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Les Autochtones veulent avoir leur mot à dire en santé

Les participants à la table ronde Indigenous Poeple's Health Services, dans le cadre de la rencontre régionale du WHS à Montréal

Les participants à la table ronde Indigenous Poeple's Health Services, dans le cadre de la rencontre régionale du WHS à Montréal

Photo : Radio-Canada / Lino Cipresso

Radio-Canada

Une réconciliation avec les Autochtones doit passer par l'acceptation de leur leadership et le respect de leurs connaissances ancestrales dans le domaine de la santé. C'est ce qui est ressorti d'un panel présenté cette semaine à Montréal dans le cadre de la rencontre régionale du World Health Summit qui s'est déroulée sous le thème « La santé et la prestation des soins dans les sociétés pluralistes ».

Un texte de Karoline Benoit, d’Espaces autochtones

« Il est essentiel de comprendre l’importance vitale de l’autonomie gouvernementale pour nos nations qui se sont autogouvernées pendant des millénaires avant la colonisation », a clamé le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Il a expliqué aux médecins, chercheurs et représentants gouvernementaux venus de partout au monde pour participer au sommet, à quel point le tissu social des Autochtones a été affaibli par les politiques coloniales du gouvernement canadien.

« Ça fait trop longtemps qu’on est entièrement dépendant d’un gouvernement fédéral qui met en place des politiques qui sont loin des réalités que les communautés vivent. »

Ghislain Picard soutient que même si la plupart des communautés autochtones ont déjà pris le contrôle de la gestion des programmes en santé et en services sociaux, elles ne sont toujours « pas vraiment libres de développer et de mener des services qui correspondent à leur vision du monde et à leur concept de la santé ».

Il croit que l’autodétermination permettrait aux communautés d’établir leurs propres structures administratives et de gérer les fonds en accord avec leurs besoins en santé.

On parle de services essentiels, je pense que c’est important que les communautés aient leur mot à dire.

Ghislain Picard, chef de l'APNQL

Il admet toutefois que la marche est encore haute avant que les institutions non autochtones et les gouvernements n'acceptent un vrai leadership des communautés dans le domaine de la santé.

« On a un rattrapage à faire », dit-il, ajoutant que les communautés doivent « redoubler d’efforts pour assurer que les institutions qu’on veut mettre en place soient à la hauteur ».

Une entente sur la santé pour les Premières Nations du Québec?

C’est dans ce contexte que l’APNQL a entrepris il y a deux ans des pourparlers avec Ottawa et Québec. L’objectif ultime, indique Ghislain Picard, est « de permettre aux communautés d’avoir leurs propres autorités en matière de santé et de services sociaux ».

Le chef estime « qu’il doit donc y avoir un processus d’engagement continu », une entente signée qui vient confirmer l’engagement des parties envers la prise en charge de la santé par les Autochtones.

Il raconte « avoir vu trop souvent des processus où il y a l’engouement politique nécessaire, mais qui s’effrite à l’arrivée d’un nouveau gouvernement ». Le chef espère signer « bientôt » un tel accord politique avec les ministres des deux ordres de gouvernement.

Ghislain Picard à la table ronde Indigenous Poeple's Health Services, dans le cadre de la rencontre régionale du WHS à MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ghislain Picard à la table ronde Indigenous Poeple's Health Services, dans le cadre de la rencontre régionale du WHS à Montréal

Photo : Radio-Canada / Lino Cipresso

La place de la médecine traditionnelle

Sur le chemin vers une réconciliation entre les Autochtones et les non-Autochtones, il y a aussi le respect des connaissances et des pratiques médicinales ancestrales des premiers peuples.

Il y a partout au pays des Autochtones qui pratiquent la médecine à leur façon. Il existe également des cliniques médicales qui intègrent des éléments de médecine traditionnelle.

C’est notamment le cas à la clinique Juddah’s Place, dans la réserve de la communauté des Six Nations, en Ontario.

« La médecine occidentale n’est pas assez complète, nous avons besoin de nos propres connaissances, de nos propres pratiques pour guérir », a affirmé la médecin de famille à Juddah’s Place, Karen Hill, lors du panel.

Ce système de santé nous rend malades.

Karen Hill, médecin à Juddah's Place, Six Nations

L’implantation de ce système s’insère dans une logique coloniale, dénonce-t-elle. « C’était une façon [pour le Canada] de démontrer son autorité sur nous. »

Elle croit qu’il est temps de changer la situation, de ramener les pratiques ancestrales au cœur des soins de santé. Une approche basée sur la guérison physique, mentale, spirituelle et émotionnelle des malades pourrait ainsi réduire l’écart entre les Autochtones et les non-Autochtones en matière de santé.

L’espérance de vie des Autochtones est effectivement plus courte d’une décennie que celle des non-Autochtones, leur taux de diabète est de 3 à 4 fois plus élevé que chez les autres Canadiens, ils souffrent 30 fois plus de tuberculose, un nombre qui monte à 300 pour les Inuits.

Karen Hill sent le poids des responsabilités sur ses épaules. « J’ai une formation en médecine occidentale, alors il y a des pressions pour que je descende de mon piédestal afin de répondre aux besoins des patients de la clinique. »

Une autre médecin présente au panel, Janet Smylie, a également les pieds dans les deux cultures médicales.

Celle qui est l’une des premières médecins métisses au pays a mis sur pied une unité de recherche en santé autochtone à l’hôpital St-Michael’s à Toronto, qui est co-gouvernée par un conseil de grands-parents autochtones.

« Je travaille dans un hôpital catholique, dit-elle, mais j’ai besoin de ces grands-parents pour rester sur la bonne voie ».

Il est primordial de « travailler en harmonie avec les institutions non autochtones », estime Janet Smylie, qui est notamment reconnue pour avoir développé des directives pour les professionnels de la santé qui travaillent auprès des Autochtones.

« Je ne pense pas qu’on doit penser à deux services parallèles, ajoute Ghislain Picard, je crois qu’il doit y avoir une complémentarité ».

Les Métis veulent les mêmes services que les autres Autochtones

Les Métis du Canada n’ont pas accès aux mêmes services en santé que les autres Autochtones. Janet Smylie y voit une grande injustice et s’engage à lutter pour mettre fin à cette « discrimination ».

Les Métis et les Indiens non inscrits sont des « Indiens » au sens de la loi

« Je n’accepte pas la politique de Santé Canada qui dit ne desservir que les Premières Nations qui habitent dans les réserves et les Inuits du Nord ». « Les droits inhérents des Métis sont aussi enchâssés dans la Constitution », rappelle-t-elle.

« Ce n’est pas correct qu’en tant que médecin je puisse prescrire des ordonnances qui seront remboursées à certains patients, mais pas à d’autres », dénonce-t-elle.

Janet Smylie estime que quelqu’un devra aller se battre contre Santé Canada devant les tribunaux pour faire modifier cette politique.

« C’était mon projet de retraite, dit-elle, mais je crois bien que je vais m’y atteler avant ».

 

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