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Les inondations de 2017 et de 2011 mises en parallèle

Lors des inondations de 2011 en Montérégie, le chef du NPD, Jack Layton, avait visité Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix.
Lors des inondations de 2011 en Montérégie, le chef du NPD, Jack Layton, avait visité Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix. Photo: La Presse canadienne / Graham Hughes
Radio-Canada

Les inondations majeures qui touchent de nombreuses régions du Québec ce printemps ne sont pas sans rappeler celles de 2011 dans la vallée du Richelieu, qui avaient aussi marqué les esprits. Petit comparatif de ces deux catastrophes naturelles historiques.

Un texte de Mathieu Gobeil

En 2011, ce sont près de 4000 personnes qui avaient été touchées dans la région du Richelieu et ailleurs en Montérégie. 2535 résidences principales avaient été inondées et une centaine de maisons, complètement détruites. Le sinistre affectait une quarantaine de municipalités; une dizaine d’entre elles avaient déclaré l’état d’urgence.

Cette année, selon le plus récent bilan, on dénombre plus de 2700 résidences inondées, près de 2000 personnes évacuées et 171 municipalités touchées – essentiellement dans les régions de l’Outaouais, des Laurentides, de Montréal, de la Montérégie, de Lanaudière, de la Mauricie et de la Gaspésie – et une dizaine ayant déclaré l’état d’urgence, dont Montréal.

« La situation actuelle est totalement différente de celle de 2011 », affirme Daniel Dancause, conseiller principal spécialisé en mesures d'urgences chez Prudent Groupe Conseil.

D’abord, les inondations de 2011 étaient concentrées dans un secteur. « On avait des accumulations de neige importantes, surtout dans le Vermont. La fonte rapide des neiges et des précipitations importantes [fin avril], combinées aux grands vents, avaient poussé l’eau dans le lac Champlain, qui s’était ensuite engouffrée dans la rivière Richelieu », rappelle-t-il.

Environnement Canada rappelle que des volumes d’eau cinq fois supérieurs au débit annuel moyen se précipitaient dans la rivière Richelieu. Et fin mai, d’autres pluies et des vents forts ont empiré la crue. Le Richelieu avait atteint un niveau record de 30,7 mètres. La période entre mars et mai avait été la plus humide que la région montréalaise avait connue : les précipitations s’élevaient à 182 % de la normale.

 

La baisse du niveau d’eau avait été très lente par la suite. Des sinistrés avaient dû attendre des semaines, certains jusqu’à la fin juin, avant de retourner à leur domicile, pour constater les dégâts.

Environnement Canada estimait que l’inondation du Richelieu était la pire inondation terrestre que le sud du Québec ait connue au cours de ce siècle et la pire catastrophe naturelle à survenir au Québec depuis le déluge du Saguenay en 1996.

2011 :

  • 40 municipalités sinistrées en Montérégie
  • 11 municipalités en état d’urgence
  • 2535 résidences principales inondées
  • 1651 personnes évacuées (3927 touchées)
  • 800 militaires déployés
  • 320 000 sacs de sable utilisés à Saint-Jean
  • 7000 interventions psychosociales
  • 6000 hectares de terres agricoles inondés
  • 82 millions de dollars de dommages


2017 :

  • 171 municipalités sinistrées dans plusieurs régions
  • 10 municipalités en état d’urgence
  • 2733 résidences principales inondées
  • 1940 personnes évacuées
  • 1650 militaires déployés
  • des dizaines de milliers de sacs de sable utilisés

« Cette année, le bassin versant [touché] est celui de la rivière des Outaouais, la région de Pontiac, un grand territoire. La crue est due à la fonte des neiges combinée à de fortes précipitations répétées dans le dernier mois. Les terres sont gorgées d’eau, il n’y a plus de capacité d’absorption », explique Daniel Dancause. Le niveau de la rivière des Outaouais a d’ailleurs atteint un record le week-end dernier.

Et c’est sans compter les inondations ailleurs, notamment en Mauricie. Philippe Gachon, de la Chaire de recherche stratégique sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques, rappelle lui aussi que le sol dans le sud du Québec est complètement saturé d’eau actuellement. « On a besoin de chaleur, de soleil et d'une absence de précipitations pour assécher le sol et permettre à l’eau de s’infiltrer et de s’évaporer. »

« Quand on a des quantités de neige comme on a eu cet hiver et ce printemps, ça augmente la probabilité d’avoir des crues importantes », poursuit-il.

« Ensuite, moins il y a de séquences de dégel [à la fin de l’hiver], plus on garde la neige au sol, plus elle sera disponible à fondre au printemps, et surtout lorsque toute cette neige fond simultanément avec des précipitations liquides, on augmente la probabilité d’avoir des inondations majeures. »

« Dans les Laurentides, et Charlevoix en particulier, il y a encore de la neige à fondre. Et le sol est gelé. Donc, quand il va dégeler, une partie de l’eau sera larguée dans le système. Il ne faut pas oublier ça », signale M. Gachon.

Gestion de crise

En 2011, la Montérégie au complet avait subi les contrecoups des inondations, que ce soit dans le domaine du tourisme ou encore dans le commerce. Les agriculteurs, eux, avaient vu jusqu'à 6000 hectares de bonnes terres complètement inondées. La production avait été ruinée dans nombre d’endroits.

Des dizaines de millions de dollars ont été versés aux sinistrés du Richelieu.

Les gouvernements avaient été critiqués pour leur gestion de la crise en 2011 mais ont aussi appris de cette catastrophe. Malgré tout, selon Daniel Dancause, le Québec connaît bien les inondations, qui constituent « le pain et le beurre » de la sécurité civile ici.

« Au Québec, on est bons dans les inondations, avec les dégels et les embâcles, chaque année. On a développé une expertise », dit-il, citant la mise en place de services spécialisés comme Hydro Météo et l’installation de caméras et de sondes sur les rivières pour surveiller le niveau des eaux.

« Cette année, le gouvernement fait ce qu’il doit faire, protéger les personnes et l’environnement d’abord », ajoute-t-il.

Il est encore trop tôt pour estimer les dommages qui seront causés aux infrastructures, aux résidences et aux terres agricoles.

 

Les inondations de cette année résultent-elles d’une « crue centenaire? » « Ça fait partie de la variabilité naturelle. Il y a eu des inondations de tout temps. Quand on regarde les données au début du 20e siècle, on a eu des inondations majeures aussi à Montréal », dit Philippe Gachon.

« La différence, aujourd’hui, c’est qu’on n’a pas les mêmes infrastructures. On a surtout beaucoup aménagé les berges, dans la vallée du Saint-Laurent, et aussi en Mauricie, très touchée en ce moment, et en Outaouais. »

« Ça ne veut pas dire qu’autrefois on n’avait pas ce genre de phénomène. C’est simplement qu’aujourd’hui ça affecte beaucoup plus d’infrastructures et le nombre de personnes touchées est plus important. »

« On ne saura pas tout de suite [s’il s’agit d’une crue historique]. Il faut analyser les séries historiques complètes », Mais d'après les données disponibles à l’heure actuelle, c’est une crue exceptionnelle, dit-il.

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