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Grossesse multiple : supprimer un embryon pour assurer la santé des autres

Un embryon humain
Un embryon humain Photo: iStock
Radio-Canada

Au moment où les grossesses multiples sont de plus en plus fréquentes au Canada en raison du recours accru à la procréation assistée, des chercheurs britanno-colombiens recommandent aux médecins d'informer les parents des risques et des avantages de la réduction embryonnaire, qui consiste à supprimer des embryons au cours d'une grossesse multiple.

Un texte de Fanny Bédard

Ils font ces recommandations dans une étude publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ) lundi, qui conclut également que la réduction embryonnaire entraîne la naissance de bébés généralement plus près du terme et de moins petite taille.

« Nous n’avons pas été capables de montrer une différence pour le taux de mortalité entre les cas de réduction du nombre d’embryons et les autres. Mais nous avons été capables de montrer des différences dans les complications, notamment chez les femmes qui ont eu des grossesses multiples après une procréation assistée », soutient KS Joseph, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et coauteur de l’étude.

Grâce à des technologies récentes, le médecin peut offrir aux femmes de faire passer le nombre de fœtus qu’elles portent de trois à deux ou de quatre à deux (...) ou encore de deux à un.

KS Joseph, professeur à l'UBC

Les chercheurs se sont intéressés à l’issue de toutes les naissances en Colombie-Britannique entre 2009 et 2013 et ont comparé les résultats pour les femmes qui ont eu recours à une réduction embryonnaire dans les cas de grossesse multiple à ceux de mères qui n’en ont pas subi. Sur 208 827 femmes qui ont donné naissance durant cette période, 95 ont opté pour la procédure.

Les auteurs soulignent toutefois une inconnue : ils ne savent pas combien d’embryons portaient les futures mères quand elles ont décidé d’opter pour la réduction embryonnaire. Ils peuvent néanmoins affirmer que, sur les 95 mères qui ont eu recours à la procédure, 45 ont donné naissance à des jumeaux, et 50 à un seul enfant. Sans considérer qu’il s’agit d’une limite à l’étude, KS Joseph soutient également qu’il leur était impossible de savoir si les embryons féminins ont été davantage éliminés que les embryons masculins.

La procédure est effectuée autour de 10 à 11 semaines de grossesse, selon le chercheur. L’étude leur a permis de déterminer que les femmes qui ont recours à cette interruption sélective avaient plus de chances d’être plus âgées (35 ans et plus), d’avoir un statut économique plus élevé et d’avoir eu recours à la procréation assistée.

Le saviez-vous?

Au Québec et en Ontario, sauf exception, les programmes de procréations assistées financés par l'État ne permettent l'implantation que d'un seul embryon pour éviter les grossesses multiples plus risquées.

Comment choisir l’embryon ou les embryons à éliminer?

KS Joseph explique que les médecins recommandent aux parents de retirer l'embryon qui a les moins bons pronostics. « Dans certaines situations les bébés ont l’air identiques et dans ce cas la décision est aléatoire, les parents peuvent prendre la décision eux-mêmes », mentionne-t-il.

C’est un sujet difficile parce qu’il est complexe. Il n’y a pas de réponse simple. Notre société permet ces procédures et les patients doivent choisir et ce n’est pas une décision facile pour eux.

KS Joseph, professeur à l'UBC

Une procédure profitable dans une optique médicale

Pour le chercheur, d’un point de vue médical, la réduction embryonnaire est avantageuse. « Le nombre de grossesses multiples a augmenté au pays et dans d’autres pays riches au cours des dernières années. Le problème est que ces grossesses sont associées à un nombre plus élevé de complications. La période de gestation lors de ces grossesses ne dure pas 40 semaines et mène à des complications pour les mères et les bébés, mais surtout pour les bébés qui sont trop petits », précise-t-il.

Il reconnaît toutefois que les parents qui choisissent d’aller de l’avant avec la réduction peuvent être hantés par leur décision par la suite.

Les parents peuvent se sentir endeuillés à la suite d'une réduction. Si on réduit une grossesse de triplés vers une grossesse gémellaire, on perd dans les faits un bébé. Alors ils peuvent éprouver des regrets ou de la culpabilité par rapport à ça.

KS Joseph, professeur UBC

« Dans les pays développés, c’est une procédure qui est offerte aux parents qui peuvent décider selon leurs propres croyances et valeurs. D’un côté, même si on décide de ne rien faire, lors d’une grossesse de triplés ou de quadruplés, on peut pratiquement être certain qu'il y aura des problèmes variés. Ces problèmes seront moindres si on convertit ces grossesses multiples en grossesses gémellaires », dit KS Joseph.

Il ajoute que l'étape suivante pour cette recherche serait de faire une étude canadienne plus large pour avoir une meilleure vue d’ensemble.

Colombie-Britannique et Yukon

Grossesse