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Les mille et un soucis du chef Ottawa de Manawan

Une rue de Manawan

Une rue de Manawan

Photo : Anne-Marie Yvon

Radio-Canada

Une école qui prend l'eau, une route d'accès en mauvais état, des soins de santé inadéquats, des logements insuffisants, une carence d'équipements de loisir pour les jeunes et l'absence d'un foyer pour les aînés, voilà à quoi ressemblent les problèmes que doit affronter au quotidien le chef Jean-Roch Ottawa de la communauté atikamekw de Manawan. Espaces autochtones l'a rencontré.

Un texte d'Anne-Marie Yvon, d'Espaces autochtones

Je voulais discuter avec la directrice en éducation du Conseil des Atikamekw des problèmes structurels liés à l’école primaire, le chef s’est également présenté à l'entrevue. Ce jour-là, Jean-Roch Ottawa participait à un colloque sur« l’habitation » organisé à l’école secondaire et consacré à la détérioration des lieux publics par les jeunes.

Chef du conseil de bande depuis l'été 2014, le grand gaillard a vite fait de se mettre au travail, les dossiers urgents s'empilant sur son bureau, à commencer par celui de l'école primaire Simon P. Ottawa.

Jean-Roch Ottawa a entrepris depuis plusieurs mois des démarches auprès des instances provinciales et fédérales pour faire avancer les choses, mais il attend toujours.

Le 17 mars 2017, l'école primaire de Manawan est fermée par mesure préventive, des odeurs incommodantes ont été décelées dans le bâtiment.

« Cette situation serait inacceptable dans n’importe quelle autre ville ou municipalité au Canada », avait alors déclaré M. Ottawa. Celui-ci pressait la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, de prendre des mesures immédiates.

Quelques semaines plus tôt, le chef avait d’ailleurs écrit à la ministre à ce propos. Il souhaitait la rencontrer pour discuter d’un projet de nouvelle école primaire. Une demande enclenchée dix ans plus tôt par son prédécesseur et sans cesse rejetée par les fonctionnaires des affaires autochtones qui n’en voyaient pas la nécessité.

L'école primaire Simon P.-Ottawa de Manawan a été construite en 1969.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'école primaire Simon P.-Ottawa de Manawan a été construite en 1969.

Photo : Anne-Marie Yvon

Imaginez le nombre de jours d’école perdus : ça a un gros impact sur la réussite scolaire. Différents facteurs font en sorte qu’on a de la misère à ce que nos 180 jours d’école se fassent.

Et ce n’est qu’une répétition de l’histoire. En 2014, des travaux de décontamination avaient été effectués dans l’établissement scolaire après la condamnation, un an plus tôt, de cinq classes et du gymnase pour cause d’insalubrité.

Déjà, en 2012, les problèmes étaient criants : problèmes de chauffage, de toiture qui coule, sans oublier la moisissure qui infestait les murs.

Le chef Ottawa espère encore un accusé de réception à sa lettre de février. Il veut rencontrer la ministre des Affaires autochtones et du Nord et « lui présenter les évaluations, les devis techniques et pédagogiques et une étude qui montre que l’école actuelle est rendue à une fin de vie », mentionne-t-il.

La part de responsabilité des gouvernements

« J’ai lu la lettre de mandat qui était donné à Mme Bennett par M. Trudeau, précise Jean-Roch Ottawa, et c’était bien indiqué dans la lettre qu’il donnait le mandat à la ministre de faire en sorte qu’il y ait une nouvelle relation qui doit être établie entre les Premières Nations. » Selon lui, tout passe par le dialogue puisqu’il s’agit d’une relation « de gouvernement à gouvernement. »

Mme Bennett nous rétorque souvent d’aller voir les fonctionnaires, mais ce n’est pas les fonctionnaires qu’on veut rencontrer, c’est les élus, c’est les décideurs. Il faut qu’il y ait une reconnaissance de cela quand on parle de nation à nation.

Carolyn Bennett, ministre fédérale des Affaires autochtonesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carolyn Bennett, ministre fédérale des Affaires autochtones

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

« Aucune relation n’est plus importante pour moi et pour le Canada que la relation avec les peuples autochtones. Il est temps de renouveler la relation de nation à nation avec les peuples autochtones pour qu’elle soit fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la collaboration et le partenariat. »

Extrait de la lettre de mandat de la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, signée par le premier ministre Justin Trudeau.

Si l’accusé de réception de la ministre Carolyn Bennett n’est toujours pas arrivé à Manawan, son cabinet a répondu à la demande de précisions d’Espaces autochtones.

En résumé, la ministre Bennett répond que :

-La santé et la sécurité des élèves des Premières Nations sont une priorité pour le gouvernement du Canada.

