore émotifs, raconte Hans Gruenwald. Ils nous ont dit que la partie facile de tout cet exercice-là est passée. La partie difficile s’en vient ».

« La partie la plus délicate d’une inondation, c’est pas quand l’eau arrive, c’est quand l’eau repart. »

— Une citation de  Hans Gruenwald, maire de Rigaud

Des questions de sécurité cruciales

Par exemple, dans le cas d'une résidence à la fois entourée d'eau et inondée de l'intérieur, il ne suffit pas de retirer l'eau à l'intérieur des murs, car, sous la pression, lesdits murs vont s'effondrer. « On ne peut pas aller faire n'importe quoi », implore Hans Gruenwald.

Des examens des puits, des fosses septiques, de la salubrité et du taux d'humidité seront à faire. Afin d'éviter les effondrements, la solidité des structures devra être testée.

« Si on fait tout ça sans qu’il y ait une fatalité, on va avoir gagné », conclut M. Gruenwald, qui dit travailler de concert avec les Forces armées canadiennes pour éventuellement réintégrer les résidents dans leur domicile.

Enfin, des actions sont entreprises vendredi pour rescaper les animaux domestiques qui ont été laissés dans les maisons désertées.

Avec les informations de Laurent Therrien et de Louis de Belleval

 
Avec les informations de CBC

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