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Bombardier répond à toutes les questions de ses actionnaires, même les plus inattendues

L'assemblée annuelle des actionnaires de Bombardier, le 11 mai 2017

L'assemblée annuelle des actionnaires de Bombardier, le 11 mai 2017

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Radio-Canada

Slogans, sifflets, chansons à répondre : l'ambiance était inhabituellement bruyante devant le centre de finition Global de Bombardier, jeudi, à Dorval. Tout un contraste avec l'accueil poli... et les questions parfois étranges des actionnaires réunis à l'intérieur. Récit d'une assemblée hors de l'ordinaire.

Un texte de Jérôme Labbé

« Le sais-tu Bellemare / Qui paye pour ta Jaguar? », chantaient en chœur une cinquantaine de manifestants, rassemblés depuis 9 h devant l'usine.

Un imposant dispositif de sécurité avait été mis en place pour l’occasion. « C’est à cause de la manifestation », a reconnu un agent de Garda, plus loquace que ses collègues.

Les points de contrôle étaient nombreux; le détecteur de métal, obligatoire. Même les bouteilles d’eau étaient interdites.

Manifestement, on avait envisagé que l’assemblée risquait de dégénérer.

Le centre de finition Global de Bombardier, à DorvalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le centre de finition Global de Bombardier à Dorval

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

À l’intérieur, pourtant, l’ambiance était radicalement différente; la grogne, beaucoup moins palpable.

Contrairement aux protestataires – et aux politiciens qui ont dénoncé dans les dernières semaines les hausses de salaire de la haute direction –, les actionnaires de Bombardier ne semblaient pas particulièrement préoccupés par ces augmentations.

Pour preuve, ils ont cautionné la nouvelle politique de rémunération des dirigeants dans une proportion de 93,47 %.

Une assemblée disciplinée

En tout, 800 personnes ont assisté, jeudi, à l’assemblée d’actionnaires la plus attendue de l’année au Québec, y compris de nombreux journalistes. Même ceux du Wall Street Journal s’étaient déplacés pour couvrir l’événement.

Parmi les actionnaires, quelques voix se sont bien sûr élevées pour dénoncer les salaires des grands patrons de l’entreprise, mais la plupart des questions portaient plutôt sur les grandes orientations stratégiques de Bombardier, qui peine à dégager des profits depuis quelques années.

Après tout, la rémunération des patrons – estimée à 32,6 millions de dollars – ne représente qu’une fraction du chiffre d’affaires de l’entreprise, qui a enregistré l’an dernier des revenus de 16 milliards de dollars.

Des membres du conseil d'administration de Bombardier, dont Laurent Beaudoin, Jean Monty et Daniel JohnsonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des membres du conseil d'administration de Bombardier, dont Laurent Beaudoin, Jean Monty et Daniel Johnson.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Assis dans les gradins, derrière un parterre VIP occupé par les membres de la haute direction, les détenteurs d’actions de catégorie B semblaient particulièrement préoccupés par les finances de Bombardier.

« Depuis nombre d’années, tous les actionnaires ici présents, dans la classe B, n’ont reçu aucun dividende », s’est plaint Jean St-Pierre, qui a pris le micro juste avant le vote sur la politique de rémunération.

Si on peut permettre à la haute direction de recevoir tous ces millions-là, c’est qu’il y a de l’argent quelque part!

Jean St-Pierre, actionnaire de catégorie B

« C’est évident qu’à long terme l’entreprise voudra revenir à un dividende », a répondu le président du comité des ressources humaines et de la rémunération, Jean Monty, qui ne s’est toutefois pas engagé à court terme à restituer aux actionnaires une partie de leur capital.

« Ce sera à l’équipe de gestion de prendre la décision en temps et lieu », a précisé celui qui quittera bientôt le C. A. de Bombardier après y avoir siégé pendant 18 ans.

Sa réponse n’a pas semblé rassurer les actionnaires. « Quand pouvons-nous nous attendre à ce que nos actions augmentent, et pourquoi est-ce que ça ne bouge pas? », a demandé Ahmed, qui a pris sa retraite de Bombardier il y a 10 ans.

À l’époque, l’action de Bombardier valait environ 5 $. Aujourd’hui, elle ne vaut plus que 2 $.

Des « voitures volantes »

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président de son conseil, Pierre BeaudoinAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président de son conseil, Pierre Beaudoin.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

C’est en gardant leur sang-froid qu’Alain Bellemare et les autres membres de la direction ont tenté de répondre jeudi à la trentaine de questions qui leur ont été posées.

Certaines, cependant, avaient de quoi faire sourire.

Un actionnaire a notamment revendiqué, deux fois plutôt qu’une, la construction d’une station de métro près des usines de Bombardier dans l’arrondissement de Saint-Laurent; un autre a demandé à la direction si elle entendait investir dans le marché des « voitures volantes »... ce qui a fait rire plusieurs personnes dans l’assistance.

Une entreprise chère au cœur des Québécois

À la sortie de l’assemblée, vers 13 h, plusieurs actionnaires ont néanmoins tenu à souligner leur attachement à Bombardier, et ce, même si leurs investissements dans l’entreprise ne leur rapportent pas autant qu’ils le voudraient.

« Moi, j’admire ce que la famille Beaudoin fait. Je suis fier de ces avions-là », a confié Nicolas Gendron, interrogé dans le stationnement du centre de finition.

Je voulais assister à ça. C’était quand même un moment historique. C’est important, Bombardier! Pour le Québec et pour le Canada.

Nicolas Gendron, actionnaire

Même si Pierre Beaudoin a annoncé tôt jeudi qu’il renonçait à ses fonctions de président exécutif du C. A., la famille Beaudoin-Bombardier continuera de diriger la destinée de l’entreprise grâce à ses actions à droit de vote multiple, qui lui accordent 53 % des droits de vote. Mais combien de temps encore avant qu’elle ne cède à la pression de la rue, de Bay Street, de Québec ou d’Ottawa?

Pour l’instant, le patriarche Laurent Beaudoin et ses enfants peuvent encore compter sur l'appui des actionnaires de Bombardier. Jeudi, les 15 candidats au conseil d'administration pour l'année à venir ont été facilement élus, avec des résultats variant de 92 à 99 %.

« Je souhaite vivement qu’il demeure toujours un actionnaire de contrôle au Québec, et, en l’occurrence, la famille Beaudoin-Bombardier, a déclaré l’actionnaire André Dupont pendant l’assemblée. Et si jamais elle cédait sa part de contrôle, qu’elle veille à ce que celle-ci soit conservée en des mains québécoises. »

Son intervention a été accueillie par des applaudissements chaleureux.

Des actionnaires de Bombardier font la file pour visiter l'intérieur d'un appareil CS300.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des actionnaires de Bombardier faisant la file pour visiter l'intérieur d'un appareil CS300.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

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