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France : Macron grand favori… sans enthousiasme

Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Photo : Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le second tour de la campagne présidentielle en France s'achève dans un climat de haute tension, entre la victoire annoncée du centriste Emmanuel Macron et la colère d'une forte minorité qui s'est exprimée dans le vote pour la gauche et la droite radicales au premier tour (plus de 40 % de suffrages combinés pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril).

Une analyse de François Brousseau

Cette colère n’empêchera probablement pas « le candidat de la mondialisation sauvage » (dixit Marine Le Pen) de l’emporter le 7 mai. Mais elle annonce, pour le probable futur président Macron, des lendemains difficiles, avec une victoire « par défaut » plus que par adhésion à un programme positif.

C’est une France divisée qui se rend aux urnes dimanche, « explosée » en quatre blocs politiques quasiment égaux. Une France qui a tourné le dos aux forces traditionnelles de la gauche et de la droite, pour mettre en avant une candidate incarnant l’extrême droite plus ou moins « réformée », et, face à elle, un animal politique nouveau, centriste, pro-Europe et promarché, sorti du néant et catapulté au premier plan en deux ans à peine.

L’inconnue de l’abstention

Au premier tour, quatre candidats ont fait grosso modo un cinquième des voix chacun, sauf Macron, arrivé en tête avec 24 %. Question cruciale issue du premier tour : que feront dimanche les conservateurs traditionalistes qui ont soutenu François Fillon (20 %) et les électeurs de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon (19,5 %) ? Iront-ils chez Macron, chez Le Pen… ou s’abstiendront-ils?

L’abstention est l'une des principales inconnues de dimanche. Chez les pro-Mélenchon par exemple, la tentation est très forte de ne pas aller voter (ou de « voter blanc », comme on dit en France) parce que pour eux, c’est justement « bonnet blanc et blanc bonnet ! »

Dans cette optique de la gauche radicale, Marine Le Pen est certes l’héritière d’une tradition, d’une famille aux origines fascistes, même si elle prétend avoir « épuré » le Front national, notamment par l’expulsion en 2015 de son père Jean-Marie Le Pen, qui a conduit père et fille à s’affronter devant les tribunaux. Mais selon Mélenchon et ses partisans, celui qui affronte Mme Le Pen au second tour incarne un néolibéralisme débridé, vendu aux banquiers (Macron est lui-même un ancien de chez Rothschild) et à la mondialisation sauvage qui détruit les emplois.

D’où cette tentation – pour plusieurs, c’est plus qu’une tentation – de renvoyer dos à dos Le Pen et Macron. Et ça, on calcule que ce sont des votes perdus pour le jeune prodige de 39 ans.

Élection présidentielle française  

Le Pen en perte de vitesse ?

Toutefois, la dynamique des tout derniers jours de campagne semble avoir été défavorable à Marine Le Pen. Lors du face-à-face télévisé du 3 mai, tous ont noté l’agressivité quasi continuelle de la candidate contre son adversaire.

Jeudi soir, lors de sa dernière assemblée publique, la candidate a défendu sa brutalité verbale de la veille, en expliquant qu’elle était le miroir de la brutalité (supposée) du programme libéral d’Emmanuel Macron. Saisissant au vol l’hypothèse – très crédible – de l’élection de son adversaire dimanche, elle a dit : « Ma parole, c’est l’écho de la violence sociale qui va exploser dans ce pays […], l'expression de la colère de la majorité silencieuse. »

La brusquerie de Mme Le Pen durant le débat – « sa grossièreté », a même dit Emmanuel Macron – a été critiquée par certains membres de sa propre famille politique, qui ont admis du bout des lèvres que la victoire était sans doute désormais hors de portée. Son père, Jean-Marie, a dit d’elle : « Elle a un peu manqué de hauteur. »

Il y a eu aussi sa confusion lorsqu’il a été question de l’euro. Dans le programme du Front national, il y a, en toutes lettres, la sortie de la monnaie commune et un référendum rapide sur le sujet. M. Macron, pendant le débat, entre deux invectives subies, a bien enfoncé ce clou-là.

Mme Le Pen en a été déstabilisée, et a ensuite un peu patiné sur le sujet : une monnaie, deux monnaies (une pour les transactions internes, l’autre pour le commerce international), un référendum, non, pas maintenant, mais peut-être plus tard, etc.

Mme Le Pen n’ignore pas qu’environ 70 % des Français sont en faveur d’un maintien dans l’euro. D’où son petit numéro hésitant de mercredi soir sur ce thème…

Tout cela – la confusion de Marine Le Pen sur l’économie et la monnaie, sa brusquerie assumée pendant le débat, les appels à voter contre elle qui se sont multipliés – tout cela fait que l’identité du vainqueur, qui sera annoncée dimanche soir (l’après-midi à Montréal), n’est pas un si grand mystère.

La question – qui n’est pas sans importance pour la suite –, c’est de savoir quelle sera la marge. 65-35? 60-40? 55-45? Les sondages en France sont très fiables; ils ont été d’une précision diabolique au premier tour, même s’ils ne peuvent pas prédire quelle sera la mobilisation des électeurs, ni leur taux de participation en fonction de leurs diverses tendances politiques.

Les toutes dernières enquêtes donnaient environ 62-38 en faveur d’Emmanuel Macron, soit une marge de 24 %. La participation au premier tour a été de presque 79 %.

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