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Vous n'imaginez pas tout ce que les Indiens font dans les salles de cinéma

Radio-Canada

Des spectateurs se jettent sur l'écran pour toucher l'image de leur acteur favori, pendant que d'autres retirent leur tee-shirt et le font tournoyer au-dessus de leur tête. Ce ne sont que deux exemples parmi les scènes d'hystérie et d'adulation auxquelles nous avons assisté à l'occasion de la sortie du plus gros film de l'histoire du cinéma en Inde.

Un reportage de Thomas Gerbet, correspondant en Inde

 

Le claquement des pétards et la fumée qui s'en dégage provoquent un mouvement de foule à l'entrée du cinéma Aurora de Mumbai. Les Indiens ont le don de fêter la sortie d'un film. Jamais je n'aurais pensé qu'ils faisaient aussi exploser des pétards... à l'intérieur de la salle.

Les projections du nouveau film Baahubali ont débuté dès 6 heures le matin. En une journée, plus d'un million de billets ont été vendus. Après 10 jours, le film avait déjà battu le record de revenus générés par une production indienne avec plus de 200 millions de dollars.

Affiche du film « Baahubali 2 »

Affiche du film « Baahubali 2 »

Photo : Radio-Canada

Les salles de cinéma indiennes attirent plus de 2 milliards de spectateurs par année.

Le film Baahubali est projeté dans 6000 salles en Inde et 3000 dans le reste du monde. Il y a quelques semaines, le simple dévoilement de la bande-annonce avait déjà provoqué des scènes d’hystérie dans les cinémas indiens.

Cinéma et idolâtrie

Assister à la projection d'un film en Inde, c'est une « expérience interactive tout à fait unique », raconte la Canadienne Paula McGlynn, qui travaille depuis quatre ans dans l’industrie du cinéma indien.

« Beaucoup vont voir les films trois ou quatre fois, ils apprennent les dialogues par coeur et les récitent tout le long du film [...] L’Inde est un pays qui idolâtre à l’extrême », explique la jeune femme originaire de Vancouver qui a même tenu le rôle principal dans un film après avoir appris la langue locale.

Paula McGlynn

Paula McGlynn, originaire de Vancouver, travaille dans l'industrie indienne du cinéma depuis quatre ans.

Photo : Radio-Canada

Du lait en offrande

En Inde du Sud, l’acteur tamoul Rajinikanth est surnommé la superstar, mais il est encore plus que ça. Les gens ont édifié des temples en son honneur. Et pour lui souhaiter bonne chance à la sortie de ses films, ils jettent du lait et d’autres offrandes sur une gigantesque représentation en carton.

« Les gens, pendant les 15 premières minutes du film, ils dansent et jettent de l’argent et des fleurs sur l’écran », raconte, amusée, l'actrice Kalki Koechlin, une vedette de Bollywood. Née en Inde il y a 33 ans, de parents français hippies, elle a grandi dans ce pays.

Kalki Koechlin

Kalki Koechlin, actrice

Photo : Radio-Canada

À New Delhi, ils sont obsédés par les stars. Là-bas, c’est beaucoup plus difficile pour moi de sortir. Il y a tout d’un coup une foule énorme qui vient de nulle part et on est coincé.

Kalki Koechlin, actrice

Kalki Koechlin est l’actrice francophone qui fait le plus d’entrées en salles sur la planète. « C’est parce que c’est un pays énorme, dit-elle, on a une population énorme en Inde. Et même la diaspora indienne dans le monde entier est énorme. »

Espérer voir son idole

Tous les dimanches, dans le nord de Mumbai, un véritable pèlerinage s'organise devant la maison d’Amitabh Bachchan, un acteur de 74 ans ultrapopulaire. Des centaines de personnes attendent des heures dans l’espoir de l’apercevoir.

« Je le suis depuis toute petite, raconte une femme dans la foule. Il a le même âge que mon père et je l’aime du plus profond de mon coeur. » Après une longue attente dans la chaleur, l’apparition divine survient finalement pour quelques secondes.

Amitabh Bachchan salue ses admirateurs devant sa maison

Amitabh Bachchan salue ses admirateurs devant sa maison.

Photo : Radio-Canada

Pour saisir l’importance du cinéma en Inde, on ne peut pas passer à côté du comédien Shah Rukh Khan. C’est le deuxième acteur le plus riche au monde. Sa fortune est estimée à plus de 800 millions de dollars. Lui aussi apparaît devant sa maison, mais seulement deux fois par année et sur une plateforme spécialement construite.

La qualité des films indiens s'améliore

Shah Rukh Khan apparaît dans les films grand public et commerciaux de Bollywood, ceux qui ont fait le formidable succès de ce cinéma en Inde, mais qui suscitent aussi moqueries et désintérêt en Occident. Sauf que les choses changent. Depuis quelques années, une génération d’auteurs et de cinéastes indiens impose un virage.

Affiche d'un des derniers films de Shah Rukh Khan, sorti en 2017

Affiche d'un des derniers films de Shah Rukh Khan, sorti en 2017.

Photo : Red Chillies Entertainment

« Ça commence à changer, petit à petit, à Bollywood, explique Paula McGlynn. Justement, parce qu’avec Internet, le monde devient de plus en plus petit. Les Indiens ont Netflix et des sources comme ça où ils peuvent voir le cinéma mondial et, donc, ils ont envie de voir autre chose aussi. Des histoires indiennes, mais qui ne sont pas nécessairement bollywoodiennes. »

D'ailleurs, les films indiens voyagent de mieux en mieux. Ils sont très populaires en Russie, au Japon, au Moyen-Orient et en Afrique.

On retrouve aussi dans le cinéma indien moins de copies des films d’Hollywood. Ce sont d’ailleurs ces plagiats qui ont suscité le surnom « Bollywood » dans les années 1970.

À ce propos, il faut préciser qu'appeler tout le cinéma indien « Bollywood » est une erreur. Bollywood, ce n’est que le cinéma en langue hindi, dont le centre de production est à Mumbai. Il y a aussi Kollywood en langue tamoule, Pollywood en pendjabi et bien d’autres. Le film Baahubali par exemple, dorénavant le plus grand film indien de tous les temps, n’est pas de Bollywood, mais de Tollywood, en langue télougou.

Le cinéma en inde

Le cinéma en inde

Photo : Radio-Canada

L’ensemble des cinémas indiens produit aujourd’hui deux fois plus de films que les Américains. Une véritable fierté nationale. Depuis quelques mois, l’hymne national indien est obligatoire au début des séances.

Recommandations de films indiens à écouter

Vous voulez découvrir le cinéma indien, mais vous ne savez pas par où commencer? Voici une liste conseillée par le jeune réalisateur de Mumbai Prince Shah :

  • Apu (trilogie)
  • Pyaasa/Eternal Thirst
  • Bandit Queen
  • The Lunchbox
  • Court

Et voici les recommandations de l'actrice franco-indienne Kalki Koechlin :

  • Court
  • Margarita With a Straw
  • The Lunchbox
  • Gangs of Wasseypur

Et celles de l'actrice canadienne Paula McGlynn :

  • Fandry
  • Court
  • Shala

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