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L'avenir du projet Chaleur Terminals est incertain

Des wagons citernes.
Un train transportant du pétrole Photo: Radio-Canada/Étienne Dumont

Le projet de l'entreprise Chaleur Terminals, qui vise à transporter du pétrole par train de l'Alberta au Nouveau-Brunswick, est retardé. Radio-Canada a appris que la compagnie était encore à la recherche de clients et n'avait toujours pas signé d'entente commerciale avec le Canadien National.

Un texte d’Édith Drouin

La construction du terminal pétrolier à Belledune au Nouveau-Brunswick, prévue au début de l’année 2017, n’est toujours pas commencée. Chaleur Terminals a pourtant obtenu un permis pour y construire 12 réservoirs de pétrole en 2015.

La compagnie affirme que les délais sont liés aux « conditions du marché ».

L'entreprise est à la recherche d’entreprises pétrolières intéressées à faire transporter leur pétrole par train vers le terminal pétrolier depuis au moins un an.

De son côté, le Canadien National (CN) confirme qu’aucune entente commerciale n’a été signée avec la compagnie. Cette dernière prévoyait transporter 220 wagons de pétrole par jour de l'Alberta vers le Nouveaux-Brunswick sur les rails du CN dans la première phase de son projet.

Carte des chemins de fer du Canadien National au Québec et au Nouveau-Brunswick.Carte des chemins de fer du Canadien National au Québec et au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada

Les communautés micmaques de la Gaspésie ont également déposé deux poursuites contre le projet. La première a été rejetée par une cour du Nouveau-Brunswick et la deuxième vient tout juste d’être abandonnée.

Le projet de Chaleur Terminals est-il viable ?

Le prix du pétrole est actuellement trop bas pour justifier son transport par train, selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

Selon ses estimations, le transport par train d'ouest en est du pays pourrait coûter entre 20 $ et 30 $ le baril. Or, le prix de la ressource se situe actuellement à plus ou moins 50 $ le baril et le coût de production des sables bitumineux en Alberta se situe entre 30 $ et 40 $ le baril.

Un oléoduc (archives)Un oléoduc (archives) Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

En comparaison, l'expert indique que le transport par pipeline coûte de deux à trois fois moins cher.

Il en conclut que le projet a été conçu lorsque le prix du pétrole était plus élevé et qu'il serait peu probable que le prix connaisse une augmentation assez durable pour qu'il soit viable économiquement.

Je suis étonné du fait que ce dossier-là revienne, parce que véritablement [...] il pourrait ne jamais être d’actualité. À court terme je vois très mal la compagnie relancer le projet de façon très active.

Pierre-Olivier Pineau, professeur HEC Montréal, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie

Le nombre de wagons-citernes qui transportent du pétrole au Canada est actuellement inférieur à ce qu'il était lors de la tragédie du Lac-Mégantic. Le pétrole est acheminé principalement par pipeline.

Des approvisionnements canadiens auraient toutefois été bénéfiques pour le secteur pétrolier, selon le professeur. La plus grande raffinerie du Canada, celle d’Irving à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, importe son pétrole du Moyen-Orient.

À l’inverse, Chaleur Terminals souhaitait exporter le pétrole canadien ailleurs au pays et à l’international.

La raffinerie Irving Oil, à Saint-Jean, au Nouveau-BrunswickLa raffinerie Irving Oil, à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick Photo : Radio-Canada / Michele Brideau

De son côté, Patrick González, professeur d’économie à l’Université Laval, confirme qu’il coûte plus cher de transporter le pétrole par train, mais indique que cette méthode est plus rapide et plus souple. Il explique plutôt la stagnation du projet par le fait qu’il est moins attirant de déplacer du pétrole lorsque son prix est bas.

C’est sûr que les opportunités de faire beaucoup d’argent en déplaçant du pétrole qui viendrait de l’autre bout du pays pour l’envoyer à travers les mers ou ailleurs [...] sont peut-être moins fortes, ça c’est certain.

Patrick González, professeur d’économie à l’Université Laval

Il ajoute que le nerf de la guerre pour une entreprise comme Chaleur Terminals est de se trouver un carnet de commandes ferme, et que le projet n’ira probablement pas de l’avant tant que cette étape ne sera pas franchie.

Le professeur précise toutefois que d’avoir trouvé un endroit à partir d'où il est possible d’exporter, comme un port en eau profonde, a une certaine valeur puisqu’il n’y en a pas beaucoup. Une entreprise confrontée à un trop plein de pétrole dans le réseau de pipelines pourrait être tentée d’utiliser le projet de Chaleur Terminals comme transport d’appoint.

Bas-Saint-Laurent

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