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Où ont frappé les pires inondations au Québec? La réponse en carte

Des inondations printanières au Québec

Des inondations printanières au Québec

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

De par leur étendue, les inondations de 2017 sont sans précédent au Québec. Mais l'effet dévastateur des crues au retour des températures plus douces n'a rien d'exceptionnel. Quelles régions ont été touchées par les plus graves inondations printanières des 30 dernières années? État des lieux.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Depuis 1987, les municipalités québécoises qui ont à divers degrés subi la colère des eaux entre mars et juin se comptent par centaines. Plus de 90 d’entre elles ont même subi des débordements considérés comme importants, voire extrêmes.

« Plusieurs de ces inondations les plus graves se sont produites dans la vallée du Saint-Laurent, depuis l’Outaouais jusqu’en Gaspésie », signale Philippe Gachon, de la Chaire de recherche stratégique sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Il y a eu bien sûr les inondations de 2011, « restées dans la mémoire collective » : c’est la Vallée-du-Richelieu, en Montérégie, qui avait alors payé le plus lourd tribut à cette « crue centenaire », relève M. Gachon.



Mais au fil des décennies, des régions comme celles de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches, de Lanaudière, de la Mauricie ou de l’Estrie ont aussi connu plusieurs inondations printanières importantes.

Les villes de Scott et Sainte-Marie, dans la région de Chaudière-Appalaches, ont même essuyé trois débordements majeurs de la rivière Chaudière, et Saint-Raymond, traversée par la rivière Sainte-Anne, dans la région de la Capitale-Nationale, quatre.

Durement frappées au cours des dernières semaines, Louiseville, où coule la rivière du Loup, en Mauricie, Laval, entre les rivières des Prairies et des Mille Îles, et surtout Rigaud, aux abords de la rivière des Outaouais, en Montérégie, avaient déjà été éprouvées à deux reprises depuis les années 1990.

« Il y a plus d’inondations sévères dans les zones fortement aménagées et urbanisées parce qu’il y a une pression sur les environnements fluviaux plus importante, note Maxime Boivin, chercheur post-doctoral en sciences de l'environnement à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR). Dans ces secteurs, il risque d’y avoir plus d’inondations parce qu’il y a plus de gens qu’en plein coeur de zones inhabitées de la Gaspésie. »

Saint-Jean-sur-Richelieu lors des inondations printanières de 2011

La municipalité de Saint-Jean-sur-Richelieu lors des inondations de 2011

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Cipriani

Des inondations plus étendues cette année

Par le passé, les inondations ont eu en commun d'être relativement circonscrites. Mais dans le cas des crues de cette année, « le bassin hydrographique du Saint-Laurent est affecté au grand complet, depuis la rivière des Outaouais jusqu’à Québec », explique Philippe Gachon.

Cette année, ce qui est exceptionnel, c’est que les inondations sont à la grandeur du sud du Québec.

Philippe Gachon, professeur en géographie à l’UQAM

Les crues des dernières semaines ont inondé à des degrés divers quelque 180 municipalités, davantage que les précédentes. Celles de 2011 en avaient atteint une quarantaine.

Généralement épargnés par les débordements majeurs, le nord de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent, les Basses-Laurentides, l’Outaouais et Montréal doivent eux aussi composer avec d’importantes crues printanières, fait valoir le professeur de l'UQAM.

Le Québec, terreau géographique propice aux inondations

« Quand on regarde les inondations printanières majeures au Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick ressortent toujours », souligne Philippe Gachon. Le bassin hydrographique du Québec est « énorme » et « beaucoup plus important que dans les Prairies », ajoute-t-il.

« Lorsque les crues reliées à la fonte des neiges sont combinées à d’importantes précipitations liquides printanières, les rivières finissent par déborder », précise M. Gachon.

Les accumulations de neige sont d'ailleurs beaucoup plus grandes dans une bonne partie du Québec que dans l’ouest du pays, à l’exception de la Colombie-Britannique. En hiver, Charlevoix reçoit par exemple plus de 380 cm de neige, alors que certaines régions de l’Alberta en reçoivent à peine 20.

« Les précipitations printanières au Québec sont aussi beaucoup plus importantes », précise l'expert. En avril seulement, certaines régions de la province peuvent recevoir une centaine de millimètres de pluie accumulée.

Les accumulations totales de précipitations en avril de 1981 à 2010 sont plus importantes dans l'est du pays.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Données du ministère fédéral des Ressources naturelles adaptées par Philippe Gachon, du département de géographie de l'UQAM

Photo : Philippe Gachon

« La récurrence d’anomalies extrêmes des précipitations entraînant des inondations ou des sécheresses est une composante normale de la variabilité naturelle du climat », indique Philippe Gachon.

Mais le réchauffement climatique risque d'augmenter la variabilité naturelle de notre climat, « déjà élevée », et d'intensifier cette récurrence d'événements extrêmes ainsi que les effets néfastes des inondations printanières, selon lui.

Un effet qui ne se ressent pas partout de la même manière. Les données sur une cinquantaine d'années montrent que les crues printanières sont aujourd'hui moins fréquentes dans l'est du Québec parce que la région reçoit moins de neige qu'avant, nuance Maxime Boivin, ajoutant que ce sont plutôt les crues automnales qui sont en hausse.

L’attrait des cours d’eau pour une population en croissance

En raison de la croissance démographique, notamment depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, davantage de personnes sont exposées aux inondations à l’échelle de la planète, relève M. Gachon.

Selon un rapport de l’ONU, les inondations ont représenté 43 % des catastrophes naturelles entre 1995 et 2015. Il faut dire que l’évolution démographique s’est faite en grande partie le long de rivières, de fleuves ou à proximité des océans, mentionne Philippe Gachon.

Une réalité mondiale à laquelle le Québec n’échappe pas. « Son développement s’est fait essentiellement dans la vallée du Saint-Laurent ou le long des cours d’eau », rappelle l’expert de l’UQAM.

« Il n’y a pas une rivière qui va être plus à risque. Chacune constitue un risque en termes d’érosion et d’inondations, souligne Maxime Boivin. Chaque rivière, naturellement, va déborder chaque année ou à tous les deux ans avec des intensités qui vont varier dans le temps. »

En fait, les rivières les plus à risque sont celles où la population est plus grande.

Maxime Boivin, candidat au doctorat en sciences de l'environnement de l'UQAR

Sans oublier que la vulnérabilité des populations augmente, notamment avec le vieillissement de la population, en particulier au Québec, indique pour sa part Philippe Gachon.

« Les inondations touchent beaucoup plus d’infrastructures, qui ont souvent coûté plus cher qu'avant à construire, et il y a plus de personnes affectées, ajoute-t-il. Les inondations, en particulier les inondations printanières, sont le risque le plus coûteux au Canada. »

« On doit avoir une réflexion pour éviter qu'il y ait de plus en plus de sinistrés au Québec, conclut Maxime Boivin. On a toujours habité le long des cours d'eau parce que c'étaient des voies de navigation importantes. Mais on doit, en tant que société, réfléchir à la façon dont on veut habiter notre territoire dans un contexte où les changements climatiques peuvent emmener des événements plus fréquents comme les inondations des dernières semaines. »

 

Environnement