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Une prof qui construit des ponts entre le Sud et le Nord

Murale élèves de Quaqtaq
Murale élèves de Quaqtaq Photo: Radio-Canada / Nancy Breton
Radio-Canada

Nancy Breton nous livre le récit d'une enseignante qui a débarqué au Nunavik et qui découvre un monde nouveau dans son propre pays. Ce monde, elle a voulu le partager par après avec ses élèves du Sud. Voici l'histoire d'une relation entre des jeunes de culture différente qui se construit autour de l'art, une passion universelle.

« Ma culture me sert de tremplin pour aller vers les autres, et la découverte et l’acceptation de l’Autre ont pour condition, la découverte et l’acceptation de moi-même. »

Hannoun, 1987, p.103-104

Par Nancy Breton

Je suis arrivée au Nunavik au mois d’août 2013. J’étais l’étrangère sur la terre inuite, la migrante qui devait tenir compte des particularités de leur milieu. À la suite d’un échange avec le directeur de l’école Isummasaqvik, j’ai obtenu carte blanche pour expérimenter l’enseignement par les arts dans une classe multi de 3e-4e année. Faire vivre de belles aventures aux enfants inuits pour les sensibiliser à leur culture est alors devenu mon objectif.

Apprendre à mieux connaître ces enfants changeants au gré des humeurs, du temps, du vent... pour me faire un portrait qui tient compte de leurs habiletés psychomotrices, de leur motivation, de leur estime de soi (souvent faible face aux « Blancs »), des qualités d’interrelation et des valeurs de chacun. Je me suis efforcée de tenir compte des différences culturelles de mes élèves afin de leur transmettre la fierté de leur histoire et de leur culture.

Un retour au Sud

À mon retour dans les Laurentides, à l’automne 2014, forte de mon expérience au Nord, j’ai eu envie de questionner mes nouveaux élèves, de l’école Saint-Jean-Baptiste de Val-David, sur la connaissance de l’histoire de leur village, la faune, la flore, les artistes qui y habitent et leur goût pour les arts.

J’ai tôt fait de réaliser qu’ils connaissaient peu de chose de leur milieu sur le plan culturel et qu’ils avaient aussi une méconnaissance sur cette partie nord du Québec. Pour l’ensemble, ils n’avaient aucune notion concernant ce territoire ou ce peuple millénaire, sinon pour confondre le Nunavut et le Nunavik, les « Esquimaux » et les Inuits, les Inuits et les Innus.

Au cours des trois dernières années, j’ai travaillé à établir un dialogue interculturel par les arts entre mes anciens élèves de l’école Isummasaqvik au Nunavik et les élèves du 3e cycle de l’école Saint-Jean-Baptiste de Val-David.

Durant plusieurs mois, j’ai déployé des stratégies pédagogiques pour engager les élèves dans l’élaboration d’un travail artistique significatif dans lequel ils avaient l’opportunité de se questionner, d’enrichir et d’affirmer leur identité culturelle et, ensuite, pour s’ouvrir à l’autre avec le projet « Rencontre des nordicités ».

Pour cette troisième année, les élèves ont enfin eu l’occasion de se rencontrer par le volet « à la découverte de soi et des autres » en se déplaçant dans leurs communautés respectives (Quaqtaq-Val-David). Le vernissage de l’exposition a eu lieu le 3 mai à la salle communautaire de Val-David et se poursuivra jusqu’au 4 juin.

Les échanges qu'ossa donne?

Murale des élèves de Val-DavidMurale des élèves de Val-David Photo : Radio-Canada

Parmi les constats que l’on peut faire d’un tel projet, il est clair que la persévérance ressort comme un élément fort, puisqu’aucun élève n’a abandonné et qu’ils ont fait preuve de dépassement à plusieurs niveaux (tant personnel que créatif). Dans ce contexte, chaque difficulté rencontrée a été perçue comme un obstacle à surmonter, une occasion de se dépasser et d’en sortir plus fort.

Motivés par le défi que leur présentaient les élèves du Sud et par la fierté qui les caractérise, les élèves inuits ont redoublé d’efforts pour réaliser des projets personnels et authentiques. La solidarité du groupe a contribué au succès du projet et il était important, lors des retours d’activités de souligner les forces de chacun.

Pour l’ensemble, on peut voir que les élèves transmettent aisément leur savoir; ils font preuve de coopération et non de rivalité. En agissant ainsi, nous favorisons aussi les interrelations entre les jeunes, créant une dynamique d’entraide, de solidarité et de découverte de l’autre. Ils ont développé un meilleur savoir-faire et un meilleur savoir-être.

Les arts : outil pédagogique et d'épanouissement

Nous sommes convaincus que les cours d’arts constituent un excellent moyen pour amener les élèves à apprendre, à s’exprimer et à s’épanouir en société. C’est là un apprentissage qui leur permet à la fois de se sentir valorisés, mis au défi de façon intellectuelle et créative, puis de s’intégrer; une réponse à l’un des besoins les plus criants de notre système d’éducation.

Être une fenêtre sur le monde, un monde où il y a des choix, des possibilités, de la créativité; un monde à découvrir. Explorer le chemin des arts est une expérience qui rend unique. Les êtres fiers de leur identité culturelle se sentent valorisés et sont capables de prendre des initiatives leur permettant de prendre part aux enjeux de la collectivité plus tard.

Une rencontre Nord-SudUne rencontre Nord-Sud Photo : Radio-Canada

Les jeunes créateurs sont riches de réflexions et d’images puisqu’ils sont purs et vivants. Ils méritent notre confiance et notre soutien.

J’avais un rêve, un rêve « fou », de dire certains. Aujourd’hui je suis fière de dire : mission accomplie!

Un tel projet demande un soutien du plus grand nombre de partenaires, car il s’agit d’un projet d’envergure qui pourrait devenir un laboratoire pour toutes communautés allochtones et autochtones qui souhaitent établir un dialogue interculturel où les cultures se rencontrent et collaborent au lieu de coexister.

La société gagnera grandement à exercer un véritable dialogue interculturel, afin de pouvoir percevoir les défis sous de nouveaux angles.

Les êtres fiers de leur identité culturelle, qui se définissent de manière dynamique et relationnelle, sont mieux à même de se sentir valorisés et capables de prendre des initiatives leur permettant de participer aux enjeux de la collectivité plus tard. Pour que la prochaine génération soit capable d’affronter l’avenir avec entrain et confiance.

Établir des ponts entre le Nord et le Sud

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Société