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Cinq questions sur la France d'Emmanuel Macron

Le nouveau président de la France Emmanuel Macron et sa conjointe Brigitte Trogneux accueillant la victoire devant les partisans réunis au Musée du Louvre.

Le nouveau président de la France Emmanuel Macron et sa conjointe Brigitte Trogneux accueillant la victoire devant les partisans réunis au Musée du Louvre.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Après sa victoire lors du deuxième tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron doit désormais gouverner une France traversée par de multiples fractures. Outre la précieuse majorité parlementaire qu'il se doit de décrocher en juin pour faire avancer son programme, le nouveau locataire de l'Élysée fait face à de nombreux défis, explique notre correspondant à Paris Jean-François Bélanger.

1. Quelle sera la priorité du nouveau président français?

C’est difficile de savoir quelle sera la priorité du nouveau président parce qu’il y a tellement de choses qui doivent se faire avec une égale urgence - pêle-mêle, le chômage, la dette, la grogne sociale, le terrorisme, le Brexit.

Mais dans un premier temps, Emmanuel Macron devra constituer son équipe dirigeante. Il doit se choisir un premier ministre et former un gouvernement, et il doit faire vite, parce que la passation des pouvoirs aura lieu dimanche prochain, le 14 mai.

Une fois en place, il devra se ranger en ordre de bataille en prévision des législatives, le 11 [premier tour] et le 18 juin [deuxième tour] prochain. Or, il n’a pas vraiment de parti, puisque son mouvement En Marche! n’est que ça, un mouvement.

C’est une chose que de faire élire un homme qui se présente bien médiatiquement, qui a joué la carte de la jeunesse, et, surtout, qui a profité de la division des autres partis, de la faiblesse du Parti socialiste et du tort que François Fillon a causé au parti gaulliste de droite, Les Républicains.

C'en sera une toute autre de faire élire une majorité de députés à l’Assemblée nationale.

Il y 577 députés à l’Assemblée et il lui faudrait en faire élire 289 sous sa bannière pour avoir les coudées franches pour gouverner comme il veut.

C’est loin, loin, loin d’être gagné.

D’autant plus qu’il a dit qu’il était prêt à accueillir des gens d’autres partis - de gauche et de droite - à la condition qu’ils abandonnent leur parti pour le rejoindre - un dilemme, d'ailleurs, pour l’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls qui l’a appuyé à plusieurs reprises.

Autre difficulté en prévision des législatives, Emmanuel Macron a indiqué qu’il entendait renouveler le visage de la politique française en présentant de nouvelles têtes, il s’est d’ailleurs fait élire là-dessus. Il souhaite que la moitié de ses candidats soient de nouveaux venus, des candidats issus de la société civile. Il ne sera toutefois pas facile de les faire élire, puisqu’ils ne sont pas connus.

Il devra également être prudent dans le choix des anciens députés – de gauche et de droite - qu’il entend garder, puisqu’il y a une volonté claire de changement en France.

2. L’élection ayant chambardé la carte politique, qui incarnera désormais l’opposition en France?

Il est clair que Marine Le Pen se voit dans ce rôle. Le discours qu’elle a tenu hier n’était pas un discours de perdante, c’était un discours triomphaliste. Elle parle de modifier l’image du Front national, de réformer le parti, d’élargir [sa base] et de tendre la main à d’autres partis. Elle a passé un accord avec le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan.

C’était la première fois que le Front national faisait une alliance avec un autre parti.

Marine Le Pen voudra profiter de la déroute des Républicains, qui sont vraiment en crise après l'échec de François Fillon. Elle tentera de profiter de cette situation pour se positionner comme l’opposition officielle, mais elle ne sera pas seule à le faire.

Marine Le Pen, présidente du Front nationalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marine Le Pen, présidente du Front national

Photo : Reuters

Jean-Luc Mélenchon, qui a profité de la faiblesse du Parti socialiste, se voit aussi comme l’opposition.

Ce dernier a refusé d’appuyer Emmanuel Macron lorsqu’il a été éliminé au premier tour, en mettant déjà le cap sur les élections législatives.

Son discours de dimanche se voulait d'ailleurs un appel à résister au monarque républicain – c’est comme ça qu’il l’a appelé - lors des législatives.

Du côté des Républicains, peu importe qui prendra la direction du parti, il aura fort à faire pour rassembler les troupes, tenter de mener le combat et faire renaître ce parti qui a été amoché au cours de la présidentielle.

