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Un expert répond à vos questions sur les inondations

Radio-Canada

Comment expliquer qu'on se retrouve avec des inondations d'une telle ampleur dans plusieurs régions de l'est du pays? Voici 10 questions qu'ont posées des internautes lors d'une conversation en direct sur Facebook. Décryptage.

Le professeur de géographie Philippe Gachon de l'Université du Québec à Montréal, titulaire de la Chaire de recherche stratégique sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques du Canada, a répondu à vos questions lors du congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas). Voici ses réponses à 10 de vos questions.

1) Qu’est-ce qui se passe actuellement au Québec?

P. G. : L’inondation que l’on voit actuellement est exceptionnelle, puisque ça va de l’Ontario au Nouveau-Brunswick. Ce qui s’est produit cet hiver, c’est qu’il a été pas mal plus chaud que d’habitude dans certains secteurs du Canada. On a eu toutes sortes de soubresauts de la météo.

On a eu beaucoup de neige dans certaines régions, en particulier dans les Laurentides, dans Charlevoix, le Bas-Saint-Laurent et le Centre-du-Québec. On a surtout connu, une fois la phase hivernale de précipitations solides terminée, l’arrivée de précipitations liquides avec des grandes accumulations. Montréal a reçu en avril deux fois la quantité accumulée habituelle durant le mois. Et le mois de mai commence un peu comme le mois d’avril, avec de forts événements avec beaucoup de quantité [d’eau]. Ce cocktail-là a, avec les grandes quantités de neige dans certains secteurs et l’arrivée de la pluie qui fait fondre la neige, favorisé un apport d’eau important.

L’autre facteur qu’il ne faut pas négliger, c’est que nous avons connu un mois de mars plus froid que le mois de février. Cela a maintenu la neige et le gel au sol qui, au moment des précipitations, ont empêché l’eau de s’infiltrer dans le sol, se dirigeant directement vers les rivières et les lacs.

 

2) Quels sont les facteurs principaux qui augmentent le risque d’inondation?

P. G. : Le premier facteur, c'est d'importantes quantités de neige suivies de peu de séquences de dégel. Ainsi, la neige reste au sol, et celle-ci fondra sur une courte période au printemps. Deuxième facteur, cette fonte tardive est jumelée à des précipitations liquides. Cela multiplie la probabilité d’avoir des crues et des inondations majeures.

3) Le manque de soleil dû au ciel voilé a-t-il contribué au manque d’évaporation naturelle de la neige en fin d’hiver?

P. G. : Oui, tout à fait. Il ne faut pas oublier que la neige ne fait pas seulement passer de l’état solide à liquide. Elle s’évapore également. Donc, l’absence de températures élevées et de soleil a fait en sorte qu’une partie du manteau neigeux est resté au sol et est disponible aujourd’hui pour la fonte.

4) Est-ce que les inondations que l’on vit actuellement sont dues aux changements climatiques?

P. G. : C’est toujours très difficile de prendre un événement isolé et d’en faire un élément d’une tendance de fond. Si on regarde ce qui s’est produit, on a eu un hiver plus chaud que d’habitude, une bonne quantité de neige accumulée, des arrivées de précipitations liquides importantes. Ce cocktail-là est quelque chose qui ressemble à une tendance de fond sur des phénomènes que l’on risque de voir un peu plus dans le futur.

Faut pas oublier une chose : le changement climatique, ce n’est pas juste une augmentation monotone des températures. Il peut y avoir des soubresauts, des arrivées de dégel très intenses au mois de février, puis un retour du froid.

5) Il y a quelques années, c’était au Richelieu, et aujourd’hui c’est dans d’autres régions. Comment peut-on l’expliquer?

P. G. : Pour le Richelieu, c’était un petit peu la même chose. On avait eu dans le sud du Québec beaucoup de neige, notamment dans les Appalaches avec huit mètres d’accumulation. Cette neige-là était restée au sol parce qu’on n’avait pas eu beaucoup d’alternance de dégel. Puis est arrivé le mois d’avril avec de grandes quantités de précipitations liquides jusqu’à la mi-mai. Donc, cette précipitation liquide a favorisé évidemment la fonte de la neige extrêmement rapide, ce qui a fait gonfler le lac Champlain et la rivière Richelieu. Dans ce cas-là, c’était beaucoup plus circonscrit au sud du Québec.

6) Pourquoi n’y a-t-il pas d’inondations dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu comme en 2011?

P. G. : Le Richelieu connaît encore un niveau d’eau très élevé, le lac Champlain aussi. On est moins à risque dans la vallée du Richelieu parce que la neige dans les Appalaches a fondu. Là, c’est juste l’apport des précipitations qui peut faire gonfler la rivière.

7) Certaines régions sont bordées par des grands lacs, comme le lac Saint-Jean. Est-ce que ces régions-là sont plus à risque que des endroits près du fleuve Saint-Laurent?

P. G. : Vous vous rappelez l’inondation du Saguenay en 1996. On a tiré des leçons de ces inondations. On a organisé, notamment avec Alcan et Hydro-Québec, une meilleure gestion des eaux qui arrivaient au lac Saint-Jean et qui ensuite se retrouvaient dans le Saguenay. Il y a des barrages qui ont été construits pour faire de la rétention d’eau. Donc, il y a une espèce de gestion intégrée des crues à ce niveau-là.

Ce qui est particulier au Saint-Laurent aussi, puisque le fleuve est également régulé. On a plusieurs barrages, des Grands Lacs jusqu’à Montréal. Ils régulent le niveau des Grands Lacs et une partie du débit du fleuve. Le problème, c’est qu’on est pris cette année avec de l’eau partout. Tout déborde. Le lac Ontario est en train de déborder. C’est l’ensemble du système qui a besoin d’évacuer l’eau.

8) Qui est l’organisme qui décide du débit des différents barrages?

P. G. : Hydro-Québec a la responsabilité de gérer ses parcs, mais tout ça se fait d’une façon coordonnée, notamment avec le ministère de la Sécurité publique. Dans le cas du fleuve, il y a la Commission mixte internationale, le Canada et les États-Unis qui se parlent en permanence.

9) Est-ce qu’il existe une carte hydrographique disponible gratuitement pour les citoyens qui désirent suivre l’évolution de la crue des eaux d’heure en heure?

P. G. : Le site de la Sécurité publique du gouvernement du Québec permet de voir pour l’ensemble du Québec les rivières qui sont en inondation (Nouvelle fenêtre). Vous voyez aussi le niveau d’eau et les débits. Le site fournit une information mise à jour plusieurs fois par jour.

10) Est-ce que nos puits et nappes phréatiques pourraient être affectés par ces inondations?

P. G. : Dans certains secteurs, oui. Les sols peuvent être contaminés parce que toutes sortes de matériaux comme des huiles, des pesticides ou des engrais peuvent se retrouver dans l’eau. Les nappes peuvent aussi être touchées par les nitrates et phosphates.

 

Science