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Emmanuel Macron président : austérité et libéralisme au programme?

Emmanuel Macron s'adresse à ses partisans devant le Louvre, à Paris, le 7 mai 2017.

Emmanuel Macron s'adresse à ses partisans devant le Louvre, à Paris.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

Gérald Fillion

ANALYSE - À chaque débat et à chaque entrevue que j'ai vus et entendus durant la campagne à la présidentielle française, Emmanuel Macron a répété, réitéré, souligné à grands traits qu'il entendait mener à bien son projet, qui s'appuie sur une réforme du droit du travail et sur le contrôle des finances publiques. Emmanuel Macron a gagné, avec un bon score, à 66 %. Il sera président de la République française. Mais ce serait une erreur de croire que les Français adhèrent massivement à son projet.

Bien sûr, quantité de Français sont d’accord avec lui et avec ce qu’il propose. Mais il faut se rappeler qu’au premier tour, 41 % des gens ont voté pour des candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui rejettent les accords de libre-échange, la mondialisation et une bonne partie de l’adhésion de la France à l’Union européenne.

Le taux de participation à ce deuxième tour est le plus faible depuis 1969, il est particulièrement bas chez les jeunes et les chômeurs. Et pour la première fois de son histoire, le Front national est allé chercher plus de 10 millions de voix. Les 34 % de votes obtenus par Marine Le Pen dépassent largement les 18 % de son père Jean-Marie Le Pen en 2002. Ainsi, aujourd’hui, le tiers des Français donnent leur confiance à un discours de repli et de fermeture, teinté de xénophobie et de rejet.

Emmanuel Macron ne peut pas ignorer ça. Son discours au Louvre, dimanche soir, démontre qu’il en prend conscience. « Je veux avoir un mot pour ceux qui ont voté pour Mme Le Pen, a dit le président élu. Ils ont exprimé une colère, un désarroi, parfois des convictions. Je les respecte, mais je ferai tout pendant les cinq années qui viennent pour qu'ils n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. »

Pour y arriver, Emmanuel Macron devra se convaincre que son programme, axé en partie sur l’austérité et le libéralisme économique, doit être modifié. Dans sa forme actuelle, il représente une continuité d’actions qui ont participé à la montée de la colère et de la frustration, et au résultat historique du Front national et de Marine Le Pen.

La réalité de l'austérité

Surtout, les huit dernières années sont riches d’enseignement sur les insuccès des mesures d’austérité.

Ce ne sont pas les compressions budgétaires, les hausses d'impôt et les suppressions d'emplois qui stimulent l'économie. Ce sont bel et bien des injections massives de milliers de milliards de dollars dans l'économie qui ont relancé la croissance aux États-Unis. En réalité, depuis la crise de 2007-2009, la période économique la plus difficile aux États-Unis est associée à une tentative de plafonnement des dépenses publiques en 2011.

Et que dire des programmes d’austérité imposés par les instances européennes et internationales à la Grèce, au Portugal et à l’Espagne. L’ancien économiste en chef du FMI Olivier Blanchard a reconnu que les effets néfastes de l’austérité avaient été sous-estimés. Et aujourd’hui, la directrice du FMI Christine Lagarde prône des investissements dans les économies avancées et non des restrictions dans les dépenses, message qu’elle est venue livrer à Ottawa l’an dernier. Faut-il le rappeler, Christine Lagarde est issue de la droite française, elle a été la ministre de l’Économie de Nicolas Sarkozy.

Il est donc hasardeux de voir Emmanuel Macron mettre l’accent, dans son programme, sur des économies de 60 milliards d’euros dans les finances publiques en cinq ans. Pour y arriver, il parle de « modernisation » de l’État, un mot-valise qui veut dire compressions, suppressions d’emplois et productivité, ce qui en soi n’est certes pas une mauvaise chose. Il propose de réduire le nombre de postes dans la fonction publique de 120 000. Pour réaliser ses économies, il vise l’assurance chômage, l’assurance maladie et les collectivités locales.

De la contestation en vue

De plus, s’il semble être admis que l’encadrement du travail est rigide pour les entreprises en France, il est clair que le projet d’Emmanuel Macron suscitera rapidement de vives protestations chez les travailleurs. Le nouveau président privilégie les accords de travail dans les entreprises et non plus par secteur, par branche, comme on le dit en France.

Ce système d’accords dans les entreprises ressemble au nôtre au Canada. Nous avons des normes du travail, qui doivent être respectées, et nous avons des conventions collectives qui sont négociées dans certaines entreprises. En France, en ce moment, ce sont des accords de branches qui sont négociés et qui permettent aux salariés, aux syndicats et aux entreprises d’un même secteur de fonctionner selon les mêmes modalités et avantages.

En décentralisant ces négociations par entreprise, Emmanuel Macron cherche à attiser le feu de la concurrence entre les sociétés et à donner plus de flexibilité aux entreprises, notamment sur le temps de travail. Officiellement, en France, une semaine de travail est fixée à 35 heures. Mais les négociations par entreprise pourront permettre d’établir de nouvelles durées du temps de travail pour les salariés.

Élection présidentielle française  

La clé : faire reculer le chômage

Alors, oui, Emmanuel Macron doit maîtriser les finances publiques, nous sommes d’accord. Mais il doit se servir des exemples qu'on a pu observer dans les dernières années et des expertises disponibles sur les effets néfastes de l’austérité pour ajuster son message et son projet.

Et, oui, Emmanuel Macron doit trouver des solutions pour mieux faire fonctionner le monde du travail en France. Mais, encore là, ses actions, qu'il semble vouloir lancer rapidement, ne doivent pas être contre-productives et faire monter davantage les clivages dans la société française.

La France emprunte à très faibles coûts dans les marchés parce qu’elle a la confiance des investisseurs. Le taux obligataire 10 ans est à 0,83 %. La France n’a pas besoin d’offrir un intérêt élevé pour emprunter sur les marchés, contrairement à la Grèce, au Portugal ou à l’Espagne.

C’est le chômage qui doit devenir une fixation, sur le plan économique, pour le nouveau président de la République. Fin 2016, le taux de chômage en France était de 9,7 % et de 23,3 % chez les moins de 25 ans. C’est en faisant baisser ces taux que le président Macron pourra rassembler, reconstruire la confiance, faire croître l’économie française et améliorer le sort de ses concitoyens.

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