- Bien que l'analyse de l'état des biens, réalisée par un consultant indépendant, démontre que l'école est en bon état et que sa durée de vie utile restante est de 20 ans, le conseil de bande a mené des études afin d'évaluer les options possibles pour répondre aux besoins de la communauté.

-Le ministère vient de recevoir le rapport de la communauté et nous prenons le temps de réviser les recommandations. Une fois avoir pris connaissance du rapport, AANC organisera une rencontre avec les représentants de la communauté pour discuter des prochaines étapes.

Des urgences touchant les gouvernements fédéral et provincial

Outre les problèmes liés au bâtiment vétuste de l’école primaire, la route d’accès à Manawan amène également son lot de désagréments. Être relié au reste du Québec par un chemin forestier sur une longueur de 86 km est un frein à la guérison et au développement de la communauté, fait remarquer le chef Ottawa.

86 kilomètres de chemin forestier séparent Manawan de la plus proche municipalité, Saint-Michel-des-Saints.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

86 kilomètres de chemin forestier séparent Manawan de la plus proche municipalité, Saint-Michel-des-Saints.

Photo : Anne-Marie Yvon

À Manawan, il n’y a pas de services préhospitaliers d'urgence et pas de services ambulanciers disponibles en 30 minutes. Les personnes malades doivent attendre une ambulance qui mettra 90 minutes à se rendre dans la communauté et tout autant, sinon plus, pour rejoindre l’hôpital le plus proche.

« Une personne peut mourir 5, 6 fois avant d’arriver à l’hôpital », ironise Jean-Roch Ottawa.

Il y a une dizaine d’années, la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Lanaudière avait recommandé d’implanter un service ambulancier dans la communauté, ce qui n’a toujours pas été fait.

« Aujourd’hui, on est en train de se battre encore pour avoir une ambulance », insiste le chef.

La pénurie de logements

Le chef est préoccupé par les conséquences liées au surpeuplement des maisons, le revers de la médaille d'un taux élevé de naissance. Si divers problèmes sont vécus au sein des familles (violence, toxicomanie ou abus sexuels), ils rejaillissent aussi dans la sphère sociale.

Le besoin est grand; 410 logements seraient nécessaires pour juguler cette crise. « C’est sûr que cette année on a eu de bonnes nouvelles, mais c’est encore beaucoup moins que ce à quoi on s’attendait », me dit le chef Ottawa.

La communauté de Manawan a un besoin criant de logements.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La communauté de Manawan a un besoin criant de logements.

Photo : Anne-Marie Yvon

Dix nouveaux logements seront construits. « Çà c’est encore les Affaires autochtones qui nous ont donné ces logements-là, mais on aurait aimé çà être consultés. » Car le conseil de bande réfléchit à des solutions, des programmes comme l’accès à la propriété, par exemple.

On trouve souvent qu’il y a trop de paternalisme du gouvernement.

Entre la jeunesse et la sagesse…

Le chef Ottawa se désole du manque d’infrastructures pour les uns comme pour les autres. Les jeunes ne vont pas tous à l’aréna, spécifie-t-il , la maison des jeunes est désuète, il leur faudrait d’autres lieux pour se retrouver. Ce ne sont pas les idées qui manquent, on pourrait développer un site pour faire du vélo et du patin à roues alignées. Il faut trouver des alternatives pour que les jeunes aient de quoi s’occuper.

À part l'aréna, les lieux de socialisation sont rares pour la jeunesse atikamekw de Manawan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À part l'aréna, les lieux de socialisation sont rares pour la jeunesse atikamekw de Manawan.

Photo : Anne-Marie Yvon

« On a connu un épisode de vandalisme, rappelle le chef, il faut donc occuper les jeunes dans leurs temps libres pour enrayer ce vandalisme. »

La solution passe aussi par les aînés, mais il n’y a pas de maisons des aînés à Manawan. Ceux-ci, s’ils ne sont pas hébergés pas les proches, doivent être placé hors communauté. C’est une perte de transmission de la culture, du savoir, de la langue, dit Jean-Roch Ottawa, qui souhaite les garder dans la communauté. « Ils peuvent aussi s’impliquer dans l’éducation. Ils détiennent le savoir, l’identité, ce sont des passeurs de culture.

Et de conclure, en faisant référence à la Commission de vérité et réconciliation, que les recommandations sont là, mais pas les actions.

On est en mode guérison, on est en mode réconciliation, mais il faut que les gouvernements fassent les actions.

Jean-Roch Ottawa, chef du Conseil de bande de Manawan

Écoutez l'entrevue accordée par le chef Ottawa:

Les mille et un soucis du chef Ottawa de Manawan

 

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