Mais comme Emmanuel Macron tendra la main à ces gens-là, il la tendra aussi aux socialistes, ce qui aura pour effet de transformer complètement le paysage politique français. Ce n’est qu’au soir du deuxième tour des élections législatives françaises qu’on aura une idée plus claire de ce paysage politique français.

Une chose est certaine, cette élection vient sceller la fin du bipartisme entre les deux partis traditionnels – dits de gouvernement – qui ont été au-devant de la scène politique depuis 1974.

3. Quelle est l’importance des législatives?

C’est la clé du pouvoir. Le président a beau avoir beaucoup de pouvoir, il va devoir, s’il veut mettre en place ses réformes, disposer d’un parlement qui l’appuie.

Si on se retrouve en situation de cohabitation - comme ce fut le cas sous Jacques Chirac en 1995, qui s’était retrouvé avec un gouvernement socialiste peu après son élection - ça limite beaucoup les pouvoirs du président.

Alors, il devra échafauder des alliances de circonstance pour chaque loi qu’il voudra faire adopter. Il devra se livrer chaque fois à une opération de séduction. Ça se voit dans d’autres pays, comme l’Italie et Israël.

Le nouveau président pourrait aussi réaliser une alliance plus formelle et durable avec un parti centriste ou un plus petit parti.

Ça pourrait lui permettre de gouverner sans avoir à marchander à chaque nouvelle mesure qu’il introduit au parlement.

Mais il est clair que c’est la clé de la réussite, ou non, de son quinquennat. S’il n’a pas l’Assemblée nationale derrière lui, il ne pourra pas accomplir grand-chose.

4. Son programme n’a pas fait l’unanimité pendant la campagne. Qu’est-ce qui attend vraiment le nouveau président?

Une chose est sûre, c’est qu’Emmanuel Macron ne va pas bénéficier d’une période de grâce.

Barack Obama, aux États-Unis, et Justin Trudeau, au Canada, ont bénéficié d’une longue période de grâce où on laisse le nouvel élu s’installer.

Emmanuel Macron, quant à lui, a tout un tas de gens qui l’attendent au tournant.

Il n’y a qu’une minorité de Français qui ont voté pour lui. Son résultat du premier tour est le meilleur indicateur de son soutien populaire. C’est même probablement moins que ça, puisqu’il y a des gens qui ont voté stratégiquement dès le premier tour pour éviter de se retrouver avec un duel Fillon-Le Pen au deuxième tour.

Donc, il représente peut-être 20 % des Français. Les autres, il devra les convaincre.

Une citation de : Jean-François Bélanger

Or, il y a une colère en France qui a été attisée pendant la campagne électorale, notamment par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mais une colère qui est bien réelle. Il y a une grogne liée à l’importance du chômage, il y a un malaise social, il y a une crise de confiance à l’égard de l’Europe. Il va hériter de tout ça et il n’aura pas de période de grâce.

Les chauffeurs de taxi lui ont un peu déclaré la guerre parce qu’ils le tiennent pour responsable de l’arrivée d’Uber en France. Ils tiendront d’ailleurs une manifestation avant même son arrivée officielle au pouvoir. Il en va de même pour le mouvement Nuit debout, un mouvement proche de Jean-Luc Mélenchon, qui réclame l’abrogation de la Loi travail, mal accueillie en France.

En campagne électorale, M. Macron a écarté tout retour en arrière sur la Loi travail. Il considère essentiel de réformer le Code du travail afin d'être plus flexible pour lutter contre le chômage.

5. Est-ce que le haut taux d’abstention élevé entache sa légitimité?

C’est une victoire assez nette contre le Front national. Il a pratiquement obtenu le double de votes par rapport à Marine Le Pen. Cela dit, on note un niveau record d’abstention – avec 25,4 % - dans cette élection. Il faut remonter à 1969 pour trouver un niveau d’abstention (31 %) similaire.

En tenant compte des votes blancs et nuls, il n’y a que 44 % des Français qui l’ont élu.

De plus, nombre électeurs qui ont voté pour lui l’ont fait par défaut. Près de la moitié (43 %) des gens qui ont voté pour lui disent l’avoir fait en se disant : « tout sauf Marine Le Pen ».

Sa légitimité sera un peu mise à mal.

Une citation de : Jean--François Bélanger

En outre, il y a 10,6 millions de Français qui ont voté pour un parti d’extrême droite. Ça ne s’était jamais vu. C’est un record absolu et il devra composer avec ça.

Il ne peut pas ne pas entendre la colère. Il l’a dit dans son discours et il a prévenu ses électeurs que la tâche sera difficile.

Il a déjà dit que son chantier prioritaire serait de réconcilier les Français. C’est probablement son plus gros défi.

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